« Fusion EADS et BAE : de très sérieuses inquiétudes » par Christian Darlot

Le grand projet qui nous est annoncé, fusionner EADS et BAE, serait selon la presse une ambition mirifique propre à revigorer l’industrie en déclin. Grand pas en avant vers la puissance européenne, la paix mondiale et la floraison indéfinie des bégonias. Pourtant le résultat serait de réduire la participation française, qui deviendrait nettement minoritaire dans la firme en projet. Cette affaire a donc une incidence directe sur la Défense Nationale ; or elle est présentée comme purement industrielle, et le Parlement ne paraît pas vouloir en débattre.
Les conséquences seraient cependant extrêmement graves. C'est la France qui a développé l'aéronautique européenne, et qui a déjà cédé la plus grande partie de son industrie dans le consortium EADS. Cette nouvelle concentration l’évincerait pour longtemps de l’aéronautique et annulerait des décennies d’efforts. L'Angleterre et l'Allemagne, dirigées par des nationalistes décidés et sans états d’âmes, s'entendront toujours pour jouer les autres partenaires, comme c’est déjà le cas depuis longtemps, dans tous les domaines. Les banques anglo-saxonnes fabriquent autant de monnaie qu'il en est besoin pour accaparer tout ce que les naïfs sont prêts à brader. Avec la mainmise de la finance sur une industrie vitale, c’est la dépendance militaire et la soumission politique qui s’aggraveraient encore.
Toute fusion est suivie de réorientation de la sous-traitance. Sous prétexte de rationnaliser et de supprimer des doublons, des usines seraient fermées et le personnel licencié. L'industrie française perdrait donc encore des pans entiers d'activité et de savoir-faire. Les délocalisations seraient justifiées par la cherté de l'euro, monnaie absurde qui a été mise en place par ceux-là mêmes qui en tirent argument pour délocaliser. Tout cela sans le moindre bénéfice technique pour les pays d’Europe, car l’amalgame forcé de firmes différentes ne produit jamais que mésentente, paralysie, luttes de pouvoir et découragement.
Toutefois, les intérêts français ne seraient pas tous sacrifiés : les énarques et ingénieurs des corps français s'arrangeraient pour garder les postes à 20 000 euros par mois, et abandonneraient tous les autres. Fi de la technique, fi de la recherche ! Activités pour bouseux ! Dans dix ans on constaterait que des Français occupent des postes de direction quoique la participation française en capital et en activité soit minoritaire. Un DRH te me vous réorganiserait tout ça rationnellement, conformément au droit kalmouk de la société. Les recours seraient examinés en première instance par le tribunal de commerce d'Oulan-Bator et en appel par la Cité de Londres.
Le battage a déjà commencé. L'oligarchie française et sa presse en laisse (Le Figaro, Le Monde, Libé, les hebdomadaires, les télés, bref les versions diverses de la pravda libérale) applaudissent. L'imbécile bourgeoisie moyenne, universitaires en tête, répétera en boucle l'opinion qu'elle aura lu et entendu. Les gauchistes se réjouiront de cette entrave supplémentaire mise à l'impérialisme fascisant de la France populiste.
Enfin débarrassés de toute possibilité d’agir ! Le rêve de tous les renonciateurs !
Sur le chapitre de la veulerie comme sur tous les autres, il n'y a pas de différence entre "gauche" et "droite". Le changement sera pour plus tard. L'atlantiste Juppé et le trotskiste Jospin participèrent l'un et l'autre au désastre d'EADS , et on ne voit guère de différence non plus entre Juppé et Fabius, l'un et l'autre normalien, énarque, belliciste et chauve.
La France n'a pas d'ennemi militaire, donc ces trahisons ne la mettent pas en danger mortel à court terme. Mais ces affaiblissements retardent d'autant le jour de la Libération, et rendront encore plus difficile de reconstruire le pays. Ceux qui font faire la guerre à notre armée pour complaire à leurs maîtres, et déshonorent ainsi notre pays, sont les mêmes qui détruisent notre industrie, mettent notre peuple au chômage et organisent sa déchéance intellectuelle, en espérant que ces mêmes maîtres leur permettront de garder leurs prébendes. Les démocrates doivent s’opposer aux projets de ces traîtres.
Christian DARLOT est docteur es sciences et chargé de recherche au CNRS

