Osons le dire

"Euro-fascisation : faire l’autruche ou affronter ?" par Georges Gastaud

101519-gastaud-bb1.jpg

[Euro-fascisation : faire l’autruche ou affronter ? Montée de l’extrême droite, offensive de l’UE totalitaire contre les travailleurs, le philosophe Georges Gastaud livre ci-après une analyse politique fouillée de la situation et des perspectives politiques actuelles, mettant en évidences les dangers de l’euro-fascisation à l’œuvre. Georges Gastaud est également secrétaire national du PRCF]

 ___

"Euro-fascisation : faire l’autruche ou affronter ?" par Georges Gastaud

Certains mouvements progressistes, voire certaines organisations se réclamant du marxisme-léninisme, contestent l’existence en France, voire à l’échelle de l’UE, d’un dangereux processus de fascisation. Ce déni caractérisé, au moment où l’extrême droite tisse sa toile chez nous et sur tout le sous-continent, où l’UE-OTAN et ses Etats-membres se montrent de plus en plus répressifs et policiers, où la « Troïka » s’affiche comme une usine à diktats bafouant la souveraineté des peuples, où l’Empire transatlantique en plein Drang nach Osten« cherche la bagarre » avec la Russie et soutient des forces fascisantes ou carrément nazies de l’Ukraine aux Pays baltes, constitue un piège potentiellement mortel pour le mouvement populaire, communistes en tête. La première des conditions pour stopper un processus fascisant est d’en reconnaître l’existence, d’en définir la nature et l’assise sociale : c’est à cela que veut contribuer la présente analyse.

1 – Ni surestimation ni sous-estimation du processus de fascisation !

Pour le PRCF, il ne s’agit certes pas de surestimer, au stade actuel, le danger FN en France, d’autant que la lepénisation n’est qu’un aspect de l’euro-fascisation, dont l’épicentre se situe dans les centres de pouvoir et les institutions même du grand capital. Ne voir en effet que le « danger Le Pen », ce serait en effet prêter le flanc aux opérations de diversion de la social-démocratie, aux manigances des Julien Dray, S.O.S.-Racisme et autres officines manipulatrices du PS social-maastrichtien ; car le rôle de ces officines est moins de « combattre le fascisme » que de sauver le soldat Hollande, ou sa doublure Vals, en reléguant les questions sociales au second plan et en utilisant le « rassemblement bleu marine » pour faire oublier l’actuelle casse hollandienne de la Nation et des acquis sociaux : non seulement cet « anti-lepénisme » de parade serait la meilleure façon de promouvoir Marine Le Pen en la plaçant au centre de la problématique politique, mais cette diversion, typique du mitterrandisme recentré des années 80, n’aurait d’autre effet que de disculper le PS, responsable depuis l’ère Mitterrand-Jospin d’une politique euro-atlantique qui désespère le monde du travail, exaspère les patriotes républicains et ouvre en grand la voie de l’Elysée au front « national ».

Pourtant, la sous-estimation inverse ne serait pas moins dangereuse. Elle conduirait en fait à ignorer que le peuple français, comme d’autres peuples d’Europe, est actuellement pris en étau entre, d’une part, le Parti Maastrichtien Unique, ennemi de la République souveraine, laïque et indivisible (UMP, PS, UDI et, dans une large mesure Europe-Ecologie) et, d’autre part, ce que nous appelons l’U.M.’ Pen, c’est-à-dire le regroupement – d’abord sur le terrain sociétal (cf les Manifs pour tous) et xénophobe – du FN et de la droite « classique » dure ; unrassemblement bleu marial-bleu marine bordé de brun, dont le rôle ne serait nullement de sortir la France de l’euro et de l’UE ; il serait d’ouvrir une alternative pseudo-patriotique et en réalité, ultraréactionnaire, analogue au Tea Party américain, à la politique maastrichtienne avouée de l’UMPS, une politique visiblement à bout de souffle dans les couches populaires.

Certes, notre peuple est confronté à l’émergence du tripartisme, qui résulte à la fois de l’essoufflement du bipartisme UMPS et – sur le fond – de la marginalisation-dénaturation en longue période du PCF, désormais affilié au Parti de la gauche européenne, présidé par P. Laurent. Toujours est-il que désormais, trois candidats seulement (UMP, PS, FN) paraissent en position d’accéder au second tour de la présidentielle, clé de voûte du pouvoir d’Etat en France[1]. Mais ce tripartisme est largement une illusion. D’abord, répétons-le, parce que les politiques UMP et PS ne diffèrent pas qualitativement, comme on le voit au parlement européen où la droite et la social-démocratie cogèrent l’institution sans se soucier de majorité et d’opposition[2] ; ensuite parce qu’il ne faut pas gommer l’émergence des forces euro-régionalistes associées au MEDEF, type « bonnets rouges » ou indépendantistes corses, dans le cadre d’une politique patronale antifrançaise qui destitue l’échelon national au profit de l’Europe fédérale en gestation et des féodalités régionales, éventuellement « transfrontalières ».

Ensuite parce que la question est loin d’être uniquement, voire principalement, électorale. Notre pays – et l’UE elle-même – sont entrés, au moins depuis les référendums français et néerlandais grossièrement violés de 2005, dans une crise majeure du consentement politique. Au Portugal, en Espagne, en Grèce, en Bulgarie, de grandes manifestations populaires se succèdent sans trêve et le front syndical rouge de Grèce, le PAME, a même appelé les peuples d’Europe au « soulèvement » du haut de l’Acropole. Même si les organisations d’avant-garde susceptibles de diriger ces mouvements ne sont pas, ou ne sont pas encore, en capacité de diriger des insurrections menant à la rupture avec l’UE (les « quatre sorties » : de l’euro, de l’UE, de l’OTAN et du capitalisme), la grande bourgeoisie sait bien elle, que le terrain bouge sous ses pas, et qu’il pourrait bien trembler. D’autant qu’aux marches de l’Europe, dans la partie Est de l’Ukraine, la population minière dément les prophéties sur la « mort du communisme », le drapeau rouge aux outils flotte sur la République populaire du Donbass où les mineurs communisants et les métallos antifascistes, assiégés par Kiev et par l’ « O.T.A.N(pro)nazi », revendiquent haut et fort la nationalisation des mines et le pouvoir aux soviets, envoyant aux communistes du monde entier un signal historique !

Plus « marxiste » et « léniniste » de fait que beaucoup de léninistes en titre, l’oligarchie capitaliste sait bien que « quand ceux d’en bas ne veulent plus être gouvernés comme avant et que ceux d’en haut ne peuvent plus gouverner comme avant, alors s’ouvre une période de révolution » (Lénine). Or « ceux d’en bas » consentent de moins en moins à la « construction » européenne, comme vient de le confirmer, en France et quasiment partout, l’abstention majoritaire de classe et de masse aux européennes. Quant à « ceux d’en haut », ils cherchent fébrilement, surtout en France et dans les pays dits du « Sud » européen où la social-démocratie traditionnelle (PASOK grec, PSOEespagnol, PS français…) s’est discréditée et où les partis du libéralisme classique se fissurent (crise de l’U.M.P.S.), à remettre en place des dispositifs politiques leur permettant de reprendre barre sur les classes populaires en sécession. Car « à notre époque, on ne saurait se passer des masses » (Lénine). C’est pourquoi tout le monde voit comme le soleil en plein midi que l’oligarchie européenne a décidé d’en finir avec ce que j’appellerai le complexe Jörg Hayder, du nom d’un leader néo-nazi autrichien dont la montée en puissance avait d’abord conduit à un raidissement « antifasciste » de l’UE dans les années 1990. Ces attitudes cosmétiques ne sont plus de saison. L’UE et le Conseil de l’Europe votent des résolutions – notamment l’indécent rapport Lindblatt – qui placent sur le même plan l’Allemagne nazie et la Russie soviétique (« surtout la seconde ! » eût dit Pierre Desproges !) à rebours de De Gaulle, qui déclarait loyalement en 1966 : « les Français savent que la Russie soviétique a joué le rôle principal dans leur libération ». Aujourd’hui, l’ « eurarchie » bruxelloise fréquente sans états d’âme la droite dure flamande, qui persécute la langue française et les Belges francophones au nord de la Belgique, elle adoube le Hongrois Orban, qui se réfère au régent pronazi Horthy et elle réprime les « Rouges » ; elle soutient les dirigeants baltes – qui marginalisent les Russophones, interdisent les partis communistes, encouragent les nostalgiques baltes de la Waffen SS – ; elle « couvre » et encourage l’interdiction des symboles et des organisations communistes dans les ex-pays socialistes (Tchéquie, Roumanie, Albanie, Pologne, etc.) en attendant d’étendre l’interdit anticommuniste à toute l’Europe occidentale : car l’oligarchie sait bien, elle, contrairement à tant d’ex-communistes découragés, que le combat de classe anticapitaliste, que le mouvement des exploités vers le communisme a été, est et sera sans cesse reproduit par les contradictions même du capitalisme et qu’en conséquence, une renaissance communisteinternationale se fera jour tôt ou tard sur notre continent.

Cerise noire sur ce gâteau infect, l’euro-oligarchie tient à bout de bras, avec l’appui du « démocrate » Obama et de l’OTAN. en marche vers l’Est, le gouvernement putschiste de Kiev fraichement « légitimée » par un référendum boudé par l’écrasante majorité des Russophones. Dans ce gouvernement, des nazis avérés issus du parti « Svoboda » occupent des postes-clés[3] ; les dirigeants de Kiev veulent d’ailleurs dissoudre toute forme d’opposition en interdisant à la fois le PC d’Ukraine et le « parti des régions » dont le chef de file est V. Yanoukovitch, le président légal destitué par l’émeute de l’Euro-Maïdan : bel atterrissage « pluraliste » et « antitotalitaire » en vérité pour cet Euro-Maïdan truffé d’antisémites primitifs, de russophobes préhistoriques, de cléricaux moyenâgeux et de lyncheurs anticommunistes ! En Grèce, le parlement européen tolère et finance d’ailleurs sans états d’âme des élus nazis du parti criminel Aube dorée pendant que le gouvernement de la droite classique menace d’interdire tout parti proposant de quitter l’UE, les communistes du KKE étant les premiers visés…

Quant à Herman Van Rompuy, l’actuel président du Conseil de l’Europe, il a « vendu la mèche » en montrant en quelle estime l’Empire euro-atlantique tient la démocratie, quand il a déclaré qu’il ignorait si les Européens étaient d’accord avec cela mais que, quoi qu’il en soit, l’UE s’élargirait à l’ensemble des pays de l’Est hors Russie (cf www.initiative-communiste.fr , déclaration du 12 mai 2014).

Bref, sous-estimer la fascisation, n’en pas saisir les racines de classe oligarco-monopolistiques, ne serait pas moins grave – c’est une litote – que ne l’est l’erreur inverse. Non, la fascisation n’est pas seulement un leurre ou un épouvantail politique destiné à rabattre vers la fausse gauche social-démocrate. A tout moment, si la crise du consentement politique européen et « franco-maastrichtien » s’aggrave, la fascisation, et dans ce cadre, la « lepénisation », peuvent aussi devenir « l’arme ultime » du grand capital pour préserver sa domination. Et ce sera même à coup sûr le cas si les oligarques européens jugent leur sacro-sainte « construction » euro-atlantique menacée par la « stupidité » des peuples et tout particulièrement, par le « retard insupportable » du peuple français. Quant à ceux qui « marchent à fond » dans la « dédiabolisation » du FN pratiquée par Marine Le Pen, ou qui se disent que les traditions démocratiques françaises rendent la fascisation impensable, qu’il nous soit permis de les renvoyer à la chanson de Jean Ferrat qui fit suite au coup d’Etat de Pinochet au Chili :« On a beau se dire qu’en France / On peut dormir à l’abri, / Des Pinochet en puissance / Travaillent aussi du képi ».Même si, nous y reviendrons, les « formes » et les moyens de la fascisation peuvent considérablement varier d’un pays à l’autre et d’une période historique à une autre.

Lire la suite :

http://www.initiative-communiste.fr/articles/luttes/euro-fascisation-faire-lautruche-affronter-georges-gastaud-10-juillet-2014/

Derniers commentaires

Paul De Florant : Texte excellent ! Bravo aux Clubs Penser la France ! Analyse que complète le brillant Colonel AC avec des projections fulgurantes : * "La guerre…
sur #IRAN : « Le suicide assisté de Donald #TRUMP » #PenserlaFrance - 8 mars 2026

Philippe Von Hubert : Le nouvel ordre mondial… en mutation - DAVOS #DonaldTRUMP / #Davos : ce que tente Donald Trump est exceptionnel - Comme le note Jean-Luc Pujo :…
sur How Donald Trump, Vladimir Putin and Xi Jinping Buried the Old World Order

Anne-Marie : De la France. Oui, la France est confrontée à plusieurs changements stratégiques mondiaux, comme le dit Jean-Luc Pujo. Et comme le souligne le…
sur BONNES FÊTES 2025 à tous !

Paul De Florant : #EtatPalestinien : Erreur en décalage de la diplomatie Française ! Comme le disent les Clubs #PenserlaFrance @penserlaFrance - 28 juil. 2025 : "La…
sur #PALESTINE & #GAZA : "La brèche Socratique" !

Jennifer : #18septembre - Trahison des Syndicats Français C'est un "Immense théâtre d’Ombres …" comme l'écrit jlPujo ... #democratiesociale malade…
sur #10SEPTEMBRE : « Pour un soulèvement de la Nation » ! #PenserLaFrance - 8 septembre 2025

Thématiques : AFGHANISTAN - AFRIQUE - Agriculture - Algérie - Alimentation - ALLEMAGNE - Amérique Centrale - Amérique du Sud - André Bellon - ANGLETERRE - Annie Lacroix-Riz - Armée française - ASIE - BANQUE MONDIALE - BRESIL - Catholicisme - Chanson & Poésie - Chevenement - CHINE - CHINE - Christian Perronne - Christianisme - Cinéma - CNR - Communisme - COVID19 - COVID19 - Crypto & Blockchains - CUBA - CULTURE - Défense - Demographie - Demographie Mondiale - Diplomatie française - Drogues & Mafias - DROIT - Economie - Edouard Philippe - EDUCATION - Egalité Femme & Homme - Elections régionales - Emmanuel MACRON - Energie - Enfance - Environnement - ESPAGNE - Espionnage Renseignement - EURO - euro - Européenne 2024 - Fabien Roussel - Finance criminelle - Fiscalité - FMI - France-Allemagne - François Asselineau - François ASSELINEAU - François Hollande - Francophonie - francophonie & Langue française - G20 - G7 - Gabriel Attal - Gaullisme - Georges Gastaud - Gérald Darmanin - Gérard Larcher - Groenland - Guadeloupe & Martinique - HISTOIRE - Ht Csl Langue Française - Immigration - INDE - INDE - INSTITUTION - IRAK - IRAN - ISLAM - ISRAEL - ISRAËL & PALESTINE - ITALIE - Jacques CHEMINADE - JAPON - Jean-Luc Pujo - Jean-Luc Pujo - Judaisme - Justice - Justice - LAICITE - Législative 2017 - LIBAN - LIBAN - LIBYE - LUNE - lutte sociale - Lutte Sociale & Combat social - MACHREK - Mafias - MAGHREB - Maison de France & Monarchie - MALI - Manuel Bompard - Marine LEPEN - Marine LEPEN - Medecine - Medecine sous Hyppocrate - MEDIAS - Melenchon - MER - MERS et OCEANS - Mexique - Michel Houellebecq - Michel Onfray - MUSIQUE - Nations d'Europe - Nicolas Dupont-Aignan - NIGERIA - Nucléaire - OCEAN Atlantique - Ocean Indien - OCEAN Pacifique - OCS - OMC - ONU - ONU - Nations Unies - ORDRE LAFAYETTE MONDE - OTAN - PAKISTAN - PALESTINE - Patriotisme - Pauvreté - précarité - Pédocriminalité - Penser la France - POLICE & Sécurité - PRCF - Présidentielle 2017 - Présidentielle 2022 - Protestantisme - QUEBEC - QUEBEC - RéinfoCovid 2022 - Relations Internationales - RELIGION - Roland Hureaux - RUSSIE - RUSSIE - SAHELISTAN - SANTE - SANTE - Sciences & Recherche - Sciences&Technologie - SERVICE PUBLIC - SPATIAL industrie - SPORT - Syndicats - SYRIE - SYRIE - TURQUIE - Ukraine - Union européenne - USA - Valérie Bugault - VENEZUELA - VENEZUELA