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« Le système politique a alimenté le problème Grec » Simone LE BARON

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Caricature de 1989 : à gauche Georges Contogeorgis "Nous n'avons pas de micros" - "On veut des mégaphones". Sur le sac : campagnes pré-électorales des partis, blabla, blabla, blabla...

***

Cette caricature fait référence aux règles que Georges Contogeorgis, en tant que PDG avait imposées aux partis politiques dans l'utilisation des chaines publiques (ERT), entre autre l'interdiction d'utiliser la TV publique - la seule à l'époque - à leur guise, de retransmettre des réunions de partis etc. et de manipuler les informations.  

"Elefterotypia du dimanche" le 6 mars 2011, article de Georges Contogeorgis, Professeur de Science Politique, ancien Recteur de l'Université Panteios.

La tournure dramatique à laquelle a abouti la crise en Grèce relève directement de sa singularité.

Dans le cas grec l’Etat est le premier responsable de la crise.  L’économie grecque - banques comprises – ne s’implique dans la crise mondiale ni directement ni indirectement. L’Etat a fait déferler la crise dans le pays, l’a exhibée sur la scène internationale (et européenne), l’a changée en « jouet » mais, par-dessus tout, a fait en sorte qu’elle serve de « cobaye » pour l’évolution des autres crises dans le monde.

Le fait que l’on exhorte le système politique, instigateur de la crise, à sortir le pays de celle-ci constitue l’impasse où il est acculé.  En effet, la classe politique n'a pas la légitimité indispensable, n’y trouve aucun intérêt ni n’en a l’intention, puisque cela entrainerait la fin du régime par lequel elle a assis son hégémonie historiquement sur la société hellénique.

Pour bien comprendre le « problème grec » nous devons définir la singularité du système politique. Le système politique hellénique se particularise par l’appropriation profondément enracinée et la dégradation de l’appareil d’Etat par le personnel politique ainsi que les responsables des médiations et des interrelations. Elle se particularise également par l’instauration d’un rapport entre le social et le politique qui passe par la «décollectivisation » du tissu social ou, plus précisément, par l’assujettissement du citoyen au personnel politique. L’Etat néohellénique parasite la société hellénique dont il occupe et suce le socle traditionnel, culturel et historique comme une sorte de sangsue.

La notion de partitocratie constitue la constante du système politique hellénique et conditionne l’objectif des politiques de l’Etat. En partitocratie, la société n’est pas considérée comme raison d'être de l’Etat, mais comme le plus grand ennemi représentant une menace pour les acquis de la classe politique.  Si bien que le coût politique résulte des réactions des « partenaires » du pouvoir ("corporations", groupes d’intérêts etc.) et non de l'"opinion commune".

Ceci explique pourquoi la sortie de la crise représente aujourd’hui avant tout un enjeu d'alternance politique au lieu de se focaliser sur l’urgence à réduire la fracture du pays. Le dialogue politique se limite aux « pour » et aux « contre » le mémorandum au lieu d’en rechercher les causes. Une estimation des mesures prises à la suite du mémorandum – ou proposées par l’opposition – montre qu’elles ont toutes un pour objet soit l’encaissement de taxes en sens unique, destiné bien sur aux habituelles vaches à lait – les honnêtes contribuables – soit la transformation du travail des citoyens en marchandise. La reconstruction du système politique et de l’Etat ne figurent pas dans les programmes politiques de partis.

La question de la responsabilité politique et, plus précisément, de ses liens avec la Justice s’avère  l’exemple le plus intéressant, et cette obstination à vouloir coute que coute conserver l’immunité totale pour tout le personnel politique nous renseigne sur l’adversaire. Et de qui la classe politique a-t-elle donc besoin de se protéger ? Évidemment de la société. A noter également que l’immunité ne concerne pas les politiques de l’Etat lesquelles se situent au-dessus de la Loi et sont intouchables. Le politique est capable d’anéantir le pays en « endossant » la responsabilité politique. Par contre, il ne se soumet pas à la Justice pas plus qu’il ne reconnaît être redevable au citoyen d’un intérêt légal pour les dommages qu’il a subis. C’est impressionnant cette façon qu’ont tous les partis politiques de préserver d’un commun accord l’intégrité du système ce qui entretient la relation difforme entre politique et société et l’atmosphère oppressante planant sur le pays.

Quelle peut être l’issue ? Je dois souligner qu’il est probablement « utopique » de s’attendre à ce que soit dépassée  la partitocratie dynastique à l’initiative de la classe politique elle-même, puisqu’elle en est sa structure de base. Par conséquent, cela se fera par la contrainte, soit  par l’effondrement total de ses recours de telle sorte que la conjoncture qui lui succèdera surgisse des cendres du pays.

La première version soulève la question de « qui se chargerait de la mutation de la classe politique » ? La seconde solution, outre le fait que le résultat n’est pas garanti d’avance puisqu’elle s’accompagne d’une démarche désespérée de la société, serait susceptible d’enfoncer le pays dans une impasse plus profonde. Dans tous les cas, la sortie de la crise en maintenant intégralement le système politique, augure d’une part de la perpétuation de  l’occupation de l’Etat « intra-muros » à laquelle est pratiquement soumise la société hellénique avec son passage à l’Etat nation, et d’autre part de la déchéance irréversible du pays.

Ceci nous prouve que, au lieu de se cacher derrière le « mémorandum » (régime de tutelle à la merci duquel se trouve le pays), il faudrait prendre des mesures immédiates de renversement du régime de partitocratie dynastique dans lequel persiste la classe politique, en libérant la société du boulet auquel elle est enchainée.

Ce qui est urgent :

Ø  La reconstruction du système politique en se fondant sur des critères d’instauration d’un équilibre institutionnel entre Etat et société, laquelle ne peut évidemment se réaliser sur un plan de dynamique politique, c’est-à-dire en dehors des institutions comme par le passé avec pour indice l’alternance des acteurs de la partitocratie au pouvoir. La litanie déontologique selon laquelle « la politique doit représenter la société » ne suffit pas non plus pour que fonctionne l’Etat en accord avec l’intérêt général. Désormais,  la simulation représentative de la politeia  s’avère indispensable, c’est-à-dire l’intégration institutionnelle de la société, ou au minimum la prise en compte des desiderata de la société dans le processus de prises de décisions politiques.

Ø  Cette structure présuppose le contrôle du personnel politique par la société et, au-delà, l’abolition totale de l’immunité et la création d'un lien immédiat entre la responsabilité politique et la Justice. Elle exige également la reconnaissance à chaque membre de la société des citoyens d’un intérêt légal contre le préjudice provoqué par les acteurs de la politique, de l’Administration et de la Justice.

Ø  L’Etat de partitocratie estime que son rôle s’arrête là où il est censé commencer en réalité. C’est pour cette raison que l’application des lois ou son harmonisation avec l’intérêt général sont des notions inconnues. Cet État doit disparaitre immédiatement.

Ø  Et enfin, il est urgent d’abolir incontinent toute la structure législative liberticide ayant transformé la société en vache à lait des interrelations et de la corruption. La corruption est basée sur la législation, et l’Etat partitocratique suit.

Nous en concluons que la solution au problème grec ne passe pas par l’alternance, encore moins par la dérivation des forces de l’actuelle partitocratie car à sa place, à moyen terme, s’installerait dès la résorption de la crise une nouvelle classe politique dynastique. La solution se trouve dans l’abrogation de l’Etat dynastique qui soutient la partitocratie, c’est-à-dire dans la mutation du rapport entre société et politique. Mutation qui peut se réaliser seulement en fonction de l’intégration de la volonté sociale dans la politeia (en fait le système politique). Cette mutation rétablira une relative harmonie du système politique -qui est de nature pré-représentatif- avec le développement politique de la société hellénique -dont la maturité correspond à un stade représentatif sinon démocratique-, hérité de son passé historique. Car, en dernière analyse, c'est cette incompatibilité qui est la cause de l'État partitocratique.

Par conséquent, tout ceci nous ramène à notre prise de conscience initiale: l’origine de la crise est sous-jacente à l’impasse où se trouve acculé le pays. Etant donné que les fondements de la partitocratie – et des forces de médiation et d’interrelations qui la soutiennent – sont profondément enracinées, la tutelle internationale se garde bien de mettre l’accent sur l’origine du problème grec. De ce point de vue, il est possible qu'elle renforce finalement la résistance contre la naissance du neuf.

Simone LE BARON

Source :

http://simone-le-baron.blogspot.com/2011/03/le-systeme-politique-alimente-le.html#links

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Mot clés : economie - europe - EURO - grèce

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