Osons le dire

Mythes et Réalités Energétiques (défense du Nucléaire) par M. REYNE

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[NUCLEAIRE & Les Clubs "Penser la France" : Pour les Clubs "Penser la France", l'énergie nucléaire revêt un intérêt stratégique supérieur. La France doit donc assurer la pérennité de sa filière electro-nucléaire car il en va de son indépendance stratégique. Il faut dans le même temps travailler à l'amélioration : et de la sécurité, et de la gestion des déchets. L'article ci-dessous de M. REYNE éclaire avec limpidité notre raisonnement.]

***

Pour  être objectif et juger les problèmes énergétiques, il importe a priori de prendre en compte 3 critères :

-Technique : performance, rendement, énergie massique, continue ou dissipée

- Économique : coût pour l’Etat (subventions) et l’individu

- Environnement : pollution amont et aval, plus aspect sociétal (géopolitique) ;

Sinon on fait du sentiment et de l’émotionnel.

1 – Les énergies éolienne et solaire, qui plaisent beaucoup  aux écologistes, restent des systèmes intermittents d’appoint (pas d’éolien sans vent convenable, et pas de PV  la nuit). Et, comme il faut assurer la continuité électrique, qui ne se stocke pas, on met en route des centrales à gaz ou au charbon : productrices de CO 2.

Avec, de plus, des rendements faibles (éolienne ~ 25 %, PV =10 à 15 %).

Ainsi, la « vertueuse » Allemagne (le plus grand parc éolien et de PV  de l’UE), produit par habitant 2 fois plus de CO 2 que la France. Alors que, l’énergie nucléaire qui n’en produit pas, et pour laquelle le Monde entier reconnaît un « savoir-faire » à la France, est constamment dénigrée… un véritable masochisme national.

Répartition des émanations de C0 2, en %, des principaux pays industriels - 2008 :

                       tonne CO 2         part mondiale

                        par habitant         globale de CO 2

-----------------------------------------------------------------------

USA                             19,1                 19,9

Australie                       18,7

Canada                        17,3

Russie                         11,2

Arabie Sud                   14,7

Corée Sud                    10,0

Allemagne                     9,7

Japon                            9,6

Angleterre                       8,6

Espagne                        7,6

Italie                               7,3

Afrique Sud                    7,2

Ukraine                           6,7

Iran                                6,5

France                         5,8

Chine                             4,5                 20,9

Différence d’énergie utilisé pour produire de l’électricité en Allemagne et en France (en %- 2009) :

                            Allemagne               France

Fossiles                                56                           10

Nucléaire               26                           78

Hydraulique             4                           11

Eolien                     5                             0,4

Solaire                    1                             0,1

Autres                     9                             0,5

***

En particulier, le grand débatteur Dany Cohn-Bendit, leader des « Verts », est un élu de Francfort, ville qui possède une des plus grande centrale charbonnière d’Allemagne,

 

Tous les « écolos » font preuve de bons sentiments, et probablement certains sont sincères, mais pratiquement peu d’entre eux pourraient expliquer le fonctionnement technique des systèmes qu’ils critiquent.

À puissance égale, l’éolien consomme quelque 10 fois plus de béton (socle) et d’acier (mat) que le nucléaire. Et la fabrication de silicium pour le PV reste très énergétivore (car on ne fait plus alors des « puces » électroniques, mais des m2 de surface).

Seuls le nucléaire et l’hydraulique apportent des énergies massives et continues, mais hélas, il n’existe pratiquement plus de site compatible pour l’hydraulique lourde dans l’UE. Mais, l’EPR en cours apporte à la fois un rendement et une sécurité meilleurs, en réduisant le taux de déchets.

Notons, toutefois, que dans les statistiques des énergies nouvelles et renouvelables, l’hydraulique déjà ancienne, mais toujours excellente, compte pour 80 %… c’est dire la faiblesse des autres.

2 – Grâce au nucléaire, nous bénéficions en France de l’électricité la moins chère d’Europe (ce que savent bien les industriels voisins qui nous l’envient). À tel point que l’ensemble des concurrents d’EDF demande à l’UE que 25 % leur soit cédée à prix coûtant… « pour assainir la concurrence » sic (Loi NOME en cours). Preuve que notre courant français est bien économiquement compétitif.

Permettez à un ingénieur qui a participé autrefois, avec sa société, à établir le coût de revient du nucléaire, d’affirmer que sont bien pris en compte : l’amortissement des investissements, le recyclage des déchets, et le démantèlement. Même si ces deux derniers postes restaient imprécis, on sait aujourd’hui que les centrales dureront environ 60 ans alors que le retour sur investissement avait été calculé sur seulement 30 ans (On ne parle jamais du recyclage des éoliennes et des panneaux PV : durée de vie = 20 à 25 ans)

Par contre, du fait des généreuses subventions, le coût de l’éolien représente de 2,5 à 4 fois celui de l’électricité produite par EDF, et celui du photovoltaïque de 8 à 15 fois (Loi du10 février 2000 sur les nouvelles énergies raccordées au réseau)

Et ceci garanti pour 20 ans : Une véritable rente de situation pour les possesseurs.

Coût de production du mix électricité en France (essentiellement nucléaire+hydraulique) = 3 à 4 centimes €/kWh

 Ainsi, le vent et le soleil ne sont pas gratuits comme le présente la pensée unique, mais nous coûtent et coûteront très cher. Déjà, chaque contribuable  paie une quote-part de ceci avec la CSPE (voir à l’envers de votre facture EDF) plus l’insidieuse sur tarification de l’abonnement. Ce n’est pas faire œuvre de devin que prévoir de nouvelles augmentations pour pallier la gabegie des subventions.

En effet, la France ne produit pas d’éoliennes (importations : D, DK, E), ni de cellules

PV (importation : D, USA, + Extrême-Orient), de forte valeur ajoutée… mais, victoire, nous assurons le montage et la maintenance en réduisant le chômage !!!

D’où un accroissement du déficit du commerce extérieur. Ainsi, avec le financement des subventions pour les installateurs et utilisateurs, nous brûlons la chandelle par les deux bouts.

Subventions+Crédit d’impôts pour les uns = Impôts pour les autres

3 –Les centrales nucléaires sont drastiquement contrôlées, bien plus que l’industrie chimique. Il existe une échelle de risques, notée de 1 (bénin) à 8 (très grave)… et, malgré les détracteurs, l’on a jamais, en France, dépassé le niveau 2.

La catastrophe de Tchernobyl, en Biélorussie, a marqué pour longtemps les esprits, et effectivement elle fut dramatique (fusion du cœur : niveau 8). Il faut toutefois savoir que cet accident ne résultait pas d’un fonctionnement normal, mais d’une expérience dictée par les hautes autorités soviétiques d’alors (pour activer un redémarrage rapide), après avoir arrêté toutes les sécurités.

De plus, on le sait, les centrales russes (type RBMK) ne disposaient pas de confinement du réacteur (par ailleurs instable, avec un modérateur graphite), comme en possèdent les classiques centrales occidentales (type PWR). Fort heureusement ces dernières sont à la fois mieux protégées et surveillées

Reste l’épineux problèmes des déchets radioactifs, non encore résolu.

Il y a moins d’un siècle, on professait que l’atome était indivisible (ce qui correspond du reste à son nom Grec). Aujourd’hui on prétend que certains déchets radioactifs sont contaminés pour des siècles. On n’hésite pas à citer des contaminations pouvant durer plus de 100.000 ans !

Quel homme, fut-il savant, peut affirmer ceci, alors que l’on ignore totalement quel sera l’état d’avancement de la science et des techniques de nos descendants dans un demi-siècle. C’est  faire peu de confiance aux compétences des générations futures que penser ainsi… Un peu de modestie, d’autant plus que beaucoup de savants se sont déjà trompés. Et, nos petits-enfants trouveront, probablement, dans ces déchets, une énergie en conserve.

Ainsi, a priori, on disposera dans moins de deux générations de plusieurs moyens pour pallier les réserves de combustibles et de réduire les déchets avec plusieurs stades possibles :

. Déjà une partie des déchets (plutonium) est récupérée sous forme de nouveau combustible MOX (utilisé par 20 réacteurs en France).

. Développer le surgénérateur, qui utilisera de l’uranium non-fissile (abondant) et les déchets actuels de fission, ce qui rendra cette énergie renouvelable. La faisabilité du procédé est déjà assurée, mais il reste à la sécuriser. L’atome deviendra alors une énergie renouvelable.

L’arrêt prématuré de « Super Phénix » à fait perdre plus de 20 ans d’avance  technique à la France. (Il est vrai qu’il y eut des incidents, comme dans toutes les techniques de « rupture »… et surtout un mort lors de manifestations). Les Japonais n’ont jamais abandonné cette voie et le projet français est reparti sous le nom de réacteur RJH (en hommage à Jules Horowitz grand spécialiste de l’atome).

. Utiliser la Fusion, à base de deutérium et tritium, issus de l’eau de mer, et ne laissant pratiquement pas de déchets (rappelons que le prototype international ITER qui sera réalisé à Cadarache a été confié à la France)

. Se servir de l’apport des nanotechnologies pour transmuter tous les déchets. Car le problème se posera, avec ampleur dans le futur, pour tous les matériaux.

À terme, la maîtrise de l'énergie nucléaire de fusion : peu ou pas radioactive marquera probablement la grande découverte du XXI ème siècle, et supprimera totalement  "l'épée de Damoclès" des systèmes à base fossile.

Il faut encore bien noter que le risque industriel existe partout, les installations chimiques en constituent l’illustration, et bien sûr, une action malveillante reste possible (agression terroriste, bombe sale), mais il en est de même des stocks de munitions …et de bombes à gaz existant dans le Monde… Or on vit avec… et, c’est dans leur lit que le plus de gens meurent.

Dans une optique réaliste, seuls le nucléaire et hydraulique lourde sont capables de fournir une énergie massique continue pour un coût réduit, à l’échelle de la Planète (nous serons ~ 9 milliards d’individus en 2050).

Pour information : Production énergétique mondiale actuelle - 2008 (en %)

         - Energies massives et continues

                        Pétrole             34 %

                        Gaz                  24 %

                        Charbon           29 % 

                        Nucléaire            5 %

                        Hydraulique        6 %

            - Énergies intermittentes d’appoint

                        Eolien                1 % 

                        Autres              1 % (dont Photovoltaïque 0,04 %)

Bois : non-mesurable, et non mesuré, évalué à environ 10 % (dispersé dans l’ensemble).

Ce n’est pas avec des énergies marginales (éolien+PV), que l’on pourra satisfaire la demande mondiale (2 milliards d’individus vivent sans eau potable et sans électricité… et y ont droit). Et, substituer les énergies fossiles dont la part reste encore primordiale avec leurs émissions de CO 2.

Il faut savoir que l’eau est utilisée à 70 % pour l’agriculture, elle conditionne donc le « marché de la faim »… Et il faut de l’ordre de 5 kWh pour en produire 1 m3 par dessalement de l’eau de mer (par osmose inverse).

Le nucléaire a donc devant lui un grand avenir.

M. Reyne est  ingénieur INSA, Ex Directeur des Etudes Technico-Economiques à CEGOS-Conseil. Auteur de l’ouvrage « Les Energies » chez Hermès et Lavoisier- 2009… et d’une trentaine d’ouvrages techniques (voir sur Google à mon nom).

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