Osons le dire

« Pourquoi fonder un nouveau CNR ?» intervention de Jean-Luc Pujo, au nom des clubs « Penser la France » - Café hyper-républicain du 27 avril 2013

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CNR

« Penser la France »

- café hyper-républicain du 27 avril 2013 -

*

Il me revient au nom des Clubs « Penser la France » de répondre à cette même question :

Pourquoi fonder un Nouveau CNR ?

Si vous le permettez, je répondrai en deux temps.

Nous vivons actuellement une situation qui présente un caractère exceptionnel, source d’un sentiment d’abandon.

Ce sentiment est comparable au sentiment des français en 1940, même si les faits objectifs diffèrent en gravité.

Nous pouvons ainsi parler d’un sentiment partagé : celui d’un effondrement de la France.

De ce constat « d’effondrement », nous devons nous interroger sur le « Que faire » ?

(…) Qui amènera une double réponse : réponse d’ordre intellectuelle et réponse politique, celle dictée par le devoir d’action.

*

I – un constat d’effondrement

Constat d’effondrement tout d’abord.

Hier, en 1940 :

En juin 1940, la France connaît la débâcle et l’exode : Terrible spectacle d’une Nation qui s’abandonne.

Ce sentiment terrible qui atteint les français est celui du découragement.

Peut-on accepter la fin de la France ?

Cette question, tous les patriotes, tous les amoureux de la France, de la civilisation française se la posent.

Charles Morgan - L’écrivain d'origine galloise, grand admirateur de la France –était alors dans la campagne des Charentes en 1940.

En ce mois de juin 1940 (1), toutes les festivités des feux de la Saint Jean avaient été annulées. Bien sûr.

Et Charles Morgan d’écrire :

 « Ce soir, la veille de la Saint-Jean, il n’y aura pas de feux de joie sur les collines de Charente, mais bien que des périodes sombres interviennent,   ils   seront   rallumés,   car   la   France   est   une   idée   nécessaire   à   la   civilisation   et revivra quand la tyrannie sera consumée. »

C’est ce sentiment qui nous envahi aujourd’hui quand nous constatons – certes de manière toute différente – que la France s’abandonne et dépérie.

Aujourd’hui, en 2013 :

Aujourd’hui, en 2013, nous pouvons – en effet - faire un constat similaire d’abandon.

Ce sentiment résulte d’un constat d’effondrement.

Un constat en plusieurs points :

1 – Effondrement de la Vème République.

Un système représentatif profondément en crise (mode de scrutin, organisation partidaire, financement politique et accès aux médias…  tout est corrompu et faussé) ;

- Le contournement organisé du vote des français (le Non de 2005 contourné par le traité de Lisbonne adopté par le Congrès – c’est une forfaiture)

- Constat qui alimente une défiance grandissante et la révolte face au système ;  on la comprend, elle est légitime.

2 – Effondrement de l’Europe politique.

-  C'est le triomphe de l’Europe technocratique contre les Peuples ;

-  C'est une orthodoxie économique et financière comme doxa incontournable ;

- Ce sont des choix politiques imposés aux peuples même quand ils expriment démocratiquement leur désaccord ;

-  C’est – en un mot - le triomphe d’un système qui méprise les peuples ;

3 – Explosion du capitalisme :

-  C’est la fin du système monétaire hérité des accords de Bretton woods ;

-  C’est un endettement abyssal des Etats organisés par le système financier international privé ;

-  Ce sont des politiques d’austérité, donc de misère et de suicides, subies par les peuples ;

-   C’est l’effondrement d’un Impérium étatsunien – anglo et saxon -  qui menace la paix en Europe même : le risque d’un conflit militaire général pour sauver un capitalisme fou ;

4 – Un impératif Naturel et environnemental :

-  c’est la conscience que le potentiel naturel offert par la Planète est limité et fini;

- c’est une crise des ressources énergétiques qui impose de nouveaux choix catégoriques : quelles énergies ? Quid du Nucléaire ? Quid des énergies fossiles ?

-  Ce sont des interrogations légitimes sur le choix des modèles économiques de développement, sur le partage des ressources et des énergies à l’échelle planétaire ;

5 – Le naufrage de la Conscience occidentale :

- au lendemain de la seconde guerre mondiale, justement, les puissances occidentales remportent le combat contre la barbarie Nazie : Vous vous souvenez alors des grandes déclarations et actions :

o     Déclaration universelle des droits de l’Homme,

o      fondation de l’Organisation des Nations Unies …

o      Organisation des systèmes de commerce mondial (accords du GATT) ;

o      Mise en œuvre des mécanismes de règlement pacifique des conflits ;

o      Décolonisation…

- Or, aujourd’hui, le constat d’échec est terrible :

o  Les guerres sont provoquées et initiées par ceux-là même qui sont en charge de les éviter. Le rôle des membres permanents du Conseil de Sécurité (USA – Grande Bretagne – France – Russie - Chine)  ce rôle est catastrophique, à l’origine des plus grands conflits récents : Irak ; Yougoslavie, Rwanda, Libye, Syrie et demain peut-être Iran ;

Au nom des « droits de l’Homme » hier, aujourd’hui au nom de « la lutte contre le terrorisme », les plus grandes puissances – dont la France, la Grande Bretagne, les Etats-Unis - alimentent les guerres et financent même directement le terrorisme (comme nous avons pu le voir ici même le mois dernier avec Jean-Loup Izambert**).

Ces puissances - France, Grande Bretagne, Etats-Unis – imposent à d’autres pays le respect de textes internationaux, de résolutions des Nations Unies alors qu’elles-mêmes les violent tous les jours.

Nous sommes tous des TARTUFFES, mais des Tartuffes meurtriers.

Et pour ce qui concerne la France, je suis désolé de dénoncer :

- Le bombardement de populations civiles en Libye ;

-  Le financement et la formation des djihadistes en Syrie ;

-   La déstabilisation de la Cote d’ivoire et l’arrestation d’un chef d’Etat. Etc.

Et pour ne pas parler du reste : coup d’Etat, faux attentats… pour légitimer sous de faux prétextes des interventions militaires catastrophiques.

Nous assistons bel et bien au naufrage de la Conscience occidentale dont le summum reste bien sûr le sort réservé aux palestiniens, notamment dans la bande de Gaza ;

Le Moyen-Orient – et la politique israélienne  - devenant ainsi la vitrine ouverte de notre cynisme comme de notre faillite éthique et philosophique.

C’est de cela - c’est par cela - que l’Occident périra.

L’Occident est ainsi en phase terminale ; de ce point de vue, le reniement de la France, total.

***

Au même moment, nous pouvons également constater des signes d’espérances, de renversement.

Nous assistons à un double mouvement :

1 – d’une part, nous assistons à une globalisation qui prend aussi la forme d’un sentiment nouveau, celui d’une communauté humaine universelle ;

Nous le savons, grâce aux médias, la souffrance à l’autre bout de la planète, devient une souffrance ici et maintenant, si elle nous touche.

Nous nous souvenons tous des images en direct de cette petite fille colombienne – OMAYRA –qui allait inexorablement se noyer car elle était coincée dans la boue suite au réveil du volcan Nevado Del Ruiz.

Nous avons ainsi tous vécu ce drame – durant 24h00 – comme un drame presque intime alors qu’il avait lieu à plus de 8.000 kilomètres.

Nous nous souvenons tous de son visage et de son regard devant les caméras du monde entier. C’était pourtant en novembre 1985.

Nous sommes – bel et bien - entrés dans l’ère d’une « commune humanité ».

2 – d’autre part, nous assistons à l’éveil d’une « conscience politique » partout dans le monde ; 

Je veux ici restituer les propos d’un des plus grands intellectuels américains qui dénonce cet éveil comme une menace pour le pouvoir des Etats-Unis. Nous lui donnons raison - bien sûr - mais pour nous en réjouir.

La plus grande menace qui pèse sur l’Humanité, nous dit Zbigniew Brezinski - c’est « l’éveil politique mondial » (2)

« Pour la première fois, presque toute l’humanité est active, consciente, et interactive sur le plan politique ».

« L’activisme politique mondial qui en résulte génère une montée de la quête de dignité personnelle, du respect culturel et de l’opportunité économique dans un monde douloureusement marqué par les souvenirs de plusieurs siècle de domination étrangère, coloniale ou impériale. »

 « Il n’est pas exagéré d’affirmer qu’aujourd’hui au XXIème siècle, la plupart des populations des pays développés sont politiquement agitées et effervescentes à de nombreux endroits. Il s’agit d’une population excessivement consciente de l’injustice sociale, comme jamais auparavant, et souvent plein de ressentiment face à la perception qu’elle a de son manque de dignité »

« La jeunesse du tiers-monde – nous dit Brzezinski - est particulièrement agitée et rancunière. La révolution démographique qu’ils incarnent constitue dès lors elle aussi une bombe à retardement politique. »

Nous assistons ainsi – pour reprendre les termes du philosophe Manuel de Diéguez – au « débarquement de la pensée »(3).

C’est bien sûr cet « éveil politique mondial » que nous avons vu à l’œuvre ici ou là, lors des "printemps arabes" et qui inévitablement va gagner l’Europe(*). Il est temps.

***

Face à ces bouleversements, et alors que nos pays poursuivent des politiques qui relèvent de choix et de règles qui – en partie - pouvaient s’expliquer hier, dans « l’ancien monde » … A l’heure de tous ces bouleversements et basculements, nous devons nous interroger.

Que devons-nous faire, nous français, qui souffrons de voir ainsi la France se trahir et trahir la grande promesse qu’elle porta au monde : cette vision universelle de l’Humanité en partage ?

*

II – Que Faire ?

A cette question une réponse politique évidente : Nous devons retrouver la France qui est en nous.

1er ) Nous devons tout d’abord renouer avec une certaine exigence.

- Exigence de cohérence ;

-  Exigence d’éthique ;

Ce sont ces deux impératifs qui permettront de renouer avec une pensée française.

2ème ) Nous devons ensuite nous organiser politiquement, c'est-à-dire :

- organiser les vecteurs de cette pensée française.

Cela veut dire renouer avec un idéal parfaitement incarné par la Résistance, l’esprit de la Résistance et porté, transcendé par un programme : celui du Conseil National de la Résistance qui assura les fondements de la France moderne, la France des "trente glorieuses".

- formuler un programme politique sans ambigüité :

Nous avons eu l’occasion de le dire et nous le répèterons…

Pour nous - « Penser la France » - un programme s’impose, en trois points.

Il faut :

- 1 – Libérer la France ;

- 2 – Relever la Nation ;

- 3 – Réussir la République ;

***

1)   Libérer la France :

Retrouver l’indépendance de la France, cela veut dire recouvrer toute notre capacité à décider dans le seul intérêt de la Nation.

Nous connaissons tous les attributs de la souveraineté définis depuis la Renaissance, par Jean Bodin : battre monnaie ; faire les lois ; rendre la justice ; décider de la paix et de la guerre ;

Tous ces attributs ont été perdus par la France. Il nous faut les retrouver.

Pour cela, nous devons :

- 1 - sortir de l’OTAN, et notamment dire NON au bouclier anti-missile américain ;

- 2 - sortir de l’Union Européenne, cette nouvelle « Nef des fous » ;

- 3 - sortir de l’EURO ;

Il n’y a pas d’alternative possible à ce triptyque

2)   Relever la Nation :

Il nous faut relever la Nation. C'est-à-dire réapprendre la France.

Réapprendre les valeurs communes, supérieures qui fondent la France.

Eduquer nos concitoyens les plus jeunes à l’esprit des Lumières, plein de promesses : « Les distinctions sociales ne peuvent être fondée que sur l’utilité commune. Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. »

Nous devons combattre avec la plus grande fermeté tous les communautarismes possibles et inimaginables.

Nous devons réaffirmer avec force cette évidence : « Le communautarisme, c’est du racisme ! »

3)   Réussir la République :

Enfin, nous devons réussir la République. C'est-à-dire remettre la République partout.

Nous devons restaurer la République, en tout lieu, pour tous les Hommes. L’ordre républicain comme la justice républicaine.

C’est cela que nous appelons – nous – « l’hyper-république » !

C’est la volonté de faire Nation avec tous ceux qui adhérent au pacte républicain, aux valeurs supérieures de notre humanité, au nom d’une Idée élevée de la France.

*

Conclusion

En conclusion, nous devons nous poser la question de l’action politique.

La crise politique que nous connaissons va prendre un tour particulièrement violent.

Soit la rue va parler, soit la crise de régime amènera un processus politique nouveau.

Nous devons donc être présents sur ces deux terrains 

- Dans la rue, sur le terrain, nous devons nous organiser comme force militante, partout dans le pays : organiser des forces dans les principales villes, les entreprises et les universités  au sein d’un rassemblement comme « nouveau CNR », adhérer et faire adhérer ;

- Dans les urnes, nous devons nous préparer ensemble aux prochains  processus politique qui revêtira les formes les plus inattendues : crise de régime suivie d’une dissolution et d’un épisode électoral classique mais avec des forces politiques nouvelles ou processus magistral de Constituante

Nous pouvons prédire que le mouvement va s’accélérer dans les mois qui viennent.

Il est prévisible qu’une crise de régime entraine tout le système.

Nous devons être présents sur ces deux terrains comme véritable alternative politique.

Seule alternative face à une extrême droite démagogique toujours à l’affût, qui bénéficie de toutes les complicités du système, portée par un certain patronat et soutenue toujours par la finance.

Allons-nous accepter une nouvelle trahison de la France ?

Bien sûr que non !

Il est donc urgent de se mobiliser et de s’organiser !

Merci.

Jean-Luc Pujo

***

Pour aller plus loin, visiter : "POUR UN NOUVEAU CNR"

***


(*) La notion de "Printemps arabe" ici usité fait référence à l'élan premier des peuples qui crient, et non bien sûr à la caricature de ces mouvements aujourd'hui dénaturés sous l'effet de l'intervention des services Qataries et Occidentaux;

(**) « Crimes sans châtiment » par Jean-Loup Izambert

(1) – Lundi 24 juin 1940  St Jean-Baptiste

(2) Discours à Chatham House à Londres, 2009 (ancien Royal Institue of International Relations, contrepartie du Council on Foreign Relations situé aux Etats-Unis) ou « America’s Geopolitical Dilemmas ». Speech at the Canadian international Council and Montreal Council on foreign Relations : april 23, 2010

(3) "Dernières nouvelles de la nef des fous - Le ballet des catastrophes" par le philosophe Manuel de Diéguez – 20 avril 2013 ;

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Mot clés : penser la france - CNR

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