"Libéralisme ou Economie libre ?"Olivier de Villechenon - Lecture de Hubert de Champris

Olivier de Villechenon, Libéralisme ou Economie libre ? co-éditions Jubilé/Le Sarment et L’Emmanuel, 18 €.
L’isthme du capital conduit-il fatalement au capitalisme, et l’isthme de la liberté économique au libéralisme ? Rime pour rime, on relèvera que ce dernier devrait nous faire songer à l’œuvre de List : cet économiste autrichien, à l’inverse d’un Hayeck, promeut une acception recevable d’un libéralisme bien compris.
Avant de se lire comme un essai sur l’économie, l’ouvrage de Maître Pinot de Villechon est celui d’un homme qui ne confond pas l’avocat d’affaires qu’il est avec celui qui fait des affaires. Mais cette qualité n’est sans doute pas uniquement due à sa conscience morale nourrie de réflexions sur la doctrine sociale de l’Eglise et certaines encycliques papales qui, pour être du XIXème siècle, demeurent par nature frappées au coin du bon sens de l’éternité, c’est-à-dire, aussi de notre brûlante actualité. Sur ce point, l’Eglise a d’ores et déjà tout dit. Sa leçon tiendrait en quelques énoncés : non, le souci social, la charité et ce qui s’en suit n’impliquent pas le socialisme, lequel, même sous sa forme social-démocrate, figure le père du communisme et, à ce titre, demeure entaché d’un vice de fond ; non, la libre entreprise, l’économie de marché commandent tout au plus ce que les allemands ont dénommé ‘‘économie sociale de marché’’, laquelle nécessite un Etat garant des délimitations des rôles respectifs de chacun des acteurs (instigateurs- bénéficiaires) de mouvements de capitaux eux-mêmes à terme ordonnés au maintien du bien commun d’une société où ni l’individu, ni l’entreprise ne règnent.
En somme, si l’on ne veut pas revenir au troc, il nous faut bien des capitaux. Mais cet argent doit être en rapport avec la réalité humaine et l’économie des hommes. C’est en l’espèce indiquer : premièrement, qu’il doit se référer, demeurer au service de l’économie réelle (au premier rang celle des secteurs primaire (‘‘Turgot, Quesnay, revenez, ils sont devenus fous !’’et secondaire), secondement, qu’il ne peut conserver sa valeur qu’à la condition que celle-ci corresponde immédiatement au signe censée la garantir. Où l’on voit que le monétarisme d’un Milton Friedman est à bannir et qu’un retour à l’étalon-or (ou, pour le moins, au bimétallisme) est dans cette perspective requis (1).
A l’instar de bien d’autres domaines, c’est donc le sens commun qui nous fait découvrir le sens profond de l’économie et les paramètres obligés dont la science économique ne saurait se défaire, faute pour elle de se transformer en fausse science (ou idéologie). Cette dernière est aussi l’autre nom du libéralisme économique lorsque l’amoralisme tout-puissant s’impatronise en lui en prétendant, au nom de la vertu supérieure de l’Avenir et du Progrès, lui imposer comme un devoir moral cette absence de règles. On complétera donc la lecture de notre confrère par celle des œuvres de l’éminent en la matière Jean-Claude Michéa (2). Avec l’essai d’Olivier de Villechenon, vous aurez là, sur votre table de nuit, des viatiques en vue d’un suffrage bien exprimé, et comme des gardes-fous. L’Esprit nous souffle que l’expression est aujourd’hui à prendre au pied de la lettre.
Hubert de Champris
(1) cf. Edouard Husson, Norman Palma, La capitalisme malade de sa monnaie, François-Xavier de Guibert.
(2) cf. Jean-Claude Michéa, Le Complexe d’Orphée. La gauche, les gens ordinaires et la religion du Progrès, Climats.

