La Misère du monde, ouvrage collectif rédigé sous la direction de Pierre Bourdieu, tente de mettre en lumière les causes de la misère sociale sous ses formes modernes. Le succès mérité rencontré par ce texte lors de sa parution vient de ce que, pour la première fois, le sociologue appréhende la misère en donnant la parole à ceux qui la vivent. Il rend publique une souffrance privée au cours de nombreux entretiens où se révèle le malheur du monde et la violence cachée qu'exercent sur les individus les structures économiques et sociales. Au travers de confidences émouvantes et cathartiques, chaque interlocuteur prend conscience des mécanismes qui rendent sa vie douloureuse, voire invivable, et découvre, par-delà la souffrance, les causes sociales de son malheur. Ces témoignages sont aussi pour le lecteur l'occasion de comprendre véritablement les contraintes sociales, les agressions de la vie professionnelle qui font obstacle à l'accomplissement des personnes et à leur légitime aspiration au bonheur. --Madeleine Sorel Futuribles Sous la direction de Pierre Bourdieu, une équipe de sociologues s'est consacrée pendant trois ans à l'étude et à la compréhension du fonctionnement de certaines institutions comme l'école et les différents types de misère sociale dans la France contemporaine. Pour ce faire, un grand nombre d'entretiens ont été réalisés, sont regroupés par thèmes et sont chaque fois précédés d'un texte d'introduction. L'ouvrage montre que les lieux, comme la cité ou l'école, sont d'abord difficiles à décrire et à penser car ils sont l'objet de représentations complexes et multiples fondées sur des discours différents, parfois inconciliables. Par ailleurs, il est possible de distinguer deux types de misère. La misère de condition qui est liée à l'insuffisance de ressources et à la pauvreté. Bien qu'elle soit encore plus répandue qu'on ne le croit, cette misère est en régression dans une perspective de long terme. La misère de position, qui est liée à la non-réalisation des anticipations et au sentiment d'échec des individus par rapport à leur milieu qui a ses propres valeurs et références. Dans sa conclusion, l'ouvrage plaide en faveur d'un nouveau discours politique afin de permettre de faire face aux problèmes exposés et de répondre aux attentes des individus. Cette politique doit se donner les moyens d'échapper, d'une part, à l'arrogance technocratique qui prétend faire le bonheur des hommes malgré eux et, d'autre part, à la démission démagogique qui accepte telle quelle la sanction de la demande, qu'elle se manifeste à travers les enquêtes de marché, les scores de l'audimat ou les cotes de popularité.
Quel sens revêt l'avènement de la démocratie, faisant triompher l'idéologie du peuple souverain ? Vient-il consacrer la puissance de l'Etat en lui apportant sa légitimation ? Ou introduit-il la légitimité d'un contre-pouvoir qui vise précisément à empêcher l'unification dans l'Etat souverain des forces actives d'une nation, intégrées au système de la compétence, à dissocier ainsi les pouvoirs, à les limiter, c'est-à-dire à les contrôler. Le sens de la démocratie est l'enjeu d'une prise de conscience des droits du citoyen, droit à la différence et à la résistance dans des espaces non unifiables d'obéissance.
On connaît de Cornélius Castoriadis (1922-1997) son marxisme hétérodoxe, sa revue Socialisme ou barbarie, son souci de penser ce qui, dans le devenir des hommes, est capable d'instituer de la nouveauté et de déjouer la répétition des mécanismes aliénants, son intérêt pour la question de l'imagination sociale (L'Institution imaginaire de la société, 1975)... On connaît peut-être un peu moins le dernier Castoriadis, celui d'après les Carrefours du labyrinthe (1978), ouvrage à partir duquel la psychanalyse va non seulement entrer dans le champ de réflexion du philosophe mais également devenir une source d'inspiration. La filiation à Freud, tout aussi libre et irrévérencieuse que celle qui en fit d'abord un fils de Marx, apparaît clairement dans la série des séminaires que l'auteur tint, entre 1980 et 1987, à l'EHESS et qui sont retranscrits ici. La question de l'âme, psyché sociale ou sujet individuel, est au cœur de ses analyses souvent très denses : comment penser le désir dans son rapport à la vérité ou à la praxis sociale ? Comment concevoir l'histoire pour ne pas y dénier a priori la possibilité d'une créativité proprement révolutionnaire ? Il faut la simplicité de ton et l'impressionnante culture de Castoriadis pour pouvoir circuler, entre les à-pic de questions aussi radicales et massives, avec autant d'aisance, sans donner au lecteur le vertige mais bien plutôt l'exaltation des hauts sommets. --Emilio Balturi Présentation de l'éditeur Les séminaires de Cornelius Castoriadis à l'EHESS (1980-1995), dont le contenu a nourri quelques-uns des textes les plus importants de la série de "Carrefours du labyrinthe", devaient servir de matériau à son dernier grand ouvrage, "La Création humaine", qu'il n'a malheureusement pu mener à son terme. On trouvera dans le présent volume, qui inaugure la publication intégrale de ses séminaires, la transcription — effectuée par Castoriadis lui-même — de ceux de l'année 1986-1987. Il y a aborde deux questions pour lui indissociables : qu'en est-il du sujet aujourd'hui ? Dans quelle mesure y a-t-il création social-historique de la vérité ?
Faite pour tout le peuple, la république laïque libère le droit de ce qui divise les hommes. Ni religions reconnues, ni athéisme consacré. Une même loi vaut pour tous. A la liberté de conscience se conjugue la pleine égalité de celui qui croit au ciel et de celui qui n'y croit pas. La complicité tendue de Dieu et de César laisse la place à l'affranchissement réciproque de Dieu et de Marianne. Contrairement aux particularismes exclusifs, la laïcité permet de concilier la diversité des croyances et des patrimoines culturels avec l'égalité des droits. Ainsi, le bien commun échappe à la guerre des dieux. Et l'ouverture à l'universel est préservée par l'espace civique. La laïcité n'est pas le degré zéro des convictions. Elle parie sur des hommes libres, maîtres de leur jugement, capables de concorde authentique. L'école laïque apprend à ne pas transiger avec l'exigence de vérité. Cette confiance dans la souveraineté de la pensée humaine est la vertu propre à la laïcité, force d'âme fraternelle où se transcendent les " différences ". Liberté, égalité et fraternité trouvent en elle leur sens plein et généreux. Ce livre propose une philosophie de la laïcité. Il conjugue les approches de l'histoire, de la théologie, et du droit. Sans polémique, il éclaire les questions actuelles par une réflexion sur la genèse et les fondements de l'idéal laïque. Il en montre la dimension émancipatrice face à la menace des nouveaux obscurantismes et des identités exclusives. Quatrième de couverture Une communauté de droit se fonde sur ce qui unit les hommes, non sur ce qui les divise. La république doit donc se définir en dehors de la différence des religions. La complicité tendue entre César et Dieu cède la place à l'affranchissement réciproque de Dieu et de Marianne. La laïcité articule ainsi l'idéal d'un espace civique commun et le principe de neutralité confessionnelle de l'Etat. Celui qui croit au ciel et celui qui n'y croit pas voient désormais garanties leur liberté de conscience, mais aussi leur pleine égalité. La laïcité n'est pas pour autant le degré zéro des convictions, mais la force vive d'une pensée qui dit tout haut les principes d'une concorde véritable : celle qui advient entre des hommes libres, maîtres de leur jugement, auxquels l'école laïque apprend à ne pas transiger avec l'exigence de vérité. Que veut dire " ouvrir la laïcité ", si ce n'est restaurer des emprises publiques pour les religions ? Le risque alors est de confondre collectif et public, et de détruire à terme le bien public lui-même, en le livrant à la guerre des dieux. Les nostalgies concordataires, évoquant la crise du lien social, suggèrent déjà que la laïcisation aurait tari le sens, et que l'émancipation aurait tourné au sacre de l'égoïsme. Diagnostic étrange, car aveugle aux causes réelles de la misère du monde. Peut-on méconnaître à ce point la vertu propre à la laïcité, confiance dans la souveraineté de la pensée humaine, force d'âme fraternelle où se transcendent les " différences " ? Ce livre propose une philosophie de la laïcité. Il conjugue les approches de l'histoire, de la théologie et du droit. Au-delà des démarches simplement polémiques, il s'efforce d'éclairer les questions actuelles par une réflexion sur les fondements et la genèse de l'idéal laïque. Il en montre l'enjeu dans un monde où les motifs d'affrontement se cristallisent dans des identités exclusives, et où le moralisme tient trop souvent lieu de conscience.
En encourageant le développement à Gaza de la branche la plus extrémiste des Frères musulmans, Israël a joué avec le feu pendant près de deux décennies. Les gouvernements successifs à Jérusalem n’ont-ils pas longtemps cru que le cheikh Yassine pouvait être « l’antidote à l’OLP » ? Il est vrai qu’à l’époque les Etats-Unis eux-mêmes, en finançant et en armant les moudjahidines afghans, avaient grandement sous-estimé la menace islamiste. Ni la CIA ni les services de renseignement israéliens n’ont pris alors la peine d’analyser –voire de traduire – les textes diffusés par ces organisations. Ils découvriront trop tard qu’ils avaient, de fait, participé à la création du Hamas et d’Al-Qaïda. Dans ce nouveau document d’enquête, l’auteur du Rêve brisé (2002) et des Années perdues (2006), correspondant permanent de France 2 à Jérusalem, raconte, à partir de sources exceptionnelles et souvent exclusives, l’incompréhension, l’aveuglement, le double jeu parfois des services de renseignement et des politiques à Jérusalem, à Tel-Aviv et à Washington. Il décrit aussi comment l’occupation israélienne, le développement de la colonisation dans les territoires palestiniens et la politique américaine au Proche-Orient ont fait le lit de l’islam radical. Autant de leçons d’histoire à méditer par tous ceux qui prétendent oeuvrer à une paix juste et durable dans la région.
Pourquoi les hommes politiques ne comprennent-ils plus la société française ? Depuis trente ans, les changements profonds que la France a connus ont conduit à une rupture entre les élites et le peuple… Une gauche enfermée dans les centres-villes a perdu le contact avec son électorat traditionnel populaire. Elle ne sait plus où il se trouve. Pour redonner du sens à une politique au service des couches populaires, les auteurs de Recherche le peuple désespérément ont analysé la géographie sociale de la France d’aujourd’hui. Des centres de nos villes aux zones rurales en passant par les banlieues ou les quartiers pavillonnaires, les auteurs entraînent le lecteur à la redécouverte d’une France qui réserve bien des surprises. Conçu comme un manuel de survie pour une gauche en péril ou pour les Républicains soucieux de voir leur pays renouer avec son histoire, cet essai est un outil indispensable et original pour tous ceux qui croient encore que le peuple est au cœur de toute démocratie.
Lorsqu'on parle d'un "think tank", on pense tout de suite à une institution américaine. On ignore souvent la puissance des fondations allemandes et leur capacité d'influence sur les politiques définies au sein de la communauté euroatlantique. Tel est le cas de la Fondation Bertelsmann, adossée à la grande entreprise du secteur de l'édition et des médias. Forte de plus de 300 collaborateurs, la Fondation est capable d'intervenir sur tous les grands sujets qui intéressent les acteurs de la mondialisation. Outre un engagement dans le domaine de la santé, il est peu de débats concernant l'avenir de l'Union européenne auxquels elle n'ait pas imprimé sa marque. Dans un contexte de tensions entre les États-Unis et l'Europe, la Fondation Bertelsmann se voit un rôle de médiatrice. Mais, ce qui l'intéresse surtout, comme le montre l'auteur, c'est d'imaginer les contours d'une "gouvernance mondiale". Alors même que la Fondation a largement contribué au consensus transatlantique des trente dernières années, la crise actuelle sert à la Fondation à rebondir : jamais, plaide-t-elle, on n'avait eu autant besoin de cadres globaux pour la communauté internationale. Cette enquête, remarquablement documentée, éclaire bien des décisions politiques des années récentes.
On ne connaîtra sans doute jamais les raisons profondes qui ont poussé Rory Stewart, jeune diplomate de 28 ans, spécialiste du Proche et Moyen Orient au Foreign Office, à accomplir, en 2002, un tel exploit: traverser l’Afghanistan à pied, d'ouest en est, de Herat à Kaboul, à travers les montagnes, selon l’itinéraire emprunté au cours de l'hiver 1506, par Babour, le premier empereur Moghol de l'Inde. Lui aussi tenait un journal, mais il voyageait avec une escorte, et à cheval.
Depuis sa création en 1947, la CIA n'a cessé d'intervenir en France. Pendant soixante ans, des dizaines d'agents américains, agissant le plus souvent sous couverture officielle, ont mené dans l'hexagone d'innombrables opérations clandestines, infiltrant, finançant et manipulant des syndicats, des partis politiques, des fondations, des instituts, des agences de presse. des journaux ou encore des associations culturelles. La CIA est parvenue à pénétrer la haute administration, le monde universitaire et intellectuel, et à surveiller étroitement la recherche nucléaire et aéronautique française. Aujourd'hui, la CIA poursuit ses activités, plus discrètement, dans le domaine de l'espionnage industriel. Après une longue et délicate enquête menée dans les coulisses du renseignement français et américain, La CIA en France lève le voile sur ce tabou que constitue l'intervention clandestine des Etats-Unis dans l'hexagone. Nourrie de témoignages inédits et d'archives officielles, ce livre retrace plus d'un demi-siècle d'opérations secrètes et met en scène les acteurs de cette politique ininterrompue d'ingérence. Biographie de l'auteur : Frédéric Charpier, journaliste d'investigation est l'auteur de nombreux ouvrages. Il a publié au Seuil Génération Occident (2005).
Liberté, égalité, fraternité : « Les trois marches du perron suprême », disait Victor Hugo. Peut-on encore accéder à la marche d’en haut sans retomber dans la terreur ou bien dans la niaiserie ? Et comment, au royaume morcelé du moi-je, retrouver le sens et la force du nous ? C’est ce défi, peut-être le plus crucial de notre temps, que Régis Debray s’emploie à relever dans ce livre. Un nous durable faisant toujours référence à une sacralité, séculière ou révélée, il se demande d’abord ce que sacré veut dire, concrètement ; et les droits de l’homme se donnant comme l’expression contemporaine de la solidarité humaine, il ose examiner ce que cette nouvelle religion civile nous fait faire, actuellement. Ce pénible devoir accompli, Régis Debray dégage les voies d’accès à une fraternité sans phrases, qui puissent en faire autre chose qu’un fumigène : un labeur de chaque jour. Dans la conviction que l’économie seule ne fera jamais une société.
Paul De Florant : Texte excellent !
Bravo aux Clubs Penser la France !
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