Tribunes de Philosophes

BERNARD STIEGLER : "ÉVITER L'APOCALYPSE"- Notre URGENCE... Hommage !

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NOTE DE LA REDACTION

"Disparition de M. Bernard STIEGLER"

Vendredi 7 aout 2020,

C'est avec tristesse que nous apprenons la disparition de Bernard STIEGLER que nous avons découvert avec bonheur il y a presque dix ans.

Son parcours exceptionnel et exemplaire a pu encourager le développement d'une réflexion philosophique de grande qualité chez de nombreux élèves.

Son école de philosophie (Pharmacon), les séminaires et les écrits nombreux offrent de nombreuses pistes que nous avons tenté de relayer auprès de nos lecteurs attentifs.

Nous présentons à sa famille et à ses proches toutes nos condoléances.

[Merci à Fabrice]

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La "société automatique" selon Bernard Stiegler - Octobre 2019

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Bernard Stiegler : Etat d'urgence, géopolitique, Médias, Gilets Jaunes - Avril 2019

[Merci Fabrice]

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ÉVITER L'APOCALYPSE - BERNARD STIEGLER - Novembre 2018

Des ravages la data economy jusqu’au dernier rapport du GIEC, tous les signaux montrent que l’humanité s’est mise elle-même en grand danger. Aujourd’hui « l’Entretien Libre » reçoit le philosophe Bernard Stiegler, fondateur du groupe Ars Industrialis, et directeur de l’Institut de recherche et d’innovation (IRI) du centre Georges-Pompidou. Auteur d’une œuvre profondément originale, il s’intéresse notamment aux mutations sociales, politiques et psychologiques provoquées par la « révolution numérique ». On publie aujourd’hui deux livres de lui, « Qu’appelle-t-on panser ? » (LLL), et « La technique et le temps » (Fayard), réédition augmentée de sa thèse.

Pour pouvoir continuer à permettre à Aude Lancelin de vous proposer ces entretiens libres, nous avons besoin de financements, aidez nous en devenant Socio ou en faisant un don au Média 

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PHARMAKON.fr (école de Philosophie)

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A Epineuil-le-Fleuriel du lundi 18 août au mercredi 20 août 2014

"Voilà presque cinquante ans que, dans le noir, le peuple des salles obscures brûle de l’imaginaire pour réchauffer du réel. Maintenant celui-ci se venge et veut de vraies larmes et du vrai sang.

Mais de Vienne à Madrid, de Siodmak à Capra, de Paris à Los Angeles et Moscou, de Renoir à Malraux et Dojvenko, les grands réalisateurs de fiction ont été incapables de contrôler la vengeance qu’ils avaient vingt fois mise en scène."

Jean-Luc Godard

LA CONDITION ONIRIQUE

Dans le cours pharmakon.fr 2013-2014, qui aura été consacré de novembre à avril et pour la troisième année consécutive à l’interprétation de La République, nous avons envisagé la caverne du livre VII comme une salle et un studio de cinéma qui, en projetant les rêves, permettrait de les réaliser et de les déréaliser : la caverne serait une scène organologique, c’est à dire pharmacologique.

Dans le séminaire de cette année, et dans le fil de ces hypothèses, nous esquissons ce que pourrait être une nouvelle critique de l’anthropologie sur la base d’une approche « anthropotechnique » – dans le langage de Peter Sloterdijk, et, dans notre propre langage, sur la base d’une approche organologique, qui est elle-même fondée sur ce que nous appelons un archi-cinéma (un cinéma que ce que l’on nomme l’homme se serait toujours fait) dont témoigneraient tardivement (trois millions d’années après le début de l’hominisation) les projections rupestres du paléolithique supérieur

au début de ce que nous appelons le processus de grammatisation.

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L’archi-cinéma serait ce qui commande les trois synthèses de l’imagination telles que les présente la première édition de la Critique de la raison pure (cf sur ce point La technique et le temps 3). En cela, l’archi-cinéma serait tout aussi bien la condition onirique de réalisation et de déréalisation de l’être organologique et pharmacologique.

La question deviendrait alors l’organologie des rêves tout aussi bien que l’onirologie des organisations (sinon leur onéiromancie), où les rêves sont la condition de l’organologie, qui est en retour (et comme rétention tertiaire) la condition des rêves en tant qu’ils se réalisent, et, ce faisant, se trans-forment – et, tout aussi bien, se déréalisent, au risque de tourner au cauchemar.

À l’époque où l’industrie du cinéma qui était au service du psychopouvoir fait place au neuropouvoir de l’ère numérique et à l’économie des data, c’est à dire aux traces autoprojetées par tout un chacun sur son mur, son écran, son réseau, c’est la condition organologique de la projection qu’il s’agit d’analyser du point de vue de l’organe cérébral.

*

Le cerveau est un organe de projection, au sens où Jean-Luc Godard pense le spectateur comme celui projette (ce que je dis, c’est vous qui le dîtes), et aux sens de Freud qui suppose l’introjection en un sens plus vaste que celui de la psychanalyse, c’est à dire l’intériorisation de ce qui a été organologiquement extériorisé comme réalisation d’un rêve – par exemple comme devenir organologique du cerveau organique (tel que nous l’avons envisagé l’an passé en nous référant au travaux de neuropsychologie de Maryanne Wolff) – par l’intériorisation du cinéma social qui constitue les systèmes sociaux : ainsi de la parenté au sens de Maurice Godelier dans sesMétamorphoses de la parenté (Champs, Flammarion, 2004) que nous étudions actuellement dans le séminaire.

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Sans ce cinéma, qui est aussi la condition de ce qu’Etienne Balibar et Immanuel Wallerstein ont appelé l’ethnicité fictive (Race, nation, classe, La découverte, 1997), il ne peut pas y avoir constitution de systèmes sociaux, c’est à dire de circuits transgénérationels conditionnant ce que nous appelons le processus de transindividuation.

Mais un tel cinéma n’est pas pensable sans que soient intrinsèquement articulés les trois niveaux de l’organologie par où l’organique darwinien devient l’organologique post-darwinien (compatible avec la lutte pour la vie conçue par Charles Darwin comme sélection naturelle) : un tel cinéma (qui est une sélection artificielle à partir du pouvoir de rêver et de réaliser ses rêves) n’est pensable qu’à la condition de critiquer l’anthropo-logie d’un point de vue anthropo-technique. Faute de quoi la critique cinématographique des rêves humains est impossible, et l’industrie des rêves tourne au cauchemar (à la déréalisation du pouvoir de rêver lui-même – c’est à dire : à la destruction de l’économie libidinale).

Tel sont notre lot et notre tâche – et nous tenterons de penser ce lot et cette tâche pour affronter comme chaque année l’objet de l’académie d’été d’Epineuil : pourquoi et comment philosopher aujourd’hui ?

Aujourd’hui où « l’oubli de l’extermination fait partie de l’extermination » (Godard).

POUR ALLER PLUS LOIN : 

"Pour une nouvelle critique de l’anthropologie" PHARMAKON.fr

(école de Philosophie)

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