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"L’Ecole Maternelle française, une princesse piquée par les faisceaux des attaques" Josette VOSSOT

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Première partie : « Comment fait-on passer notre Ecole Maternelle de l’état d’aristocrate enviée à l’état de  Belle dormante » ? ».

A Madame POITEVIN, Inspectrice de l’Education Nationale à la retraite.

A Madame WARGNIER, Conseillère pédagogique à la retraite.

J’ai commencé à enseigner en maternelle, il y a 30 ans, épaulée par une Inspectrice et une conseillère pédagogique dévouées à la réussite de l’Ecole Maternelle, passionnées par la formation des enseignants de classe enfantine ou de classe maternelle, attentives aux enfants de toutes les classes qu’elles visitaient. Elles ne comptaient pas leur temps, elles qui visitaient aussi les maires pour transmettre leur conviction, ici, de la nécessaire réalisation d’une maternelle, là, des améliorations à apporter ou encore de l’indispensable emploi d’un agent spécialisé. Elles accompagnaient de leurs conseils avisés des élus fiers de leur réalisation : une école maternelle pendant leur mandat, quel rêve et quelle réussite ! Elles ne faiblissaient pas devant l’Inspecteur d’Académie pour exiger la création de classes et, complices, elles souriaient devant les timidités des délégués du personnel enseignant qui comptaient dans leur rang … des maires de petites communes.Elles se transformaient à l’occasion en dessinatrices industrielles, proposant des nécessaires aménagements pour le meilleur accueil possible des tout-petits de 2 ans. Puis leur emploi disparut, les écoles maternelles passant sous la férule d’Inspecteurs « de circonscription mixte » assurant leur tâche en Ecole Primaire qui regroupe aussi bien les écoles élémentaires que les écoles maternelles. C’en fut fini de l’Ecole Maternelle à l’époque décrite comme « école de la réussite » ; la spécificité de l’enseignement pratiqué en maternelle fut oubliée en formation des enseignants, les formateurs mirent seulement l’accent sur l’indispensable liaison maternelle-CP et furent vite lassés de prêcher devant des convaincus. A cette rentrée 2009, l’école maternelle où j’enseigne a vu la fermeture d’une classe : ma collègue fait classe à 29 écoliers et moi, je tente de faire la classe à 32 bambins. Nous n’avons pas pu accueillir 4 élèves âgés de 2 ans et demi ; leurs parents les ont inscrits dans des écoles privées. Les enfants de nos classes et nous-mêmes sommes fort heureusement, et généreusement, épaulées par deux Agents Territoriaux Spécialisés d’Ecole Maternelle sous-payés qui, en plus, doutent de la pérennité de leur emploi. La troisième classe a été endormie, alors que notre effectif global aurait dû être plus important que celui de l’année scolaire précédente ! « Comment comprendre une gestion aussi drastique des postes au regard des déclarations qui font de l’éducation un pilier de notre société ? Est-il raisonnable d’avoir 30 enfants dans chacune des classes ? » ont écrit les maires des villages au sénateur. Pour ces communes que l’on a incitées à se regrouper autour de Regroupement Pédagogique Intercommunal (RPI) et autour de Syndicat Intercommunal à Vocation Scolaire (SIVOS), la situation est inacceptable face aux efforts faits pour développer et maintenir un enseignement de qualité. « En 2001, avait été construit un ensemble de 2 classes maternelles et d’une cantine d’un montant de 228 674 € remboursable sur 18 ans. En 2005, au vu de l’accroissement des effectifs et à la demande de l’Education Nationale (pour pouvoir accueillir les tout-petits de 2 ans), nous agrandissions la maternelle pour un coût de 60 000 € remboursables sur 15 ans. En 2007, nous investissions 100 000 € remboursables sur 10 ans pour agrandir l’école élémentaire, une classe étant créée. En 2008, une classe élémentaire est supprimée, les effectifs étant trop justes aux yeux de l’Inspection Académique. Vous comprendrez qu’au regard des efforts consentis, la perte d’un poste est cruellement ressentie, mal vécue par les citoyens. Il serait peut-être bon que le législateur légifère pour imposer à l’Education Nationale le maintien des postes d’enseignants pour une période d’une dizaine d’années » précisent les maires confrontés à l’incertitude face au renouvellement ou non des postes ainsi qu’aux critères sur lesquels sont décidés ces suppressions ou maintiens de postes. A la rentrée 2009, la bonne nouvelle pour nos 2 villages regroupés en RPI, ce fut la réouverture de la 5ème classe élémentaire ouverte en septembre 2007 et fermée en … septembre 2008. Cette ouverture eut quelque goût amer aux yeux des élus qui virent là comme un transfert de poste fermé en maternelle à poste ouvert en élémentaire. Et il est important de noter qu’en cas de rupture du RPI, chaque village pourrait disposer de 3 classes élémentaires et de 2 classes maternelles. Imaginons le nombre de postes « gagnés » en cas de regroupement de 3, 4, 5… villages. La loi du 13 août 2004 relative aux libertés et responsabilités locales a introduit deux articles (86 et 87) permettant la mise en place de regroupement d'écoles (de 20 à 30 classes selon les vœux du ministère) sous la forme d'Etablissement Public de Coopération Intercommunale (L.212-8 et autres du code de l'éducation). La commune ne sera plus l’interlocutrice directe (la notion « commune » n’est plus un « échelon » à faire intervenir), alors que les maires sont généralement les meilleurs défendeurs de leur école. Dans le même temps, les Inspecteurs d'Académie ont reçu l'ordre d'élaborer le schéma territorial des écoles de leur département, déterminant l'implantation des écoles par "bassin de vie". En clair, les inspecteurs pourront bientôt dire aux directeurs d'EPCI ou aux présidents de communauté de communes: "Vous avez -tant- d’élèves sur votre secteur, cela correspond à –tant- de postes, les voilà, à vous de les répartir". Ces postes seront-ils en nombre suffisant ? En nombre insuffisant, ils iront prioritairement aux écoles élémentaires et les écoles maternelles seront sacrifiées. En outre, le Projet de décret relatif à l’expérimentation des Etablissements Publics d’Enseignement Primaire (EPEP) précise : Article premier : Les établissements publics d’enseignement primaire, créés en application de l’article 86 de la loi du 13 août 2004 susvisée, permettent une organisation et une gestion mutualisées des moyens destinés aux écoles maternelles et élémentaires qu’ils regroupent pour une action pédagogique plus efficace de ces écoles en vue d’atteindre les objectifs fixés notamment par les articles L.121-1 et L.122-1-1 du code de l’éducation. De quels moyens s’agit-il ? Financiers ? Budgétaires ? Humains ? Les mutualiser ne signifie pas pour autant les utiliser mieux. Article deuxième : Le projet de création d’un établissement public d’enseignement primaire, accompagné d’un projet de statut est soumis à l’avis du ou des conseils d’école, et à l’accord de l’autorité académique qui en apprécie l’impact sur les finances publiques (ce qui laisse sous-entendre que la mutualisation des moyens énoncés à l’article 2 est d’abord visée comme une recherche de rationalisation) et qui transmet le projet de statut au représentant de l’Etat. Après accord du représentant de l’Etat, la ou les communes et, le cas échéant, le ou les établissements publics de coopération intercommunale adoptent le statut de l’établissement public. A-t-on consulté les usagers ? A-t-on pensé à l’amélioration du service public d’Education ? A-t-on réfléchi à l’intérêt pédagogique et à l’intérêt des élèves ? Ces mises en réseau ne sont que des alibis de fermetures de classes, avec en filigrane, le désengagement de l’Etat. Les différentes associations d’élus (AMF, AMRF et ANEM) apprécieront. Ces mises en réseau ne sont issues d’aucune concertation des usagers. Ces mises en réseau modifient totalement le tissu social des habitants des villages vidés de leur école. Ces mises en réseau n’inclinent qu’à concentrer des enfants au sein de pôles scolaires qui peinent à restituer la sérénité des petites écoles rurales. Ces mises en réseau nuisent aux plus jeunes qui se retrouvent dans de groupes scolaires alors que sans doute leurs parents avaient rêvé pour eux d’un environnement plus douillet. Ces mises en réseau non concertées sont induites par un refus notable de réfléchir à l’accueil spécifique des très jeunes enfants sur lesquels les parents, en milieu rural, voudraient compter alors que les restrictions budgétaires entraînent un recul d’admission possible.

Josette VOSSOT

A suivre, deuxième partie : « Quelles sont les fées qui se penchent sur l’Ecole Maternelle française ?».

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Mot clés : école

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