"Loi d'amnistie sociale" par Etienne TARRIDE

Amis, Compagnons et Camarades
Des hurlements se font entendre du côté du patronat et tous les commentateurs sérieux quant à la Loi d'amnistie sociale votée par le Sénat.
L'amnistie est une tradition Républicaine qui remonte à 1791 et qui a été respectée lors de chaque élection présidentielle jusqu'en 2007, année où il eut été scandaleux de se plier à un usage naturellement dépassé par le puissant souffle nouveau.
L'amnistie a pour objet de permettre une respiration. Des gens condamnés pour des infractions mineures retrouvent une virginité judiciaire. Ceux qui ont eu la chance d'être condamnés en fin de mandat présidentiel peuvent même échapper à quelques jours de prison mais le plus souvent au paiement d'une amende. Des bougres et des bougresses qui ont poussé l'ignominie jusqu'à commettre une faute légère voient leur casier professionnel se blanchir. Il en est de même des professionnels libéraux, médecins, pharmaciens, vétérinaires, avocats,architectes qui ont été grossiers avec les chefs de l'Ordre. Personne n'a pourtant jamais observé une recrudescence des contraventions, délits, ou fautes professionnelles dans les derniers mois de mandat.
Les lois d'amnistie sont en effet sévèrement encadrées. Les atteintes à la personne ayant entrainé des blessures ou des incapacités en sont exclues. De même, les faits qui ont été jugés contraires à la probité, tout au moins en matière de sanctions disciplinaires. En un mot, il s'agit d'effacer les conséquences subies par les baudets qui ont des herbes d'un pré tondu trois fois la largeur de la langue.
Le retour à cette tradition m'apparait sain. Il faut de temps en temps chasser la poussière. Que la Loi prévoit l'amnistie des infractions commises dans le cadre de conflits sociaux ne m'apparait nullement abusif, si l'on tient compte surtout que nous avons été nombreux à penser que ces conflits étaient provoqués et souvent justifiés par des situations devenues mal tolérables.
Le reproche que je ferais à la proposition de Loi votée au Sénat est d'être trop timide.
Il serait souhaitable que l'Assemblée Nationale n'oublie pas les personnages, certes répugnants, mais qui ont survécu à des méfaits ignobles : dépasser de 7% de la vitesse autorisée, stationner sur un arrêt de bus, fumer du tabac avant d'être complètement sorti d'un lieux public, interpeller un policier en le traitant de cogne. Bref il serait souhaitable de reprendre les lois d'amnisties votées jadis ou naguère.
Certes, les gardiens autoproclamés du Temple de la Justice trouveraient là des raisons de s'horrifier plus encore et de dénoncer le laxisme qui va nous amener bientôt à la sauvagerie des temps jadis.
Je m'en réjouis d'avance. Les occasions de rigoler ne sont pas si fréquentes.
Etienne TARRIDE*
*Etienne TARRIDE - ancien avocat au barreau de Paris, gaulliste de gauche - publie des billets en exclusivité pour POLITIQUE-ACTU.COM

