Osons le dire

La solidarité mutualiste fout le camp !

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Les mutuelles, fortement secouées par les décisions européennes relatives à la concurrence libre et non faussée, appartiennent à l’identité nationale française. Par manque total de culture sociale, les Françaises et les Français ont laissé filer une spécificité qui contribuait à la qualité de la vie dans un pays dans lequel la solidarité avait été construite par des luttes farouches. En fait, la mutualité a été le premier mouvement social français par son ancienneté – on trouve une référence à une société de secours mutuel dès l’an 1319 –, et a contribué au développement de la protection sociale dans le domaine de la santé et, peu à peu, des retraites sur la base de pratiques démocratiques, et en opposition aux modèles « assurantiels » : les cotisations étant forfaitaires, voire proportionnelles aux revenus, et non établies en fonction du risque propre à l’assuré.

J’ai encore en mémoire les assemblées générales, dans la salle de la Mairie de Sadirac où nous vivions avec mes parents, de la « Société de secours Mutuel Saint Martin ». Des artisans issus du Compagnonnage, des ouvriers du monde industriel ou des petites entreprises locales, des ouvriers agricoles, des familles, venaient régler ce matin là leur cotisation annuelle, contre une carte sur laquelle figuraient deux mains tendues l’une vers l’autre et solidement liées sur un drapeau noir en velours, brodé d’argent. Toutes ces petites structures de la vie locale participaient à ce sentiment d’appartenir à une république ne tenant aucun compte des différences philosophiques, religieuses ou raciales quand il s’agissait de se montrer solidaires. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que les cellules des hausses des ruches d’abeilles servaient de symbole à ces institutions extrêmement fortes. Les premières mutuelles s’étaient développées avec la révolution industrielle, vers 1820. En 1848, 2 000 sociétés regroupaient en France 250 000 sociétaires qui, avec leurs familles, représentaient déjà 1,6 million de personnes.

En raison de la loi Le Chapelier (1791) qui interdisait toute « coalition », le monde du travail n’avait pas le droit de s’organiser (qui le sait?) : il le faisait toutefois dans le cadre des sociétés de secours mutuel qui prennaient en charge obsèques et maladies, tout en menant des luttes revendicatives, telles que la révolte des Canuts à Lyon. Il faudra attendre le rapprochement avec le « solidarisme » de ce grand homme que fut Léon Bourgeois, qui défendait la liberté de l’individu face à l’État, en estimant que ce dernier doit aussi le protéger pour que la Mutualité s’installe dans la vie des villages. Léon Bourgeois fut un des pères de la Charte de la mutualité de 1898 qui décréta que les mutualistes pourraient mener librement leurs activités, pourvu qu’elles soient bien gérées, et se regrouper à tous les niveaux. En 1902, les responsables élus créent la Fédération nationale de la mutualité française (FNMF). Un grand pas en avant, qui fera que les années Trente furent l’âge d’or des mutuelles authentiques.

L’instauration de la Sécurité sociale, à la Libération, les perturbera durant quelques années. Après avoir craint de devoir disparaître devant cette forme de protection sociale obligatoire étendue, elle s’y adapta peu à peu et en devint le meilleur défenseur. Cette transformation a été due, pour beaucoup, à l’émergence de puissantes mutuelles de fonctionnaires et d’enseignants, ainsi qu’à la montée en puissance de la mutualité d’entreprises nationales, à partir des années 60. Aujourd’hui, un Français sur deux est adhérent à une mutuelle, mais dans le contexte de la grave crise vécue par la Sécurité sociale, deux questions se posent à la mutualité : faire face aux compagnies d’assurances, dans le cadre d’une Europe largement libérale, tout en maintenant une vie démocratique dans ses groupements, de moins en moins nombreux et toujours plus vastes… Dans tous les domaines, les contraintes dites de gestion financière prennent véritablement le pas sur la finalité sociale. Ce n’est pas le fait des responsables, mais une sorte d’impérieuse nécessité, sous peine de laisser le champ libre au système des assurances reposant sur le profit!

En 2010 le contre-coup des exonérations diverses accordées aux entreprises en matière de cotisations sociales va plonger les mutuelles françaises dans la tourmente. Elles devront compenser les défaillances terribles d’un système qui s’affaiblit dans notre pays, alors que celui du libéralisme et du profit absolu est en train de le… créer. Nous prenons le chemin inverse, en effectuant la sélection d’accès à la solidarité par les moyens financiers. «  « Depuis que le Président Roosevelt a, le premier, appelé à une réforme en…1912, sept présidents, démocrates ou républicains, s’y sont attelés. A chaque fois, ces efforts ont été bloqués par des groupes d’influence souhaitant un statu quo plus profitable au secteur des assurances qu’aux Américains » a rappelé Barak Obama. Les actes successifs du gouvernement vont exactement dans le sens contraire… et tout est fait, par petites touches, pour conduire les gens à s’assurer plus qu’à mutualiser.

En 2010 par exemple la montée de la précarité due au chômage va considérablement modifier la donne. La fonte du pouvoir d’achat fera que des familles ne pourront plus accéder aux soins ou que la cotisation mutuelle ne deviendra plus prioritaire par rapport, par exemple, à la téléphonie mobile ou aux télévisions à péage. D’autant que la hausse des cotisations des mutuelles complémentaires santé, annoncée depuis plusieurs mois, devrait atteindre 5 % en 2010, selon Jean-Pierre Davant, président de la Mutualité française. Une augmentation qui pourrait inciter les usagers à se tourner vers des forfaits moins chers donc moins protecteurs. C’est la conséquence d’une politique sociale qui renverse les paramètres du rôle républicain dans la mise en oeuvre de l’égalité de préservation de la santé.

Compte tenu de la hausse des dépenses de santé, du coût de la grippe A (achat des vaccins, remboursement des consultations) que financent directement ou indirectement les mutuelles, et aussi de mesures comme la hausse du forfait hospitalier dans le budget 2010 de la Sécu on pourrait même dépasser… 5 %. Les mutuelles invoquent en effet également la reconduction dans ce budget d’une taxe instaurée l’année précédente sur le chiffre d’affaires des complémentaires santé. Dans un tel contexte, le Président de la FNMF juge que « malgré les dispositifs d’aide, de plus en plus de Français n’ont d’ores et déjà plus les moyens de cotiser à une complémentaire et renoncent à des soins primaires ». Mais, dans le fond, la religion du chacun pour soi, et l’indifférence collective aux véritables problèmes actuels, finiront bel et bien par tuer l’identité sociale française et on s’inspirera peut-être du nouveau système américain (ce qui serait un comble) pour en refonder un

 SOURCE:

http://www.jeanmariedarmian.fr/?p=2262

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