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"Si les mots ont un sens - adresse à monsieur Bernard-Henri LEVY" Jean-Luc Pujo, président des clubs "Penser la France"

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Le 18 juin 2004.

Vous fûtes – je le confesse – ma première figure d’intellectuel.

Je vous ai adoré, du temps où jeune provincial languedocien, je scrutais à travers la petite lucarne les signes obscurs d’une intelligence française.

Depuis, j’appris qu’il existait aussi de vrais intellectuels.

Combien ce déchirement fut douloureux – je le tairai – pardonnez ma pudeur.

Il me suffit d’errer dans les lieux sacro-saints de cette intelligence prétendue pour entr’apercevoir –aisément– le grand bal des faussaires.

J’étais de ceux – les deux cents premiers – qui pour Sarajevo manifestèrent, avec Gluksman, René Remond, Huguette Bouchardeau…

Je vous vis apparaître un jour – dix-huit mois passés – quand nous fûmes des mille et des caméras. De là, dataient mes premiers soupçons. Que dire depuis ?

La chance de rencontres fugaces : Bourdieu, Ricoeur, Derrida… a fini de me convertir à l’Idée que – là comme ailleurs – il y avait des voyous.

Vous avez la posture – je vous en sais grâce.

Dans ce monde léger, c’est déjà l’essentiel. Mais l’essentiel n’est pas le Tout. Vous dominez, vous ergotez, vous jugez, vous condamnez. Soit !

Après dix années décevantes, dont un périple cinématographique que j’aurai la délicatesse de ne pas qualifier, vous fûtes de retour avec un « Sartre » dont l’intérêt intellectuel – n’en déplaise à la claque – fut quasi-nul, et dont la seule ambition consista à réhabiliter Monsieur Benny Levy, votre ami.

Déjà. Mais après tout.

Quelle ne fut pas ma surprise donc de vous voir douter à haute voix face à M. Jean-Claude Milner, lors de cette fameuse soirée du théâtre Hébertot. Soirée si triste et si honteuse, où Alain Finkielkraut fut consternant.

Surprenante soirée où l’on vous vit prononcer des mots inhabituels : votre croyance toujours intacte dans la pensée des Lumières, votre sympathie pour ce modèle français, celui de la Laïcité, de la République.

Je vous aurais presque embrassé. Si les mots ont un sens.

Fugace retournement !

Dans le dernier numéro de la revue « La règle du jeu », je vous retrouve imprécateur, tel que vous m’apparûtes déjà quinze ans plus tôt !

Par une plume aussi inexacte que fielleuse, vous réglez les comptes de tous ceux qui ont osé attenter à la légitimité incontestable du journal « Le Monde ».

Intéressant exercice de démolition, quand les parties concèdent le « zéro-zéro » judiciaire à travers un compromis, acceptant ainsi, de facto, de reconnaître que l’une d’entre elles n’avait certainement pas entièrement tort !

Mais cette partie n’est pas celle que vous défendez.

L’Idée même de journalisme que vous glorifiez, a permis de porter contre ce journal les attaques les plus terribles. Et pour cause.

Vous saisir des attendus éthiques des auteurs pour renverser l’attaque, quoi de plus classique ? Dans le bal des faussaires ne manquait plus alors qu’une nouvelle diatribe contre les défenseurs de la France, de ceux qui prétendent – contre vents et marées – en l’existence d’une réalité française intrinsèque.

J’ai été de ceux-là ! J’en suis !

De gauche, je crois toujours dans le modèle social français, dans ses vertus. Tout naturellement, mon homme, c’est Chevènement !

Sur lui, vous vomissez avec une vilenie et une hargne qui n’a rien à envier aux pires écrivains de la collaboration : Céline, Drieu, Brasillach…

N’en veuillez donc pas - au républicain que je suis - de rejeter et les uns et vous-mêmes. Entre la peste et le choléra !

Tout naturellement, il me souvient de ce jeune homme français, croyant trouver en vous une figure d’intellectuel quand seule transpirait la posture.

Me voilà pris d’un doute, étreint d’une angoisse.

Comment dés lors notre jeunesse pourrait-elle croire en la survivance d’une figure intellectuelle française ? Celle de l’indépendance, alors que vous l’instruisez au clan ; celle de l’argumentation rationnelle, alors que vous l’incitez à l’invective ?

Pauvre âge ingrat de la jeunesse, en proie aux plus inattendus délires…

La mise en garde s’impose d’elle-même : Si les mots ont un sens, prenez garde aux faussaires !

Jean-Luc Pujo

Président des clubs « Penser la France »

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