Osons le dire

« De l’Islam dans la République » suivie de « Qu’est-ce que la France ? » par Jean-Luc Pujo

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[Avertissement : Invité le samedi 11 septembre 2010 à s’exprimer sur « la sortie de l’Union européenne » dans le cadre d’une « rencontre pour la liberté d’expression », Jean-Luc Pujo a souhaité apporter la lecture hyper-républicaine des clubs « Penser la France » sur l’Islam en France. Il faut remercier les responsables du Rassemblement pour l’Indépendance de la France (RIF) – notamment M. Bournazel - pour avoir garantie une totale liberté d’expression à Jean-Luc Pujo.] (Photo : mosquée de Créteil)

***

L’actualité nous amène en effet à nous saisir de cette question importante et je veux ici vous en dire quelques mots !

***

La République laïque, c’est la concorde et la tolérance.

Mais la tolérance et la générosité, ce n’est pas la faiblesse !

Une république laïque qui interdirait une religion- quelle qu’elle soit – ne serait plus une république laïque.

Mais là où la République doit garantir la liberté religieuse, elle ne doit tolérer aucun parti religieux.

La France est riche de cette expérience. Chaque fois qu’un parti religieux s’est dressé en France, cela s’est très mal terminé, dans le sang et par des expulsions massives.

Aucun parti religieux ne doit être toléré en France, ni catholique, ni juif, ni musulman (1).

En ce sens, la République laïque peut  dire « OUI » à l’islam religieux, elle doit absolument dire « NON » à l’islam politique. (2)

(Salle : bruissements de désapprobation puis exclamations … « N’importe quoi ! » … « C’est la même chose ! »)

Nous le savons, l’Islam politique travaille toutes les sociétés musulmanes depuis un siècle. Cet Islam politique est à l’origine de la plus grave des crises que traverse l’Islam dans le monde entier.

Mais cette caricature d’Islam ne doit pas faire oublier également les hautes valeurs morales et de spiritualités portées par l’Islam religieux … (Salle  : exclamations … « Quelle honte ! » … sifflets)

… comme par le Judaïsme et par le Christianisme.

Or, il y a - aujourd’hui en France -  bel et bien un risque ;

Celui de voir surgir – il est déjà à l’œuvre – un islam politique, c'est-à-dire un parti religieux dont l’ambition est non seulement de mettre au pas les membres de sa propre communauté – et ce sont les français et les françaises musulmans qui en souffrent les premiers – mais également de mettre au pas les pouvoirs publics, c'est-à-dire la France apparente.

Cet Islam politique, nous le voyons d’ailleurs à l’œuvre en Algérie, au Maroc : il gangrène ces sociétés et met en péril les musulmanes qui veulent vivre en femmes libres et tous les musulmans qui souhaitent vivre pacifiquement leur foi.

Nous devons encourager ici même les français musulmans qui cultivent un islam religieux de tolérance et de fraternité…

(Salle : exclamations … « N’importe quoi ! »… sifflets)

Sommes-nous sûrs que ces français musulmans rencontrent le soutien indéfectible de la République ?

Nous savons que non !

Honte à nous ! Gens de peu de foi  républicaine !

***

Cependant – voyez-vous – je reste optimiste sur l’issue de ce processus. Doublement optimiste.

Tout d’abord, je crois que la clé de toute question politique supérieure, de toute question de civilisation, met en jeux une personnalité particulière du genre humain, qui a toujours joué un rôle essentiel, déterminant, dans la marche de l’humanité : cette personnalité, c’est bien sûr la femme.

Sur ce point là, l’Islam politique a d’ores et déjà perdu la partie car l’émancipation des femmes est maintenant inscrite en tout point du monde dans le sens profond du développement humain ;  Que la femme musulmane émancipée entend gagner plus encore son émancipation. Elle l’arrachera s’il le faut.

Cette femme musulmane est une des clés de la révolution en cours.

La seconde source d’optimisme est toute relative car elle vient de nous.

Je reste bien sûr dubitatif sur notre capacité institutionnelle à porter l’Idéal républicain d’émancipation.

La timidité de beaucoup trop de nos dirigeants politiques, de certains de nos préfets ou de certains de nos magistrats – la faiblesse de leur conviction républicaine nous surprend toujours.

Comment donc le système peut-il promouvoir cette médiocrité quand notre période historique appelle le gouvernement des « Hommes de principes » ?

Mais il y a la France profonde. Il y a le peuple et - en définitive - le pouvoir souverain, c’est nous.

Chaque fois qu’au tréfonds de la société française s’affirment ces principes républicains, chaque fois que des actions citoyennes rappellent et fêtent ces principes de tolérance et de fraternité, mais aussi de fermeté républicaine, alors nous savons que les conditions d’un véritable sursaut républicain sont réunies.

Et je veux là saluer l’action utile de « Riposte Laïque ».

Et puisque nous discutons – ici - librement, je veux aussi dire que – parfois - je peux être en désaccord avec « Riposte Laïque » notamment quand je lis - ces dernier jours - que « c’est porter atteinte à la Laïcité que de demander à des élèves en sortie de classe dans une Mosquée de se munir - pour les filles - d’un foulard »

(Réactions de la salle  : interruptions – sifflets - exclamations … « N’importe quoi » « Mais c’est quoi alors ? » …)

Ce n’est pas là – pour moi - une atteinte au principe de laïcité !

C’est tout le contraire !

C’est l’apprentissage d’une exigence laïque et républicaine supérieure, le respect d’un lieux saint, le respect d’une pratique religieuse comme on doit se déchausser en entrant dans une Mosquée, porter une Kipas en entrant dans une Synagogue et se vêtir avec correction ou ôter son chapeau en entrant dans une Église.

(Réactions de la salle : … « N’importe quoi » …)

Car la Laïcité, ce n’est pas l’anti-religion !

(Réactions de la salle : Applaudissements isolés mais fermes)

Tout cela est complexe, je l’admets. Mais la République, la France deviennent complexité. Il va falloir s’y habituer sans rien renier des principes de la France.

Alors Justement ! C’est quoi la France ? Et j’en termine sur ce point.

Je ne convoquerai – ici - ni Jaurès, ni Péguy, ni Bernanos.

Permettez-moi  - simplement - de citer le grand Maurice BARRES.

Oui ! MAURICE BARRES ! L’écrivain de la Droite nationale !

Ecoutez ça !

La France - nous dit BARRES -  c’est une fraternité, voulue et conquise entre les vivants dans la transcendance de leur propre  particularité.

Il écrit : « Dans le village de Taintrux, près de Saint-Dié, dans les Vosges, le 29 août 1914, l’ambulance du 14ème corps prend feu sous le tir Allemands. Les brancardiers emportent, au milieu des flammes et des éclatements, les cents cinquante blessés. L’un de ceux-ci, frappé à mort réclame un crucifix. Il le demande à M. Abraham BLOCH, l’aumônier israélite, qu’il prend pour l’aumônier catholique. M. Bloch s’empresse : il cherche, il trouve, il apporte au mourant le symbole de la foi des chrétiens. Et quelques pas plus loin, un obus le frappe lui-même. Il expire au bras de l’aumônier catholique, le père Jamin, jésuite, de qui le témoignage établit cette scène. Nul commentaire n’ajouterait rien à l’émotion de sympathie que nous inspire un tel acte plein de tendresse humaine – écrit BARRES - (…) ici la fraternité trouve spontanément son geste parfait : le vieux rabbin présentant au soldat qui meurt le signe immortel du Christ  sur la Croix, c’est une image qui ne périra pas » (3).

Pour BARRES, nous le comprenons, la France - en cet instant - prend la figure magnifique du rabbin Bloch.

De la même façon, BARRES rend hommage à l’apport étranger au génie de la France.

Dans son discours de réception à l’Académie française, il fait l’éloge de son prédécesseur José Maria de Heredia en ces termes :

« Les influences les plus lointaines et les plus diverses se fondent dans l’esprit français… l’illustre poète de qui je dois prononcer l’éloge était né d’un sang étranger. Il s’est rangé par un choix exprès sous notre discipline spirituelle. Nos grands modèles et notre public l’ont guidé. En étudiant l’auteur des Trophées, nous nous appliquerons, si vous le voulez bien, à reconnaître, une fois de plus, comment la France, héritière de la Grèce et de Rome, excelle à frapper des médailles avec un or étranger »(4).

Oui, la France appelle au dépassement des particularités ; oui la France s’enrichit de l’apport étranger … mais à une seule condition : que son principe essentiel, son principe spirituel soit pleinement respecté.

Si vous l’acceptez, si vous l’intégrez, si vous portez ce principe spirituel – qui que vous soyez, de quelque origine que vous soyez – vous aurez possiblement une place de choix au grand banquet de la République !

Mais si vous refusez ce principe spirituel, vous devenez alors le plus intime des ennemis de la France.

Si vous refusez ce principe spirituel, vous n’avez plus aucune place dans notre pays !

Je vous remercie !

(Réactions de la salle : Applaudissements ici, et sifflets, là - exclamations … « Hou ! » … « N’importe quoi »… « Quelle honte ! » … Entendu : « si c’est comme ça, on s’en va » …)

***

Notes :

1 – La confusion n’a pas été écartée volontairement;

2 – Sur ce distinguo voir les travaux de Bruno Etienne sociologue et politologue français, spécialiste de l’Algérie, de l’Islam, et de l’anthropologie du fait religieux ;

3 – « Les diverses familles spirituelles de la France » Maurice BARRES (1917) ;

4 – Discours de réception de Maurice Barres à l’Académie française – 17 janvier 1907 – à la place vacante de José-Maria de Heredia ;

BIBLIOGRAPHIE

Sources & Documents

- Bruno Etienne -  L'islamisme radical, Paris, LGF, 1989 -  L'Islam en France, Paris, CNRS Éditions, 2000 - Islam, les questions qui fâchent, Paris, Bayard, 2003 ;

- Jacques Berque,  Orientaliste, auteur de traduction du Coran et de Mémoires des deux rives, où il décrit un monde arabe renouvelé, retrouvant à la fois ses racines et capable de tolérance ;

- Mohamed-Chérif Ferjani - né en 1951 en Tunisie - est professeur de science politique à l'université Lyon 2 et chercheur à la Maison de l'Orient et de la Méditerranée. Il est notamment l'auteur des ouvrages « Islamisme, laïcité et droits de l'Homme » (L'Harmattan, 1991) et « Le politique et le religieux dans le champ islamique » (Fayard, 2005) ;

- Hassen Chalghoumi (né à Tunis, 1972) est l'imam de la mosquée de Drancy en Seine-Saint-Denis. Il vient de publier «Pour l’Islam de France » (édit. Le Cherche-Midi);

- Soheib Bencheikh, ex-mufti de Marseille auteur de « Marianne et le Prophète » (édit.Grasset) dirige aujourd’hui l’institut supérieur des sciences islamiques ;

- Didier Motchane - Voyage imaginaire à travers les mots du siècle – voir « Islam » p.184 – édit. Fayard) ;

- Jean-Pierre Chevènement - Défis républicain – Fayard – « L’Islam et la République » p.388 ;

-  « Islam de France : où en est-on ? » Travaux de la fondation Res Publica – colloque 2005 ;

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