" OH HAINE J’AI ?"par Hubert de Champris - Notes de lecture

[En exclusivité pour Politique-actu.com]
Dans un livre de contributions remarquables intitulé La science, l’homme et le monde (1), Pierre Perrier (2) excelle à montrer que les positivistes scientistes déguisés en scientifiques qui, du haut du piédestal de leur intelligence condescendante, prétendent vous démontrer que la science a prouvé que l’idée même de vérité est insensée sont de fieffés coquins. La science, l’homme et le monde est un ouvrage savant, rédigés par des gens qui savent, ou, pour le moins qui s’efforcent à la recherche de l’objectivité.
Ces Enfants du Mékong, publié chez le même éditeur (3), sont les enfants du mépris : mépris de la vérité, de l’honnêteté, de la probité. Mépris, aussi, d’une certaine manière, de l’idée que l’on peut se faire de la sainteté. Ces Enfants du Mékong, c’est Tartuffe en voyage dans l’humanitaire, et un livre qui, de bout en bout, parle par antiphrases. Dès le sous-titre – le force du don – c’est ainsi que vous devrez le lire (et, on l’espère, que vous ne le lirez pas). Sirupeux, caressant, dévot, si ce livre possède un don, c’est de trahir la mémoire du co-fondateur de l’ONG Enfants du Mékong en en dressant un portrait à la fois mièvre et mensonger. Le tout au profit de l’actuel dirigeant de fait de cet organisme, commanditaire de ce livre, dont on ne peut malheureusement même pas avoir la mauvaise grâce d’écrire qu’il n’est ni fait, ni à faire puisqu’il est (mal) fait et qu’il reste à écrire même si, aujourd’hui au moins, de l’auteur et du donneur d’ordre, on peut dire qu’ils sont faits.
Revue ô combien non exhaustive des perles et contrefaçons de l’hagiographe de celui que nous nommerons M. de Sallive.
- 4ème de couverture : René Péchard, co-fondateur de cette ONG, n’avait pas passé vingt, mais seulement dix ans en Asie du sud-est lorsqu’il a recueilli les deux premiers enfants ;
- l’auteur ne peut alléguer retracer ‘‘cette aventure en s’attachant aux pas de ceux qui l’ont vécue et façonnée’’ puisqu’il n’a pris aucun contact avec son principal acteur encore vivant, le co-fondateur Jean-Claude Didelot ;
- la citation en exergue du livre a été intentionnellement tronquée dans le but de cacher au lecteur que, quelques semaines avant sa mort, René Péchard, Président, prenait nettement ses distances avec notre monsieur de Sallive alors simplement administrateur délégué. L’auteur attribue à ce dernier un entregent, un activisme, un charisme et, avant tout, des faits et gestes qui n’ont pas été les siens, mais celui de l’autre cofondateur, Jean-Claude Didelot ;
- tout à sa tâche de s’auto encenser, M. de Sallive prête à Péchard des propos au sujet du Tibet, pays qu’il n’a jamais évoqué ;
- après avoir, lors d’une conférence à la Saint Cyrienne, prétendu que c’est lui, Sallive, qui, pour la première fois, était entré en 1989 dans un camp de réfugiés en Thaïlande alors que Péchard n’avait jamais pu y pénétrer, il reconnaît enfin un peu plus loin que René Péchard les a visités à moult reprises quand lui, en effet, n’y a mis les pieds pour la première fois qu’en 1989, soit treize ans après leur ouverture ;
- à tort est-il écrit que « Maître Nguyen Huu Giao [aujourd’hui décédé] reçoit au nom d’Enfants du Mékong le prix des Droits de l’Homme de la République française ». C’est à Jean-Claude Didelot que le prix a été remis ainsi que le relate le n°53 du bulletin de l’association ;
- l’anecdote du chapelet est révélatrice : Sallive soutient (p. 86) qu’il a toujours sur lui le chapelet que René Péchard lui aurait remis. Pieux mensonge certes, mais mensonge tout de même lorsqu’on sait que ledit chapelet a été remis par le fils adoptif de René Péchard à Jean-Claude Didelot ainsi qu’en atteste le n°43 de la revue Enfants du Mékong.
Bref, comme un certain maréchal avait fait don de sa personne à la France, M. de Sallive du Mékong aurait fait don de la sienne à l’association du même nom. L’hagiographe de service, docile pour ne pas dire à la botte, fouillant, enquêtant, réunissant par lui-même toutes les pièces, rencontrant comme on l’a vu tous les protagonistes pour parler à notre tour par antiphrases nous a donc transcrit les fioretti de notre bon Sallive et pondu la première biographie de celui qui possède également le don de s’auto porter sur les autels.
Qu’elle vaille son pesant de caramel mou ne serait pas si grave si, sous couvert de magnifier la fausse vertu d’un Tartuffe mélangé d’Arpagon (on lira sa lettre de juillet 1988 dans laquelle Sallive se révèle), auto-désigné successeur de René Péchard, elle ne travestissait la mémoire de ce dernier et, bien pire que diffamer, ne niait ou ne taisait l’action de celui qui s’y est consacré toute sa vie. Alors, pour la connaître, cette vie, vous vous reporterez à l’ouvrage qui la raconte pour de vrai, Piété filiale : des certitudes à la foi (4) puis, pour vous définitivement guérir de la légende de ce faux saint, cavalcaderez tout cet été Sur le dos du tigre (5). Soyons modeste : pour bien vous y accrocher, on ne vous a pas tendu des clefs, simplement fourni là des étriers.
Hubert de Champris*
Hubert de Champris est essayiste. Il intervient régulièrement sur Politique-actu pour nous enrichir d'une plume humaniste.
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(1) La science, l’homme et le monde – Les nouveaux enjeux – s. d. de Jean Staune, Presses de la Renaissance, 360 p., 21,50 €, 2008.
(2) Il est l’un des concepteurs du Rafale de Dassault. Mais ce spécialiste de la mécanique des fluides l’est plus encore de la transmission orale des évangiles. Ses travaux, très lisibles, sont publiés principalement aux éditions Sarment/Le Jubilé.
(3) Vincent Piéri, Enfants du Mékong, Presses de la Renaissance, 306 p., 18,50 €, 2008.
(4) Jean-Claude Didelot, Piété filiale, éditions du Jubilé, 384 p., outre un cd de documents inédits, 20 €.
(5) Jean-Claude Didelot, Sur le dos du tigre, éditions du Jubilé, 419 p., 16,50 €, 2013.

