Osons le dire

LE FREXIT, LA CLASSE OUVRIERE et le SOCIALISME – Par Georges Gastaud (PRCF)

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La candidature de François Asselineau aux présidentielles a relancé le débat : faut-il « seulement » sortir de l’UE et cibler cet objectif limité, « raisonnable » et « réaliste », sans se soucier d’engager la rupture avec le capitalisme ? Faut-il au contraire viser « d’abord » la rupture avec le capitalisme, la sortie de l’UE, de l’euro et de l’OTAN intervenant chemin faisant et par-dessus le marché (si du reste elle intervient : car cela ne figure pas au menu des « Etats-Unis socialistes d’Europe » chers aux héritiers de Trotski…)? Ou bien encore, faut-il d’emblée associer le « Frexit progressiste » à la visée révolutionnaire d’une rupture avec le capitalisme ? C’est ce que propose le PRCF qui articule l’objectif minimal du Frexit à l’objectif du socialisme pour la France au moyen d’un programme de transition révolutionnaire axé sur la paix, l’antifascisme, la nationalisation démocratique des secteurs-clés de l’économie, l’élargissement de la démocratie populaire et la recherche de coopérations internationales élargie à tous les continents ?

I - Sortir de l’UE sans rompre avec le capitalisme ?

Il est clair que la première réponse, « le Frexit et puis c’est tout ! », ne peut pas convenir à des révolutionnaires : le Brexit de droite promu par le parti UKIP et porté par Theresa May ne peut évidemment améliorer durablement le sort des ouvriers britanniques, pas plus que le « protectionnisme » retors affiché par Trump ou par son admiratrice Marine Le Pen n’est susceptible de remettre en selle les millions de cols bleus américains ou français déclassés par les délocalisations… A moins bien sûr que, s’agissant de la Grande-Bretagne, la classe ouvrière anglaise, retrouvant ses grandes traditions combatives au grand dam des caciques travaillistes, ne dévie le Brexit dans la bonne direction : celle du progrès social et de l’anticapitalisme : mais dans ce cas, il faut changer d’hypothèse examinée, car il ne s’agirait plus dès lors du Frexit de droite cher à Nigel Farage…

Mais surtout, la situation française est telle que le Frexit ne peut être mené jusqu’au bout que sur des bases d’emblée progressistes et in fine, anticapitalistes. En effet, le MEDEF, le CAC-40, les banques « françaises », en un mot l’impérialisme « français »*, sont unanimement acquis à la « construction » européenne, à l’ « Union transatlantique », à la « reconfiguration du territoire national », au tout-anglais conçu comme « la langue de l’entreprise et des affaires », tout cela s’inscrivant dans l’« économie de marché ouverte sur le monde où la concurrence est libre et non faussée », comme y oblige le Traité de Maastricht : ces orientations cyniquement antinationales ont du reste été écrites noir sur blanc et fixées dans toute leur cohérence dans le manifeste-programme du MEDEF intitulé Besoin d’aire (déc. 2011). Qu’importe si ce plan de liquidation sociale, destiné à obtenir aux oligarques « français » une place au soleil de la mondialisation germano-yankee, débouche sur le déclassement massif des travailleurs industriels, des paysans travailleurs, des artisans « ubérisés », sur l’expatriation de milliers de jeunes ingénieurs privés de débouchés hexagonaux, sur la soumission renforcée de Paris à Berlin, voire sur la fusion des armées allemandes et françaises au sein de l’OTAN, en un mot sur le démontage final de l’Etat-nation qui constitue la feuille de route commune de MM. Gattaz, Macron et Fillon** ? Comme en outre le « Frexit » ne peut guère être porté avec esprit de suite par les « couches moyennes », fussent-elles « altermondialistes », qui hésitent toujours par nature entre le camp du capital (donc de la sacro-sainte UE) et celui du travail (72% des ouvriers ont voté non à l’euro-constitution en 2005 !), il ne reste que la classe ouvrière, et plus généralement, que la classe des travailleurs salariés, pour mener le Frexit à son terme en faisant montre d’un total esprit de conséquence. Alors que le Parti Maastrichtien Unique (PS, LR, EM…) et ses satellites conduisent la casse des conventions collectives, des statuts, du Code du Travail, des retraites par répartition, de la Sécu, des services publics, du secteur industriel nationalisé (notamment EDF) pilotés par Berlin/Bruxelles (faut-il d’ailleurs dire Bruxlin ou Berxelles ?), c’est bien pour sauver ses acquis sociaux, pour augmenter les revenus du travail, en un mot, pourvivre mieux, que la classe laborieuse doit, peut et veut de plus en plus s’extraire de ce broyeur d’acquis, de souverainetés nationales et populaires, de libertés démocratiques et de paix mondiale, qu’est depuis toujours l’UE de par l’essence même de ses traités et des oligarchies capitalistes qui l’ont conçue de A à Z comme une « assurance tous risques contre le socialisme » (dixit Alain Madelin).

La conclusion inévitable est donc que l’orientation sociale du Frexit, son contenu de classe (en clair, quelle classe sociale pilotera-t-elle le Frexit et vers quel objectif socio-économique ?) est capitale pour sa réussite même, qui ne peut évidemment se contenter de demi-mesures : à un moment, il faudra bien que la France ouvre grand la porte de l’euro-prison… et qu’elle la referme derrière elle après avoir appelé un maximum de peuples à la suivre (ou à la précéder !) ! Bien entendu, la sortie de l’euro-UE-OTAN ne peut suffire pour produire la rupture avec le capitalisme pas plus que l’envol d’une fusée à plusieurs étages ne garantit à lui seul que le satellite qu’elle porte à son faîte soit finalement placé correctement sur orbite. Comme disent les mathématiciens, le Frexit est la condition nécessaire, non la condition suffisante d’une sortie du capitalisme, et c’est bien par la sortie de l’UE qu’il faut commencer, à la fois parce que l’on ne peut pas sortir de sa ville sans être d’abord sorti de sa maison et parce que, de fait, l’idée de reconstituer conjointement l’indépendance nationale et le progrès social est bien plus rassembleuse pour commencer (mais la soif de liberté croît à mesure qu’on y goûte…) que les idées, aujourd’hui encore très minoritaires, de socialisation des moyens de production, de dictature du prolétariat et de marche vers la société sans classes (idées sans lesquelles le mot « socialisme » est vide de sens). Mais si ce que nous avons énoncé ci-dessus est exact (et nous attendons avec impatience une réfutation appuyée sur des faits !), la relation entre Frexit et rupture avec le capitalisme ne se réduit pas à une simple relation mécanique de condition nécessaire à condition suffisante dans laquelle la première se contenterait d’inclure la seconde comme une simple possibilité formelle. Car l’on ne peut tout bonnement pas « allumer » l’intérêt des masses populaires, principal support potentiel d’un Frexit véritable, sans lier d’emblée ce Frexit à la renationalisation des entreprises privatisées, à la reconstruction des retraites et de la protection sociale, à la réduction rapide des inégalités, à la reconstruction planifiée, menée tambour battant, du produire en France industriel et agricole : c’est-à-dire sans lier le Frexit à toute une série d’objectifs progressistes, antifascistes, anti-impérialistes, qui ne peuvent que heurter tous azimuts les intérêts capitalistes en accusant crûment la dimension de classe aiguë de la « construction européenne ». Donc, pointant d’emblée et a contrario la dimension de classe révolutionnaire d’une sortie par la gauche de l’euro-prison.

Ce n’est nullement qu’il faille mettre la charrue avant les bœufs, à la manière des mouvements gauchistes, en réclamant magiquement, en dehors de tout rapport des forces concret, « le socialisme tout de suite, sinon rien ! ». En réalité, ce babillage « hyper-révolutionnaire » éloigne la classe ouvrière de ce qu’elle doit conquérir de toute nécessité pour effectuerpratiquement la révolution socialiste : le rôle dirigeant dans un vaste rassemblement populaire majoritaire capable d’isoler et de vaincre le grand capital maastrichtien. Au contraire, le babillage gauchisant (les mots ne coûtent pas cher et le symbole de la révolution n’est pas le mégaphone impuissant du NPA mais l’alliance des producteurs signifiée par la faucille et par le marteau) isole le prolétariat et abandonne à des fractions minoritaires de la moyenne bourgeoisie (UPR), quand ce n’est pas carrément à la réaction fasciste, le drapeau de l’union populaire pour tirer la France de l’euro-broyeur. Ce n’est pas la sortie du capitalisme qui est le préalable au Frexit progressiste, sauf à croire qu’il faudrait avoir mis le « satellite » sur orbite pour faire enfin décoller la « fusée » : mais c’est bel et bien le sens d’emblée antifasciste, progressiste, ouvrier, populaire,anticapitaliste en un mot, du Frexit qui peut d’emblée déclencher l’engagement combatif de millions de « petites gens » en faveur d’une rupture franche, déterminée, « carrée », avec l’UE. En conséquence, la sortie de l’UE/OTAN doit être d’embléeconjuguée à un programme positif et clairement anticapitaliste de progrès social et de nationalisations démocratiques dont la mise en œuvre permette rapidement à des millions d’ouvriers, d’employés, de « précaires », de petits retraités, de respirer et de vivre mieux : sans quoi la contre-attaque des ennemis du FREXIT serait terrible, et les masses travailleuses qui n’y aurait pas rapidement « trouvé leur compte », ne le défendront pas au moment critique. Si bien qu’en fait de Frexit, on irait encore plus vite vers l’objectif mal dissimulé de l’oligarchie : la dissolution pure et simple de la nation française*** dans ce que Marx appelait « les eaux glacées du calcul égoïste »…

Contre-épreuve de cette démonstration positive : ni Debout la République ni le FN ne vont jusqu’au FREXIT « carré ». Non seulement le programme du FN est fort timide sur le plan social (la proposition-phare de rétablir la retraite à 60 ans est bidon puisque le FN ne supprimerait pas les décotes), mais il ne s’agirait même pas d’un Frexit de plein exercice. MLP ne propose en fait que « la sortie concertée de l’euro » (que voilà une étrange « souverainiste » qui attend le feu vert d’Angela !), qu’un référendum sur l’UE (comme l’a fait Cameron, et en se gardant de dire à l’avance ce qu’elle voterait elle-même). Dans la réalité, la « sortie concertée de l’euro » que propose le FN servirait surtout de monnaie d’échange entre une présidente FN et des députés LR dans le cas où, siégeant enfin à l’Elysée, le FN aurait grand besoin pour gouverner des députés LR ou du moins, de leur partie la plus fascisante déjà sur les rangs (pensons aux brutales figures de proue de la « droite forte » et de « Sens commun »). Qui ne voit qu’alors le maintien (« provisoire », ben voyons !) de la France dans l’UE/euro, serait la condition du soutien apporté au FN par certains députés LR, le vrai but d’un éventuel bloc gouvernemental FNLR étant alors de « remettre la France en ordre », c’est-à-dire d’écraser la CGT, de mater les quartiers populaires, de mater les syndicats de la fonction publique, de renforcer et de militariser l’Etat policier… tout en promouvant une pseudo-« Europe des nations » criminalisant le communisme, célébrant ses « racines chrétiennes » (et blanches) et trouvant de nouveaux arrangements impérialistes avec les USA (notamment contre la Chine, l’Afrique et les Etats arabes).

II - Rompre avec le capitalisme sans sortir de l’UE ?

Il est besoin de moins de mots pour réfuter la proposition euro-trotskiste, ainsi que les arguties de certains groupes pseudo-léninistes qui n’ont manifestement rien compris aux conclusions de principe du 7ème Congrès de l’Internationale communiste telles que les formula Dimitrov, le secrétaire général de l’IC fraichement arraché aux geôles hitlériennes. Qui ne voit que refuser de faire campagne sur la sortie de l’UE dans la perspective d’emblée proclamée d’une rupture révolutionnaire avec le capitalisme, c’est, de fait, protéger à la fois l’UE… et le capitalisme ? Qu’importe aux capitalistes que de folkloriques et inoffensifs Besancenot, Poutou et autre Nathalie Arthaud s’époumonent aux cris de « à bas le capitalisme ! », « révolution immédiate », « internationale » et même « permanente » (ce que, soit dit en passant, le trotskisme promet depuis 100 ans sans l’esquisse d’un début de réalisation !). Quand on coupe d’emblée l’objectif de la révolution prolétarienne de toutes les luttes démocratiques, patriotiques et antifascistes (car ces milieux gauchisants minimisent à l’envi la fascisation galopante et la nécessité d’une mobilisation spécifique contre elle), de la défense de la paix contre l’impérialisme (car les mêmes renvoient dos à dos l’impérialisme US agresseur et, qui « le régime russe », qui « la dictature chinoise », qui « le régime de Damas », qui le Venezuela bolivarien…), de la défense du produire en France (déclaré xénophobe alors qu’il est la condition vitale pour que la classe ouvrière, française et immigrée, ne finisse pas en « plèbe » de type romano-impérial), de la sauvegarde des langues nationales (car sans doute c’est une « ouverture internationaliste » que de laisser l’impérialisme américain imposer partout SA langue et SA « culture » pourrie par le fric !) et de la souveraineté des peuples, comment veut-on que le socialisme puisse prendre corps dans de vraies luttes de masse, comme ce fut invariablement le cas lors des Révolutions chinoise, cubaine, vietnamienne, sans parler de la Révolution d’octobre accomplie sous le drapeau de la paix pour tous et de la terre aux paysans ? Comment veut-on, tout bonnement, catalyser le « tous ensemble » nécessaire pour stopper l’offensive antisociale si l’on nie le cadre national lui-même, ou si l’on refuse de voir combien la « construction européenne » peut – à la manière de critères de convergence au négatif – fédérer les luttes contre les privatisations (travailleurs du public), les délocalisations (ouvriers du privé), etc. ? Etranges « matérialistes marxistes » qui, sous couvert de maximalisme verbal, refusent en fait de construire le Front antifasciste, patriotique, populaire et écologiquequi peut unir la nation laborieuse autour de la classe ouvrière pour isoler le capital financier, état-major du capital, et préparer ainsi les conditions réelles du renversement général du capitalisme ? Exiger mille fois la lune sans jamais construire la fusée, pire, harceler ceux qui essaient de la construire sans oublier d’installer à son faîte le « spoutnik » révolutionnaire, c’est se conduire en mouches du coche, ce meilleur allié, non pas du « petit cheval rouge » qui s’efforce de tirer la charrette, mais des pesanteurs contre-révolutionnaires, qui tirent en continu la charrette vers le bas, vers la défaite et le découragement. Pire que pire, abandonner à la réaction le drapeau tricolore – issu d’une des plus grandes révolutions de l’histoire ! -, ou la Marseillaise (un hymne appelant le peuple citoyen à s’armer !), la langue française (porteuse d’un héritage frondeur qui va au minimum de Villon à Césaire en passant par Hugo !), voire le produire en France, base de l’existence matérielle et culturelle du prolétariat, c’est abandonner la classe ouvrière au fascisme et au désespoir. C’est ce que n’ont pas craint de faire certains faux communistes qui expliquaient il y a peu aux ouvriers raffineurs, fer de lance des luttes contre la Loi Travail, qu’il ne serait pas si grave que certaines raffineries françaises fussent délocalisées dans le tiers-monde puisque, n’est-ce pas, « tous les travailleurs sont frères » ? Que dire de ces « généreux » personnages qui font de l’internationalisme pseudo-prolétarien sur le dos des ouvriers du « nord » jetés à la rue afin que MM. les capitalistes gagnent encore plus d’argent sur le dos des prolétaires du Sud ?

Le seul « argument », mille fois réfuté déjà – mais il n’est pire sourd que qui refuse d’entendre ! – de l’anti-« frexisme » pseudo-révolutionnaire est alors de dire à ceux qui veulent une République sociale rompant avec l’UE et en route vers la révolution : « vous êtes d’affreux étapistes, vous voulez une démocratie avancée éludant la révolution, pis, vous voulez refaire le « honteux » compromis historique de 1945 qui vit des ministres communistes (Thorez, Croizat, Paul, Tillon, excusez du peu…) intégrer un gouvernement présidé par de Gaulle au lieu de lancer bille en tête les FTP et les « milices patriotiques » à la conquête du pouvoir (avec l’US Army campant sur le territoire ? Et en prenant le risque irresponsable d’un affrontement mondial immédiat entre les USA, nouvellement doté de l’arme atomique, et l’URSS épuisée, victorieuse de Hitler au prix de trente millions de morts ? Notons d’abord que le bilan des ministres communistes de 45-47 n’a rien de honteux : il est proprement glorieux et a apporté aux Français leurs plus grandes conquêtes depuis 1793 : nationalisation de Renault, d’EDF-GDF, de l’Aéronautique et des Charbonnages de France, comités d’entreprise, CEA et relance du CNRS, rénovation démocratique de l’école, code du travail, droit de vote des femmes, justice des mineurs, généralisation des conventions collectives, statuts du mineur et du fonctionnaire, retraites par répartition et, cerise sur le gâteau, Sécurité sociale remboursant les soins médicaux à 100%... Qui dit mieux en l’espace de deux ans de présence combative du Parti des Fusillés dans le gouvernement issu de la Résistance ? Et qui ne voit, puisque l’on accuse les défenseurs du CNR de « passéisme », que la défense de tous ces « conquis » est au cœur des luttes actuelles, dans lesquelles s’affrontent les défenseurs de l’UE et les partisans de nouveaux Jours heureux réconciliant démocratie, progrès social et indépendance nationale ?

En réalité, ce sont les dogmatiques du « socialisme tout de suite, sinon rien ! », qui télescopent les époques. En guise d’épouvantail réformiste, ils s’inventent en effet une « étape » démocratique, un « compromis historique », une sorte de « troisième voie » interminable entre capitalisme et socialisme qui résulterait selon eux de la stratégie de Frexit progressiste. L’auteur de ces lignes l’a cent fois expliqué, les époques sont différentes. En 1945, un compromis historique était possible, voire inévitable, à l’international (Yalta) et à l’échelle nationale (France, Italie, Belgique…), non seulement en raison du rapport des forces, ni parce qu’un objectif patriotique non négligeable était d’empêcher Washington de placer la France sous sa tutelle directe au sortir de la guerre (AMGOT, monnaie américaine). C’est déjà pour contrer cet objectif antinational que le PCF clandestin s’était rapproché de De Gaulle, isolant ainsi le général Giraud, la marionnette et néo-pétainiste et haineusement anticommuniste que voulaient alors imposer Londres et Washington. A l’époque, un courant bourgeois et patriotique de masse comme le gaullisme était encore matériellement possible : De Gaulle pouvait alors « naviguer » entre les deux Grands issus de la guerre, les USA et l’URSS, pour permettre à la France bourgeoise, sortie très affaiblie de la guerre, de tirer son épingle du jeu à international et de tenir en respect les Anglo-Saxons tout en restant dans le camp capitaliste. Bref, la grande bourgeoisie – qui n’a jamais été patriote, ni même gaulliste, sa seule patrie étant son coffre-fort – pouvait miser conjoncturellement sur un courant bourgeois patriotique légitimé par l’épopée de la France libre, seul contrepoids possible à la geste héroïque des FTP pro-communistes. Et bien sûr, elle était aussi forcée de le faire parce que le patronat collabo était sorti discrédité de la défaite commune de Hitler et de Pétain. Mais surtout, comme on l’a surtout vu après 1958, la mission de classe du gaullisme était depréparer les fusions monopolistes qui, jusqu’au début des années 1970, devaient encore s’opérer principalement à l’échelle nationale. Et ce fut la mission principale du pouvoir gaullo-pompidolien, entre 58 et 74, que de constituer avec l’aide financière massive de l’Etat ces géants financiers et industriels nationaux de taille mondiale que furent Rhône-Poulenc, la BNP, Péchiney-Ugine-Kulhmann, Schneider-Creusot-Loire, BSN, etc.

Or cette ère « nationale » de la grande bourgeoisie hexagonale est pour l’essentiel révolue pour deux raisons :

D’une part parce que l’URSS est tombée, que les nouveaux rapports de forces entre puissances capitalistes ont globalement desservi l’impérialisme français à l’avantage des USA et de l’Allemagne « unifiée », codirigeants de l’UE libre-échangiste, antirusse et re-colonisatrice des pays de l’Est. Il y a donc moins d’espace géopolitique pour un néo-bonapartisme gaullien (au sens subtil que Marx donne au mot « bonapartisme » dans son 18 Brumaire de Louis Bonaparte) naviguant entre l’Est et l’Ouest. Mais aussi parce qu’au début des années 70, et plus encore au début des années 1990 qui accélèrent la « remondialisation » contre-révolutionnaire du capitalisme, il y avait aussi bien moins d’espace « intérieur » pour des fusions monopolistiques purement nationales : à l’heure de l’unilatéralisme US et de la nouvelle Europe allemande, la concentration capitaliste devait de plus en plus s’opérer à l’échelle continentale et transcontinentale : Renault-Nissan, PSA/Opel, Alsthom/General Electrics, France-Télécom/ « Orange », etc. D’où le « besoin d’aire » de l’oligarchie patronale « française » (dans le temps on osait dire : espace vital). D’où la germanophilie mâtinée d’atlantisme de « notre » bourgeoisie profondément honteuse de ce qui fait l’orgueil des travailleurs français conscient : les services publics, le secteur nationalisé et les acquis sociaux, et qu’elle nomme dédaigneusement l’ « exception française ». D’où le basculement des oligarques et des couches moyennes supérieures qui les courtisent à l’English Mother Tongue (l’anglais langue maternelle, cet identifiant mondial de la nouvelle « élite »). D’où ce couple morbide que forment la xénophobie d’Etat et l’auto-phobie nationale dont nous avions révélé les sources socio-économiques dans un article intitulé Des racines de classe de l’autophobie française. Si bien qu’aujourd’hui, si les bases d’une large union du peuple de France formée contre le grand capital et centrée sur la classe travailleuse existent plus que jamais, les bases d’un compromis historique « national » du type de celui qui se forma très brièvement en 45, où le rôle dominant était tenu par le Général, et dont le socialisme n’était pas l’objectif à court terme, se sont historiquement effilochées. Aujourd’hui, la reconstitution des acquis sociaux du CNR et la sortie connexe de l’UE atlantique qu’impose cette reconstruction ne pourraient mener qu’à de brutaux affrontements de classes entre le bloc populaire conduit par la classe ouvrière et le bloc maastrichtien de plus en plus fascisant conduit par l’oligarchie hexagonale et par ses alliés extérieurs (notamment, par l’Axe Washington-Berlin). Ainsi, non seulement le Frexit progressiste n’ajournerait pas sine die le socialisme pour la France, mais – pour peu que les communistes et les syndicalistes de classe s’unissent pour être à la hauteur - il rapprocherait au contraire, concrètement et sur des bases de masse, la « lutte finale » entre capital et travail, entre capitalisme et socialisme, entre Empire euro-atlantique et peuples souverains.

En en mot, ceux qui ne voient, à droite « que » la sortie neutre,  « raisonnable », comme dit M. Dupont-Aignan, de l’euro-destruction nationale et ceux qui, « à gauche » refusent d’affronter l’UE sous couvert de « socialisme tout de suite sinon rien », commettent la même erreur antidialectique. Incapables de prendre les choses dans leur dynamique et dans leurs rétroactions dialectiques, il refusent de voir que :

pour être mené jusqu’au bout, jusqu’à la rupture effective avec l’euro-UE-OTAN, le Frexit nécessite d’être porté par un programme franchement progressiste de transition révolutionnaire, donc par un parti communiste centré sur le monde du travail et associant le drapeau rouge au drapeau tricolore ; bref le contraire du « ni droite ni gauche » de plusieurs groupes souverainistes (ou européistes !) actuels qui croient ainsi sortir du « système » alors même que ce dernier fait tout pour mettre en place un second tour Le Pen/Macron qui anéantirait la vieille opposition entre camp réactionnaire et camp progressiste. Alors que notre tâche est de faire à nouveau coïncider camp progressiste, camp anticapitaliste et camp anti-UE (comme c’était encore le cas à l’époque où existait le PCF de G. Marchais et la CGT d’H. Krazucki combattaient frontalement le Traité de Maastricht).

- pour ne pas être rapidement balayée par les forces euro-atlantiques internes et externes, la dynamique du Frexit devra, s’appuyer sur une dynamique franchement progressiste dont le terme sera, soit le socialisme, soit – si les forces populaires essuyaient une défaite – l’euro-dissolution de la France et la fascisation accrue de l’Europe ; car sans fascisation, l’oligarchie capitaliste ne saurait durablement imposer ce viol sanglant des peuples que serait la création de l’Empire euro-atlantique sur la ruine des Etats-nations nés de la Révolution française, de l’insurrection nationale grecque contre les Ottomans, du Printemps des peuples de 1848 et du Risorgimento italien. Plus que jamais patriotisme républicain et internationalisme prolétarien de nouvelle génération convergent objectivement tant il est vrai que, pour parachever la mise en place de l’Empire euro-atlantique ultraréactionnaire, les forces oligarchiques devront liquider le pays de Robespierre et de Varlin comme elles ont déjà démantelé l’Union soviétique issue d’Octobre 1917 : « l’impérialisme, expliquait déjà Lénine, c’est la réaction sur toute la ligne »...  

C’est pourquoi les communistes doivent tout à la fois saisir toute occasion de cultiver « en bas » l’alliance euro-critique, anti-FN et anti-OTAN du drapeau rouge et du drapeau tricolore (tel est le sens de l’appui « critique, mais franc et dynamique », que le PRCF apporte à la candidature Mélenchon), de déployer l’unité d’action communiste, de promouvoir un programme communiste commun de Frexit progressiste orienté vers la révolution socialiste. Dans cet esprit, il faut s’adresser, non aux euro-trotskistes qui protègent « de gauche » la « construction européenne », non aux souverainistes de droite qui veulent très clairement exclure le drapeau rouge et mettre les communistes à la remorque, mais à la classe ouvrière, aux syndicalistes de classe, à tous ceux qui rejettent à la fois la rose bleu marine du FN et le drapeau clérical de l’UE atlantique. Ainsi remettra-t-on définitivement, non dans les mots mais dans les actes, « le monde du travail au centre de la vie nationale », comme y invitait le programme du CNR intitulé Les Jours heureux.

Georges Gastaud, auteur de Marxisme et universalisme (2015) et de Lumières communes (2016) Delga

* cette réalité n’en est pas moins une contradiction dans les termes : ce qui ne surprendra pas les dialecticiens !

** Et aussi, en réalité, de B. Hamon, lequel est, soit bien naïf, soit suprêmement rusé...

***nous disons « euro-trotskistes » car apparemment, il existe aussi désormais en France, des militants de tradition trotskiste qui sont opposés à l’UE : tant mieux évidemment.

****Cette dénationalisation ultime de la France figure déjà en filigranes dans le programme de Macron, l’homme du tout-anglais officialisé, de l’hyper-régionalisation, de l’ubérisation générale (des statuts, des conventions collectives, du code du travail…), de la « défense franco-allemande », etc.

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