Repères

FICHE SARKOZY 2007 : "Idéologie 2"

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FICHE N°3

Thème : Discours de Sarkozy

 

Sujet : « Idéologie » (II) 

II « L’anti-France »»

 

 

Auteur : PenserlaFrance/pujo                                                                   Importance : 5/5              

«  Je ne suis pas réductible à la seule doctrine libérale, ni même à la seule droite. » Nicolas Sarkozy Le Monde, 8 septembre 2005

Nicolas Sarkozy n’est pas gaulliste ! Il est du parti de « l’Anti-France » !

Nicolas Sarkozy appartient à une famille particulière issue d’une certaine droite, celle qui a toujours trahi la France : des partisans du marquis de Limon et de son manifeste de Brunswick en 1792 aux Versaillais qui livrent l’Alsace et la Lorraine pour mieux lutter contre la Commune jusqu’à Pétain qui capitule devant Hitler… Cette droite là, c’est « le parti de l’étranger ».

Cette droite cultive d’ailleurs le désamour de la France (A) et la haine du modèle français (B).

 

-         A - Le désamour de la France :

«  La France, c’est une nation qui donne le sentiment parfois de se reposer sur des lauriers, glanés il y a bien des années. La France ne peut pas compter que sur le seul prestige de sa glorieuse histoire pour demeurer parmi les grandes nations du monde […] Pourquoi interdire aux français d’essayer ce qui marche ailleurs ? Le nouveau modèle français que j’appelle de mes vœux ne peut faire abstraction de ce qui se passe dans le vaste monde, sauf à se couper des réalités et de toute chance d’être efficace. » Nicolas Sarkozy Université d’été de l’UMP 2005.

o       Le mythe du déclin de la France :

§         « La France moisie » de Philippe Sollers ( Le Monde 28.01.2000) ;

§         Le pessimisme sarkozien a une fonctionnalité manifeste : La France doit rompre pour renaître avec ses trois grandes mémoires qui composent son modèle social, son modèle politique et son modèle national ;

o       Le mythe de la France qui tombe :

§         Une pensée décliniste au fort accent américain [dans un sens toutefois opposé – aux Etats-Unis, le déclin viendrait de l’influence extérieure] ;

§         Le mal est en France congénital ;

§         La France doit se désintoxiquer de sa propre identité ;

§         Le débat sur le déclin de la France est récurrent depuis la Révolution française. Il fait partie du fonds de commerce traditionnel de l’extrême droite.

§         Il s’agit de régler ses comptes avec l’histoire de France ;

o       La bataille des indices :

§         Sondage CSA (2004) : 48% des Français estiment que leur nation décline, contre 42% qui la voient stationnaire.

§         Rapports d’experts à l’appui comme démonstrations irréfutables : la France est en 44ème position dans le classement des nations ( 2004) ;

§         Or, ces indices ne sont pas neutres :

·         Indice « la liberté économique » [lancé par Milton Friedman] calculé par deux think tanks nord-américain ( Heritage foundation à Washington et Frazer Institute à Vancouver) :

o       Critères : liberté du commerce, charge fiscale, intervention gouvernementale, stabilité monétaire, liberté d’investissement étranger…

o       Contre-résultats si l’Etat favorise : la réglementation de la publicité, les services publics, l’encadrement des banques, la réduction du temps du travail, l’augmentation du smic …

·         La Banque Mondiale publie ses propres classements : Un rapport 2005 mettait la Nouvelle-Zélande en tête. La France ne figurait même pas dans ce classement. Elle se trouvait «  au rang des économies du tiers-monde ». En 2004, la France était dépassé par le Kenya, le Nicaragua, le Zimbabwe pour certains critères !

o       Le mythe de la France bloquée :

§         « Qu’ont voulu dire les français en portant Le Pen au second tour de la présidentielle de 2002 ? Qu’ont-ils voulu exprimer le 29 mai en répondant massivement non au référendum sur l’Europe ? […] les questions ne sont pas anecdotiques. J’ai le sentiment qu’on n’y a pas répondu, ou alors imparfaitement, en tout cas insuffisamment. Les problèmes restent posés et il faudra s’y atteler. Cela sera l’enjeu de la présidentielle de 2007. » (NS septembre 2005)

§         « Cette incapacité française à réformer, transformer, rebondir […] La France est, on le sait, lestée de structures publiques, sociales et administratives désuètes » Jean de Belot (directeur du Figaro) – « Quelle ambition pour la France »

§         La France serait irréformable à cause d’un mauvais Etat, de trop d’Etat et d’une collusion certaine entre l’Etat, les fonctionnaires et les syndicats.

§         Et toujours ce mal congénital : «  Cette égalisation n’est qu’une des grandes chimères au nom desquelles la France se ruine. C’est la chimère de l’égalité, chimère révolutionnaires par excellence ; les hommes et les femmes étant créés par Dieu différents et complémentaires, il est vain de vouloir les rendre semblables les uns aux autres. » ( Michel de Poncins fondateurs de l’association « Catholiques pour les libertés économiques »).

§         La France apparaît allergique aux réformes – vieille lubie que l’on entendait avant la Révolution française : ce blocage serait dû aux conditions de la fin de la grande guerre civile du XVIe siècle. La monarchie absolutiste, sous prétexte d’empêcher le retour de la guerre des religions et d’imposer la paix, aurait donné à l’Etat un poids et une place qui aurait ensuite bloqué toute évolution. La réforme se serait donc faite en France dans le champ politique et pas simplement religieux. Cette réforme aurait transposé les Lumières au plan institutionnel : la France est depuis malade.

o       Comment réformer cette France irréformable ?

§         L’Etat est l’obstacle principal aux véritables réformes de structure qui s’imposent.

§         Il faut donc déborder et contourner cet Etat en développant « la société civile » seule capable à leurs yeux d’imposer des réformes vraiment libérales.

§         La France souffre de son trop d’Etat mais également de l’absence de contre-pouvoir. Il faut développer « la société civile » qui prend aujourd’hui le visage de fondations privées ou d’associations. Celles-ci pourront alors concurrencer l’INSEE, l’ANPE, la Sécurité Sociale bref tous les organismes publics et parapublics.

-         B  - La haine du modèle français :

«  Le premier problème de la vie politique, c’est l’ennui fondamental qu’elle génère […] par ses discours sirupeux. Réveillez-vous, arrêtez le conformisme. » Nicolas Sarkozy (au lendemain de la visite de Dominique de Villepin à Perpignan)

o       La haine du modèle social français :

§         « Le meilleur modèle social, c’est celui qui donne du travail à chacun. Ce n’est plus le nôtre ! un emploi pour tous, voilà une grande ambition sociale. » (Nicolas Sarkozy 12 mai 2005) ;

§         Les problèmes sociaux et économiques français ne peuvent être nier mais ce qui pose problème ce n’est pas ce chômage à 10% ou les superprofits d’entreprises qui délocalisent mais c’est ce modèle même d’un droit du travail conséquent, celui d’un Etat re-distributeur des richesses, celui d’un interventionnisme pour défendre des valeurs comme l’égalité et la fraternité, celui d’une main d’œuvre qualifiée et bien payée pour être performante, etc. 

§         Une certaine droite s’est faite – faussement – l’avocate de ce modèle social car « il faut faire vivre et progresser le modèle français »  (J.CHIRAC)

§         Pour NS, notre modèle social est mauvais. La France n’a rien à espérer d’un ravalement de façade et doit changer en profondeur : ne plus couper la tête de ses élites ( noblesse, les deux cents familles, les patrons collabos, le Medef …) alors que le « bon peuple » est « planté » par un code du travail désuet et dangereux.

o       La France : « dernière république soviétique » ?

§         «Il y a urgence à mener à bien des réformes […] Nous étions habitués, en France, à la drogue douce de l’inflation, au contrôle des prix, à une bourse minimaliste, à des exportations plafonnant à 18 % du PIB. Nous étions une sorte d’Union soviétique qui aurait réussi. » (Jacques Marseille)

o       La haine du modèle républicain français :

§         «  La déception des jeux olympiques doit nous amener à nous poser des questions sur la façon dont nous défendons les dossiers, dont nous présentons nos idées. » (NS après le plaidoyer raté de Chirac à Singapour)

§         Cette France perdue n’est pas seulement la bâtarde de Jaures et de Gaulle. La faute est beaucoup plus ancienne et donc terriblement plus grave et profonde. Il faut citer à comparaître tous ceux qui, depuis 1789, ont fait la République.

§         La Faute au Régicide !

§         Les Français resteraient marqués par le souvenir de plusieurs tragédies. L’académicien Alain Besançon recense quatre périodes durant lesquelles l’Etat français aurait retranché une partie de ses sujets ( citoyens) de la communauté politique : lors de la spoliation et l’exil des protestants de 1685, lors de la spoliation et l’exil de nobles au moment de la Révolution, lors de la spoliation et l’exil de congrégations religieuses suites aux lois anticléricales, lors de la spoliation et l’exclusion des juifs après les décrets de 1940.

§         La France connaîtrait  aujourd’hui une cinquième grande vague de spoliation : celle qui viserait son élite économique, obligée de fuir à son tour ;

o       La haine du modèle français de l’Etat-Nation :

§         Le Sarkozisme est un pari sur le dépassement de la spécificité française. C’est à ce prix qu’il pourra rejoindre le courant de la « révolution conservatrice ».

§         « L’Idée de Nation relève de la perception individuelle, d’un sentiment d’appartenance, et c’est à tort que les Etats ont « étatisé » la nation en créant cette caractéristique du monde moderne : l’Etat-Nation. » Pascal Salin, Libéralisme, 2000 ;

§         Cette France apparaît comme une monstruosité incapable de s’adapter à la mondialisation. Cette France :

·         Qui contrairement aux autres nations, s’est donné un fondement politique, et non point ethnique ou culturel ;

·         Qui, bien avant 89, avait fait de la politique l’affaire du peuple et non pas seulement le bien des puissants ou l’art de quelques princes ;

·         Qui ne s’est voulue « fille aînée de l’Eglise » que pour mieux gagner son indépendance à l’égard de Rome ;

·         Où le Roi n’a pu se contenter à l’égal des autres têtes couronnées, d’être le premier des fidèles, mais revendiquera sa part de sainteté, à l’égal de l’évêque de Rome ;

·         Où le roi prendra sur sa personne ce qui relève habituellement du religieux, comme la charité ;

·         Qui refusera de prendre parti durant les guerres de religion, et où l’on apprendra à se dire Français avant d’être catholique, protestant, juif ou musulman ;

§         Cette exception française a bien sûr ses raisons : La France est un pays beaucoup trop éclaté : l’élément fondamental de sa cohésion fut de nature politique bien avant sa révolution. Elle ne pouvait reposer que sur un vouloir vivre ensemble fondé autour d’une hiérarchie de valeurs.

§         La France ne cesse depuis de se raconter de belles histoires pour compenser son manque total de racines.

§         L’Etat est le garant de sa liberté non un obstacle.

§         Cette France :

·         Où l’absolutisme royal ne fit que préparer le jacobinisme ;

·         Où même la droite se veut étatique ;

·         Où l’on entre en politique comme en religion ;

·         Où la gauche et la droite prime depuis longtemps sur celle de religion ;

§         La France ne fut jamais une réalité « transcendante » mais un produit de l’histoire.

§         La France a toujours redouté sa division car elle sait que son unité est particulièrement fragile faute d’être culturellement homogène ;

·         Les allemands ne forment pas une nation mais un peuple qui s’est accommodé de l’existence d’une multitude d’Etats ;

·         Les Italiens partagent une même culture rendant inutile l’existence d’un Etat ;

§         La France constitue l’idéal-type de l’Etat-Nation ;

§         Jusqu’au XIème siècle, on parle de roi des Francs puis à partir de Louis VI, on commence à parler de Royaume de France. La Royauté se donne déjà comme la nation tout entière !

§         Un Etat centralisé se développe, avec une succession de grands ministres comme Sully, Richelieu, Mazarin et Colbert en qui les libéraux voient leur principal bouc émissaire puisqu’il serait responsable du retard industriel de la France ;

CONCLUSION :

La critique de la France, la dénonciation du déclin et des blocages de la France vise un seul objectif : justifier par avance une thérapie de choc de nature ultra-libérale.

Cette politique s’accompagne d’une volonté de défaire l’Etat qui est au coeur même du projet « France », car la France se reconnaît dans et par son Etat.

« La république est une et indivisible » proclament les révolutionnaires dans le premier article de la Constitution de 1793.

Cette France doit disparaître.

En voulant rabaisser puis démanteler l’Etat, la révolution conservatrice portée par Nicolas SARKOZY peut enfin annoncer la fin programmée de la France.

Fiche à venir :

Fiche 4 – « Pour contrer le Sarkozisme »

Fiche 5 – «  Le Sarkozisme contre l’Egalité »

Fiche 6 – « Le Sarkozisme contre la Fraternité »

Sources :

—      « Misère du sarkozysme » Paul ARIES — Parangon/Vs — Octobre 2005 — 251 p. (****) ;

—      «  La saga Sarkozy » — L’EXPRESS — 309 p. — supplément au N° 2897 du 11 janvier 2007 ;

—       « L’inquiétante rupture tranquille de Sarkozy » Eric BessonL’hebdo des socialiste n°431” — 10 janvier 2007 ;

—      « La vraie nature de Nicolas » — 10 pages spéciales — Le Parisien — 12 janvier 2007 ;

—      «  Ce que l’on ne vous a jamais dit sur Sarkozy » — L’EXPRESS — N°2897 du 11 janvier 2007 ;

—      Discours « Ensemble tout devient possible » — Dimanche  14 janvier 2007 — Porte de Versailles ;

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