"ITALIE : AN I" par André BELLON

Le peuple italien, à son tour, a voté. À son tour, il a rejeté les politiques d’austérité européenne et les « gouvernements de techniciens » comme celui de Mario Monti, ex commissaire européen et ex dirigeant de la banque Goldman Sachs installé de force au pouvoir depuis plus d’un an. Une grave crise économique, sociale et institutionnelle conjuguée à une profonde crise morale aboutissent donc à un profond rejet, même à un dégoût du système politique italien. Le résultat parle de lui-même : au scrutin proportionnel, le mouvement Cinque Stelle de Beppe Grillo obtient 23,8% des suffrages au Sénat et 25,5% à la Chambre des députés, talonnant les suffrages exprimés pour Silvio Berlusconi (30,7%, 29,1%) et Pier Luigi Bersani (31,6%, 29,5%), ces deux derniers empêchant donc une majorité de se dégager et enfonçant à son tour l’Italie dans une situation ingouvernable.
Bien sûr, les bien pensants affirmeront que ce vote traduit des réflexes réactionnaires (vote régionaliste, xénophobe et séparatiste pour la Ligue du Nord, en alliance avec le Pdl de Berlusconi). Mais en rester à cette explication simpliste, bien digne des habituels analystes amateurs du statu quo n’est pas admissible face à l’ampleur de l’expression populaire. L’ascension spectaculaire de Grillo, liée au qualunquismo et à ses étoiles filantes de populisme autoritaire, marque trop le rejet des mécanismes classiques de la politique pour admettre les commentaires somnifères. Le « Mouvement Cinque Stelle », une sorte d’omnibus unissant des réactionnaires déçus et des pseudo altermondialistes vivant la politique uniquement par le biais du « réseau social » tout en applaudissant leur idole – ancien comique enragé - qui dit à tout bout de champ : « politiques, allez vous faire foutre ! ». Le décor est planté.
Qui plus est, un italien sur trois s’est abstenu de voter, par total détachement de la politique italienne d’aujourd’hui et du rôle lacunaire des partis. On ne peut que regretter la montée, là-bas comme ici, de l’abstentionnisme. Le chômage, un fort déficit public, l’austérité, l’absence de souveraineté monétaire sont, en Italie, accompagnés par une mafia galopante, un fort pouvoir de l’Église, des services publics détruits, une grande désertification des territoires et une profonde crise culturelle. Beaucoup d’Italiens auraient ainsi voté pour Berlusconi en croyant à sa promesse de rembourser l’impôt de l’IMU. Au moment où Benoît XVI faisait son dernier Angelus, place Saint-Pierre ce dimanche, l’Italie marquait l’impossible résistance face aux ravages de la machine libérale qui efface le passé (relisons les Lettes luthériennes de Pasolini), fait revenir les peurs des dérives fascistes et détruit toute vie collective, tout intérêt général.
Si l’élection d’une Assemblée Constituante devient une réponse, en Italie comme dans tous les pays européens, c’est qu’elle seule permet de faire face au dégout de plus en plus violent que suscite une classe dirigeante porte parole du libéralisme antidémocratique et anti social, au rejet d’une construction européenne porteuses de ces seules valeurs libérales ; c’est parce que la construction d’un véritable espace de paix et de progrès demande l’expression démocratique de chacun des peuples concernés.
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