Osons le dire

« Peut-on concilier Etat providence et souveraineté nationale ? » Par Jean-Luc Pujo, président des Clubs "Penser la France"

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Intervention du 15 décembre 2010

Plan de l’intervention :

[I -   L’Etat providence : histoire, contenu, enjeux ;

II - Le triomphe de la pensée néolibérale : la contestation de l’Etat providence ; le triomphe d’une pensée unique économique aux fondements intellectuels très discutables ;  la plus grande crise du capitalisme ;

III - Comment sortir de cette impasse ou de la nécessité d’une reconquête : La fuite en avant néolibérale ; une véritable crise intellectuelle & philosophique ou la fin de l’Occident ; pour une véritable révolution politique : L’Occident sauvé par l’Europe, elle-même réveillée par la France redevenue puissance]

***

TEXTE de l’INTERVENTION

Mes premiers mots seront des remerciements.

Je veux ici remercier M Nicolas Smeets et le Rassemblement pour l’indépendance de la France –  RIF -  d’avoir bien voulu organiser ce débat. Merci pour votre invitation.

Je veux également remercier M. Jacques Bourdu d’avoir accepté cet échange.

***

Ce soir, Nicolas Smeets, vous nous demandez : « Peut-on concilier Etat providence  et souveraineté nationale ? »

D’emblée, ma réponse sera simple : non seulement, « on peut » concilier, non seulement « il faut » concilier mais plus encore, la souveraineté nationale est la condition sine qua non du maintien de l’Etat Providence.

Mon raisonnement se présentera en trois temps – si vous le permettez :

1) premièrement, je vais rappeler quel a été le processus particulier qui a permis à la France d’accoucher d’un Etat providence parmi les plus performant au monde, si ce n’est le plus performant.

2) deuxièmement, je vais montrer en quoi le triomphe de la Pensée Néolibérale – qui remet en cause l’Etat Providence – repose sur un ensemble de contre vérités et de mensonges.

3) troisièmement, j’aborderai les solutions pour une sortie de crise qui n’est pas une simple crise économique mais en fait une  crise éminemment politique.

***

1er Partie  - quel a été le processus particulier qui a permis à la France d’accoucher d’un Etat providence parmi les plus performants au monde ?

Résumé d’un mot, l’Etat providence, c’est l’institutionnalisation par la puissance publique  de la « Solidarité ».

J’attire ici votre attention sur ce beau mot de « Solidarité ».

L’Homme est le seul animal, cet animal si particulier, qui estime nécessaire de s’occuper du faible et du mourant.

Aucune espèce du règne animal ne s’arrête auprès du mourant ou ne partage le produit de la chasse avec un étranger aux liens de sang.

Dans le règne animal, le sujet faible ou mourant est abandonné à son sort s’il n’est pas tué.

Le principe de solidarité ressort donc d’un processus particulier attaché à l’hominisation : c’est un élément du processus anthropologique.

Si nous laissons mourir des hommes dans la rue, dans la solitude, dans le froid, si nous ne soignons plus le malade … alors nous nous inscrivons dans une démarche régressive dans le processus d’hominisation, nous courrons le risque d’une véritable régression anthropologique.

La Solidarité, fondamentalement, c’est l’Homme.

***

En quelques mots, je veux vous rappeler - ici - son histoire, le contenu et les enjeux attachés à l’Etat Providence.

A – HISTOIRE

Des tribus primitives - amérindiennes, par exemple, comme a pu le démontrer Claude Lévi-Strauss – pratiquant la solidarité jusqu’aux sociétés les plus complexes, le malade est accompagné comme le mourant par des mécanismes de plus en plus élaboré.

Nous savons combien les Religions ont relayé cette réalité en affirmant comme loi première le principe de Charité : aider le plus pauvre, l’indigent, le malade.

La création des hospices, des asiles - dès l’antiquité - puis des premiers hôpitaux – dès le moyen-âge - ont ainsi permis d’institutionnaliser le principe de solidarité, d’assistance et de secours.

La naissance puis l’affirmation de l’Etat Nation – au XIXème siècle- s’est accompagné de l’emprise de l’Etat tout puissant sur les domaines importants de la vie sociale : la santé et les solidarités n’y ont pas échappé.

Vous le savez, la révolution industrielle s’est accompagnée de l’émergence d’une classe nouvelle, confrontée à des conditions de vie extrêmement pénible : accident du travail, extrême pauvreté…

L’Etat - sous la pression des organisations ouvrières – a adapté les législations dès la fin du XIXème siècle : Première habitation à bon marché (1887); Assurance retraite obligatoire (1910); Allocation pour les familles nombreuses (1913) …

C’est en Allemagne – pour combattre la montée en puissance des mouvements socialistes – que se développe le premier système moderne de protection sociale sous Bismarck.

La crise économique de 1929 ainsi que les idées nouvelles de John Maynard Keynes vont accélérer la mise en place de véritables mécanismes publics d’intervention : c’est le New deal avec Roosevelt dans une logique d’ailleurs initiée par le Fordisme «  un bon niveau de vie des salariés est bénéfique à toute l’économie » ;

Ce sont également, en France, les lois sociales du Front populaire.

C’est ainsi qu’au XXème siècle, l’ensemble  de ces dispositifs de protection est appréhendé sous le nom d’Etat providence.

Plusieurs systèmes d’Etat providence coexistent : l’un d’origine allemande –bismarckien, fondé sur un mécanisme d’assurance sociale ; l’autre, anglais -  beveridgien, financé par l’Impôt ;

Le système français combine ces deux systèmes.

***

A travers ce survol historique, c’est cela qu’il nous faut bien comprendre : L’Etat providence n’est pas une création sui generis !

L’Etat providence est un produit historique, un produit intimement lié à l’histoire sociale, économique et politique de la Nation.

Il est – en effet - le produit d’un rapport de force social, économique et politique.

Rapports de forces entre les forces de production et les forces du capital ; et pour être concret entre les organisations ouvrières et les organisations patronales.

Ces rapports de forces ont ensuite été mesurés, puis actés  par des gouvernements plus ou moins favorables à ces dispositifs.

En France, inutile de rappeler les avancées sociales – véritables  conquêtes de la classe ouvrière – avec le Front populaire, le Gouvernement  de la Libération mettant en œuvre le programme du Conseil National de la Résistance ou avec la Gauche 1981-1983

En France, il nous faut dire et redire - que ce sont les Gaullistes et les Communistes qui travaillèrent à la mise en œuvre de l’Etat providence en France …

Pour quel contenu ?

B – Le contenu de l’Etat Providence :

L’Etat Providence à la Française : c’est la sécurité sociale (assurance vieillesse ; assurance maladie ; aides à la famille) c’est le régime des invalidités, celui de l’assurance chômage et des aides multiples : RMI, RMA, Allocation de solidarité spécifique (ASS – pour les chômeurs en fin de  droit) ou la CMU …

Tous ces acquis ont été garantis par des gouvernements de gauche comme de droite…

Le contrat social français – c’est le propre de tout contrat social – a été accepté par toutes les forces sociales, économiques et politiques du pays… jusqu’aux années « 80 » en France.

Certes, il y a toujours eu des tentatives de remises en cause de ces systèmes de solidarité. Mais les courants intellectuels visant à cette remise en cause ont toujours été minoritaires à droite.

Fondamentalement, l’équilibre général du modèle français a ainsi été maintenu.

Pour quelles raisons ? Parce que le maintien de l’Etat providence est lié à des enjeux essentiels.

C – Les enjeux liés à l’Etat Providence :

Ces enjeux sont – à mon sens - de trois types : anthropologique, économique et politique

- enjeux anthropologiques :

C’est ce que je vous disais en introduction, tout système humain appelle la mise en œuvre de système de collaboration et de solidarité.

C’est là le propre de toute société humaine : de construire de la relation. C’est le propre de la Culture, du langage et de l’échange.

Seul l’Etat de nature instaure la prédation.

La compétition – l’ultra-compétition – est liée à l’état de nature.

Si nous renonçons à cet aspect de solidarité propre à l’humanité, nous nous inscrivons dans un processus non de progression mais de régression.

- enjeux économiques, ensuite :

L’Etat providence assure de la redistribution de richesse, c'est-à-dire de la circulation et de l’échange de valeur ;

Ce faisant, l’Etat providence assure une certaine homogénéité des marchés économiques.

Or, nos économies modernes ont besoins de l’homogénéité des marchés de consommation.

Enfin, l’Etat providence assure le maintien de la Demande.

C’est là une des conditions de l’équilibre économique.

C’est d’ailleurs aujourd’hui – nous le verrons par la suite – l’un des aspects de la crise actuelle : du fait de la faiblesse des salaires en Europe, nous connaissons un affaiblissement de la Demande et nous courrons le risque autrement plus grave de la déflation pire – mille fois pire - que celui de l’inflation.

- enjeux politiques, enfin  :

L’Etat providence est une des conditions essentielles de la  puissance politique.

L’Etat providence est un des facteurs clés de la cohésion nationale.

Or, c’est la cohésion nationale qui fait aujourd’hui la puissance politique.

Ce d’autant que la France n’est pas une nation ethnique ou ethno religieuse.

La France, ce n’est ni l’Allemagne, ni le Japon, ni Israël.

Sans l’Etat, plus de Nation française.

Sans Etat providence et d’ailleurs sans éducation nationale, sans Langue française … il n’y a plus de France, car la France c’est – d’abord et avant tout - une Nation politique.

En méconnaissance de tous ces enjeux, une pensée néolibérale est en train de s’imposer, relayées par des élites incultes ou achetées.

Cette pensée remet tout en cause.

Le triomphe de la pensée NEOLIBERALE. C’est ma seconde partie.

***

2ème PARTIE : Le Triomphe de la pensée NEOLIBERALE

Le triomphe de la pensée néolibérale se traduit par une remise en cause de l’Etat providence grâce à une véritable prise de pouvoir intellectuelle et nous a conduit vers l’inévitable crise économique et financière actuelle, une crise sans précédent ;

A – la remise en cause de l’Etat Providence :

Dès les années « 70 », l’arrivée au pouvoir de Thatcher et de Reagan coïncide avec une remise en cause des modèles anglais et américains.

Cette remise en cause coïncide bien sûr avec deux crises pétrolières mais plus encore elle coïncide avec un tournant intellectuel majeur : l’affirmation de théories ultralibérales aux Etats-Unis et en Angleterre portée par Hayek, par Friedman mais également avec la montée en puissance de courants Néo conservateur, de tristes réputations.

Leurs discours remet en cause la légitimité de l’intervention de l’Etat, dans le domaine social mais nous le savons, aucun domaine d’intervention de l’Etat ne sera épargné.

Vous connaissez tous ce discours : « tous nos comptes sociaux sont en faillites ! »

Cela est inexact.

Il suffit d’examiner les comptes disponibles ici délivré par la Commission des comptes de la Sécurité sociale puis les travaux parlementaires accompagnant le vote de la Loi de finance de la sécurité sociale, pour comprendre l’immense supercherie.

Si des difficultés existent, et nous pouvons préciser quelques unes d’entre elles, il reste que les comptes de la sécurité sociale peuvent atteindre - sans de trop grands efforts – l’équilibre.

Pourtant, tout est fait – jour après jours - pour nous faire croire que toute l’architecture de notre Etat Providence est remise en question par des déficits abyssaux, des comptes peu sérieux.

Or, sont volontairement dissimulés plusieurs causes de déséquilibres, connus des seuls spécialistes : les exonérations patronales, sans cesse reconduites ; le non reversement de fonds collectés par l’Etat pour la sécurité sociale : taxes sur l’alcool, sur le tabac, sur l’automobile par exemple ;

Il suffirait de rétablir les paiements de ces cotisations pour équilibrer bon an mal an les comptes sociaux.

Pourquoi ne le fait-on pas ? 

Concernant les retraites, nous pouvons également nous étonner du discours dominant :

Le discours habituel reste le discours démographique : moins d’actifs pour plus d’inactifs ; le calcul est simple, il faut allonger les périodes de cotisation, élever ce niveau de cotisations et baisser le niveau des prestations.

Cette démonstration a le mérite de la logique mais pas celui de la Raison.

Pourquoi ne pas aborder le problème de la natalité, des gains de productivité ou celui de l’assiette des cotisations élargie à d’autres types de revenus ?

***

Nous comprenons alors tout le vice du système néolibéral.

Ainsi, en France, tout est fait – sur le terrain des prestations sociales - pour privatiser les profits, pour socialiser les pertes, diminuer les prestations sociales pour le plus grand nombre.

Nous connaissons actuellement un basculement magistral d’un modèle social de solidarité vers un modèle social individualiste et marchandisé, sans que ces choix n’aient été discutés.

Qu’avons-nous fait de l’ambition proclamée par le Conseil National de la Résistance : pour une « démocratie sanitaire et sociale, nationale et locale » ?

Tout cela a été rendu possible par la prise de pouvoir intellectuelle d’une pensée dont nous allons constater qu’elle est une pensée économique pleine de contradictions !

B - la prise de pouvoir d’une pensée unique économique ;

« Le néolibéralisme se présente à nous comme une Vérité et fonctionne comme une Religion ! » nous dit André Bellon.

Nous devons rappeler quelques vérités :

1) L’économie n’est pas une science !

2) un chiffre n’est jamais neutre !

3) tout concept chiffré est porteur d’une norme ;

4) et toute « norme est porteuse d’une prétention de pouvoir » comme le dénonçait Michel Foucault.

En l’occurrence, ces normes sont construites pour  les actionnaires,  pour les détenteurs de titres issues de « l’ingénierie financière » mais non pas par l’Etat encore moins pour les salariés.

Et nous pouvons remarquer – au cœur de l’épistémologie de l’économie – que cette pensée économique néolibérale est ennemie de l’esprit critique, donc adversaire de la pensée des Lumières(1).

Plus, la pensée néolibérale n’est pas une pensée théorique véritable.

Elle relève plutôt du « discours terroristes »  - pour rependre les termes de l’économiste Jean-Luc Greau(2) -  « relayé par un véritable clergé composé d’économistes institutionnels, de banques, d’organismes de recherche » … Un véritable clergé !

Ce courant économique  - certes alimenté par la pensée de Friedman qui dénonce l’interventionnisme économique des Etats comme source de perturbation pour les décisions rationnelles des agents économiques – s’impose en fait comme une Vulgate.

Elle s’érige en Vérité et puise ici ou là dans l’arsenal de la pensée économique : ici un peu d’Adam Smith et sa main invisible ; là, un peu de Ricardo, avec sa théorie des avantages comparatifs ; là, un peu de Schumpeter  comme théoricien de la destruction créatrice par l’innovation. Etc .

Mais cette pensée écarte – nous dit Jean-Luc Gréau – Malthus, Marx, bien sûr ; mais aussi Stuart Mill, oublié ou Walras.

 « Walras, ce théoricien de l’équilibre général ne peut servir de référence faute d’avoir placé au centre de son système la gouvernance financière moderne » précise Jean-Luc GREAU !

Et ne parlons pas de Keynes, considéré comme un esprit dévoyé.

***

Cette pensée incomplète  s’appuie sur plusieurs débats escamotés :

- la gouvernance financière :

Ce sont les marchés financiers qui ont aujourd’hui la responsabilité majeure de juger, de sanctionner, et par ce biais, de piloter les entreprises et les Etats.

C’est une inversion de système.

De gaulle disaient à l’époque « la politique de la France ne se fait pas à la Corbeille » - lointaine époque où nos hommes politique avaient encore du courage.

Nous constatons, aujourd’hui, que la politique de la France non seulement se fait à la corbeille, mais - pire - c’est la corbeille qui dicte sa politique à la France !

- la localisation d’activités ;

« Ouvrez les frontières. Cela va profiter à vos économies  » ! Vous avez tous entendu ce discours.

Hors le Japon et l’Allemagne, toutes les grandes économies anciennement développées glissent vers des déficits irréversibles de leurs échanges commerciaux avec le reste du monde.

Hong Kong, Singapour, Taïwan, la Thaïlande et la Corée du sud   - et aujourd’hui le Brésil, les pays de l’Asie émergent - se servent  de ce modèle aux effets prédateurs pour conquérir des parts de marchés extérieur sans trop concéder de parts de marché intérieur.

Tout cela plombe nos économies européennes ; on délocalise ; nous perdons des emplois massivement.

Au nom de quoi ? Toujours la théorie des avantages comparatifs – Ricardo –

Ce qui fait dire à certains économistes – je pense notamment à JLuc Gréau -  « les faits invalident la présentation de Ricardo, et si nous étions rationnel, nous laisserions cette théorie pour ce qu’elle est. Une pièce d’archéologie »

- La demande globale et l’endettement des ménages ;

Comment écouler la production dans un contexte de déflation salariale à l’échelle de l’économie mondiale  quand la part des revenus du travail dans la richesse mondiale tend à se réduire ?

La réponse a été évidente : à défaut d’augmenter les salaires, il faut mettre en place un système de crédit généreux.

Et c’est ainsi que nous avons assisté à l’explosion de la dette des ménages dont il était prévisible qu’elle provoque une crise magistrale. Nous y sommes.

- La compétitivité ;

Tandis que la notion de compétitivité économique était placée au cœur de tout raisonnement économique applicable aux entreprises, aux personnes ou aux Etats … c’est en fait la notion de compétitivité financière qui a triomphé.

Ce qui conduit les entreprises à arbitrer de plus en plus en faveur des sites de production à faible coût unitaire de travail.

Les pays gagnants sont les pays émergents à forte capacité technique et les pays producteurs de matières premières : la Chine, l’Inde, le Brésil ou la Malaisie mais aussi, le Russie, le Canada, les émirats du golfe persique, la Colombie et même le Pérou

Les pays perdants sont les pays riches handicapés par le coût de la ressource humaine et les pays pauvres en matières premières et en capacité techniques : la France, l’Espagne, l’Italie, l’Angleterre et les Etats-Unis mais aussi les pays non pétroliers de l’Afrique.

Le grand perdant – en fait - c’est l’Homme au travail !

« Il est le perdant radical » nous dit l’économiste Jean-Luc Gréau.

Autre débat escamotés : la dette et de la création monétaire

« Le thème de la dette de la France, légitime en soi, ne doit pas servir de fondement à la manipulation collective des esprits. » nous dit Jean-Luc Gréau

Or, tel est le cas.

Nous savons que la dette publique est largement une fabrication. Elles découlent de mécanismes économiques et financiers qui ont profondément été bouleversés, entérinés par les traités européens notamment le traité de Maastricht et l’article III – 181 de la Constitution européenne.

Ces mécanismes ont été adopté en France en 1973 – c’est la fameuse Loi Pompidou Giscard qui interdisait dès cette époque à la Banque de France de créer de la monnaie – prérogative dont elle disposait jusqu’alors - et lui imposait d’emprunter sur les marchés c'est-à-dire avec des taux d’intérêts plus ou moins élevés.

Or, nous constatons que le niveau des intérêts constitutifs de la dette est bon an mal an de près des 2/3  du niveau de la dette actuelle.

C'est-à-dire que si la possibilité offerte à la Banque de France de produire elle-même de la monnaie – si ce principe avait été maintenu en 1973 – alors notre dette publique ne serait pas de 1500 Milliards d’Euro mais d’à peine près de 400 Milliards.

Je vous renvoi ici aux travaux de Maurice ALLAIS et de Irving Ficher relayé avec beaucoup de pédagogie en France par une association fabuleuse : l’ADED – Association pour les Droits Economiques et Démocratique.

Demandez-vous si le Général de Gaulle aurait accepté cela : légaliser le vol de la Nation !

***

Dans cet esprit, le Rapport PEBEREAU est une fumisterie.

Il laisse notamment de côté la question très importante de l’endettement extérieur. Pourquoi ?

Pourquoi en effet avaliser – en janvier 2006 -  l’idée culpabilisante et démoralisante que la France est ruinée puisque c’est inexact ?

En 2007, la France restait créditeur vis à vis de l’extérieur - aujourd’hui nous sommes déficitaire de près de 50 milliard d’Euro.

« La notion d’une France ruinée est vide de contenu » peut ainsi conclure l’économiste Jluc Gréau.

***

D’autres sujets nombreux permettent de constater que le discours néolibéral est porteur de contrevérités et réussit à escamoter de très sérieux sujets.

J’aurai pu également vous parler de :

- la transformation historique du métier de banquier ;

comment les banquiers ont décidé – alors qu’il s’agissait là de leur rôle historique - de faire porter le risque de crédit par les marchés par les mécanismes de désintermédiation et de Titrisation, mouvement qui entrainera la fameuse crise des subprimes …

- l’instauration de nouvelles normes comptables – à la suite des scandales Enron, et des mensonges d’Arthur Andersen - et l’échec de leur mise en œuvre aux Etats-Unis – ces mêmes normes d’origine anglaises ont pourtant été adoptées par la Zone euro dans des circonstances étonnantes…

- l’émergence d’une soi-disant société postindustrielle en Europe qui voudrait nous faire croire que les emplois en Europe seront le fait de la nouvelle société de service ce qui est une aberration : Seule l’industrie porte un potentiel de création massive d’emploi et nous devons – nous pouvons - réindustrialiser notre pays ;

***

Nous le comprenons alors aisément, tous ces mensonges ne pouvaient pas nous conduire ailleurs que vers cette crise phénoménale.

Nous y sommes !

C –La plus grande crise économique et financière du capitalisme

Nous connaissons actuellement – en effet - la plus grande crise économique et financière de l’histoire du capitalisme.

Elle se caractérise :

   Par  un effondrement du PIB de près de 6 point en moyenne.

- Par un chômage de masse - toutes zones confondues - ce qui est inédit car normalement des zones échappent toujours à la crise ;

- Que - d’après les chiffres  de l’OFCE -  cet ajustement du marché du travail n’est pas terminé : terminé aux Etats-Unis et en Espagne mais pas du tout en France et aux Royaume Unis ; cet ajustement n’est pas encore commencé ou à peine  en Allemagne qui a ajusté par le chômage partiel ou au Japon par les salaires ;

- Enfin, on constate que le chômage de longue durée explose ; que les chômeurs en fin de droits vont augmenter considérablement avec des chiffres alarmants jusqu’ici méconnus en France : pour 100 chômeurs nous aurons 43 nouveaux pauvres ;

Concernant la crise actuelle de la Zone Euro, il faut rappeler que cette crise est due à un choc extérieur à notre économie : c’est le krach des marchés hypothécaires américains dus à un surendettement des ménages américains qui a entrainé le blocage du marché interbancaire et l’effondrement du château de carte bancaire européen.

C’est grâce à l’intervention des banques centrales et des Etats – pour beaucoup Les Etats-Unis et la Grande Bretagne – que les marchés et les Banques ont pu survivre à cette crise. Pour combien de temps ?

Je vous rappelle qu’en intervenant ainsi, ce sont nos banques qui ont été sauvées – notamment la BNP Paribas.

Nous constatons alors avec étonnement :

- que les pays en Europe les plus en dangers sont ceux qui ont bénéficié le plus des fonds structurels européens : Irlande, Espagne, Grèce : c’est donc l’échec des politiques de fonds structurels en Europe ;

- c’est aussi l’échec de nos mécanismes de contrôles et de notre système économique : et je ne résiste pas au plaisir de vous parler de l’Irlande.

L’Irlande est un véritable contre exemple :

- dette publique : la plus faible d’Europe après le Luxembourg ( à peine 25% du PIB) ;

- l’Irlande était en excédent budgétaire ;

- l’Irlande avait le plus fort excédent extérieur de la Zone Euro ;

Au printemps dernier, le gouvernement irlandais attirait l’attention des instances européennes sur de probables difficultés.

Au même moment, les tests bancaires – le « Stress tests »– européens validait la position des banques Irlandaises.

Moins de quatre mois après la situation Irlandaise explosait.

***

J’ai pris la peine de vous restituer tous ces éléments pour illustrer le fait que plus personnes ne maîtrise plus rien.

Que les mécanismes de marchés, l’interdépendance des Banques et des Etats reposent sur un système intellectuel inopérant, inefficace et dangereux.

Nous sommes donc confrontés à un système économique complexe composé de trois économies : une économie réelle productive, une économie financière rattachée à la première et enfin une économie financière totalement virtuelle : c’est elle qui a pris le pouvoir aidée en cela par une révolution intellectuelle désastreuse.

La crise que nous connaissons - et qui est loin d’être terminée -  résulte largement du triomphe d’une pensée pauvre qui a montré toute ses limites.

Alors « que faire » ?

***

3ème Partie : Comment sortir de cette impasse ou de la nécessité d’une reconquête ! Laquelle ?

Dans cette dernière partie, je vous propose :

- d’examiner les solutions du système néolibéral ;

- de tenter un décryptage réel de la crise que nous vivons qui n’est pas simplement économique ;

- enfin, je vous proposerai d’examiner la seule solution qui m’apparait viable : Pour une véritable révolution politique en France et en Europe ;

***

A – L’examen des solutions néolibérales ;

Nous assistons actuellement à un jeu de Poker menteur entre des Etats et les Marchés.

Mais nous savons que toutes ces initiatives européennes sont d’ores et déjà vouées à l’échec.

Nous assistons à une immense fuite en avant.

Nous savons que l’Allemagne a d’abord refusé la création d’un fond européen de stabilité financière ( FESF) avant de l’accepter.

Nous savons que ce fond a déjà été abondé à plusieurs reprises et chaque fois c’était la dernière.

Comme cela ne suffit toujours pas – même M. Strauss Kahn, chef du FMI – a récemment suggéré d’abonder une fois de plus ce fond qui de toute évidence n’a pas réussi à convaincre les marchés.

Vous le savez, l’Allemagne a bien sûr refusé suivie par la France.

Nous savons que abonder ces fonds pour passer de 440 milliards à 600 milliards -  sera de toute façon insuffisant : le niveau minimum à couvrir s’élève à plus de 1.200 milliard.

Dans le même temps, sont rejetées  les pistes annoncées de création d’Euro obligation qui vont être au menu du sommet franco-allemand de demain et après-demain à Bruxelles.

Nous comprenons bien que nous assistons là, à une tentative de mutualisation des dettes et cette tentative – même fortement critiquée en Allemagne - existe …

Et nous savons que ces mesures – si elles sont prises – ne feront que retarder l’explosion du système qui doit être foncièrement remis en cause.

A cette affirmation, Pascal LAMY – dirigeant de l’OMC - répond.

Il précise que d’ores et déjà des mécanismes de gouvernance économique mondiale sont en place avec les accords de Bâle et la Banque des règlements internationaux né en 1988.

Or, nous savons que ces mécanismes de Bâle I et II - qui ont pour but de mieux appréhender les risques bancaires et d’établir des normes - n’ont jusqu’à présent pas réussi à prémunir le système de multiples implosions.

Comment se fait-il que Bâle II ait ignoré à ce point le poids des produits dérivés et les risques Hors bilan qu’ils représentaient ? S’étonnent encore certains spécialistes.

A ce stade, nous pouvons conclure que personne ne dispose aujourd’hui de la solution à cette crise financière mondiale.

***

Les économistes avertis concluent – d’ores et déjà - que la Zone euro est morte. Il s’agit d’une question de mois, courant 2011 très certainement.

La question du retour au Franc ne se pose donc pas. Nous allons retourner aux monnaies nationales.

Mais dans quelles conditions ?

Ce retour va se faire par l’échec, porté par des perdants et des déçus.

Nous allons alors assister au retour de la France vécu comme un échec magistral.

C’est la pire des solutions pour nous, qui aimons la France.

C’est pourquoi, nous devons travailler – d’ores et déjà - à un véritable projet dynamique et positif pour la France.

Cela passe d’abord par la compréhension de la complexité  de la crise.

B – Pour un décryptage réel de la crise :

Cette crise signe la fin de la domination de l’Occident sur le monde.

Ce que nous devons comprendre, c’est que cette mort de l’Occident s’impose à nous – d’abord et avant tout – du fait de l’immense crise intellectuelle que nous connaissons en Occident.

Il n’y a pas – dans l’histoire des hommes - de système économique et politique qui puisse survivre bâti sur autant de mensonges.

Parce que l’Occident, aujourd’hui, c’est le triomphe du mensonge.

- mensonges économique : nous venons de le voir ;

- mensonges diplomatiques : nous érigeons des normes internationales que nous imposons aux monde sans les respecter nous même (voir notre politique désastreuse au Moyen-Orient) ;

- mensonges militaires : nous savons aujourd’hui que les attentats du 11 septembre sont une fabrication et que les armes de destructions massives en Irak n’ont jamais existés ;

- mensonges scientifiques : je vous renvois aux polémiques sur le changement climatique ;

Oui, l’Occident c’est le triomphe du mensonge.

Et du mensonge, on ne sort jamais indemne.

Mais alors ? Faut-il se contenter de subir cet échec magistral ?

Bien sûr que NON !

Et je vais tenter – si vous le voulez bien – de dresser quelques pistes rapides pour une possible résurrection.

C -  Pour une véritable révolution politique en France et en Europe ;

Les pistes qui se présentent à nous sont – en fait – assez claires.

Nous devons revenir à l’essentiel.

Je pense que l’Occident ne pourra se sauver que par l’Europe et je pense que l’Europe ne sera sauvée que par la France.

Vous le devinez, notre entreprise vise d’abord et avant tout à réaffirmer l’urgence d’une véritable puissance française.

La France doit reprendre en main son destin. C'est-à-dire – avant toute chose – recouvrer sa pleine souveraineté.

Celle-ci se définit classiquement – et selon Jean Bodin – par quatre attributs : battre monnaie ; faire les lois ; rendre la justice ; décider  de la paix et de la guerre ;

La France a perdu tous ses attributs. Nous devons les lui redonner … par tous les moyens.

- Nous devons donc sortir de l’OTAN pour regagner notre indépendance militaire et diplomatique ;

- Nous devons rétablir les frontières  de la France et sortir de l’espace schengen ;

- Nous devons dénoncer tous les traités européens qui portent atteinte à notre sécurité juridique : la Constitution de la France doit redevenir notre norme supérieure ; le Conseil d’Etat et la Cour de Cassation nos juridictions suprêmes ;

- Nous devons redonner ses pleins pouvoir au parlement qui seul doit disposer du pouvoir de faire la loi et nous n’avons plus à subir les règlements et directives d’instances non élues à Bruxelles ;

- Nous devons rétablir la Banque de France dans toutes ses prérogatives notamment celle de battre monnaie ;

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