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Atlantique Sud : Pétrole & Iles des Malouines !

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Vers un nouveau conflit des Malouines? L'Angleterre se pavane de nouveau

- Finian Cunningham, Global Research, le 22 février 2010 -

Exactement 28 ans plus tard, le spectre de la guerre des Malouines est de retour. C'est l'une des dernières guerres coloniales de la Grande-Bretagne – un épisode sordide dans les annales de l'empire britannique. En 1982, la première ministre britannique, Margaret Thatcher, a envoyé un corps expéditionnaire chargé de « défendre » les Malouines saisies en 1833 par la Grande-Bretagne face aux revendications territoriales de longue date de l'Argentine sur les mêmes îles. Les Malouines sont à environ 300 kilomètres au large des côtes du continent sud-américain et à 12 000 km de la Grande-Bretagne.

Quelque 900 militaires – plus des deux tiers de l'Argentine – sont morts durant les 74 jours de la Guerre des Malouines. L'incident le plus connu a été le naufrage du croiseur de la marine argentine, le Général Belgrano, par un sous-marin britannique, le HMS Conqueror, le 2 mai 1982. Deux torpilles ont envoyé 323 Argentins au fond des eaux. L'attaque a été sanctionnée par Thatcher et a provoqué une tempête internationale, car elle s'est produite en dehors des eaux territoriales déclarées britanniques et le Belgrano naviguait à l'époque vers l'ouest, en direction opposée aux îles contestées.

Notoirement, le tabloïd britannique Sun se réjouissait de la mort des Argentins avec le titre suivant à la une : « Dans le mille ! ». L'état d'esprit chauvin qui a balayé la Grande-Bretagne résultant de la guerre a été mis à profit par Thatcher et son gouvernement conservateur. Après deux années au pouvoir, la Dame de fer, reconnue pour avoir imposé des réductions de salaires et des coupures dans les services publics, s'effondrait dans les sondages et était profondément méprisée. Une guerre pour défendre les intérêts nationaux de la vaillante Grande-Bretagne était ce qu'il fallait pour assurer un regain politique et un facteur essentiel à sa réélection en 1983.

Vingt-huit ans plus tard, il y a de nouveau des enjeux importants. L'actuel premier ministre, Gordon Brown, est assailli de toutes parts dans les sondages et les médias. Son gouvernement travailliste fait face à la défaite aux prochaines élections prévues dans quelques mois. La Grande-Bretagne subit également les effets de la récession économique, avec un déficit commercial et une dette nationale qui la paralysent. Mais, non loin de sa possession dans le sud de l'Atlantique, existe un champ pétrolier dont la valeur représente un joyau de la couronne par rapport aux réserves d'hydrocarbures de la Grande-Bretagne en mer du Nord (maintenant épuisées) – même lorsque ces dernières étaient à leur pic de production dans les années 1980.

Des rapports évaluent les réserves de pétrole au large des îles Malouines à 60 milliards de barils de pétrole. Pour mettre ces chiffres en perspective, l'Arabie saoudite – le premier producteur mondial – a une réserve totale évaluée à 267 milliards de barils. Autrement dit, la découverte de pétrole dans l'Atlantique Sud – si pleinement exploitée – hisserait la Grande-Bretagne parmi les 17 plus grands producteurs de pétrole au monde, entre la Russie (8e) et la Libye (9e).

Cette semaine, la Grande-Bretagne a commencé à forer à 62 milles (100 km) au nord des îles Malouines, au grand déplaisir de Buenos Aires, qui continue de réclamer les îles en dépit de sa défaite humiliante. La réponse de l'Argentine a été d'imposer des restrictions navales autour des îles et elle a reçu un soutien diplomatique unanime de ses voisins sud-américains. De plus, l'Argentine va présenter ses revendications aux Nations unies.

Le secrétaire aux Affaires étrangères britannique, David Miliband, a fait valoir que l'exploration pétrolière de son pays dans l'Atlantique Sud est « tout à fait en conformité avec le droit international (sic) ».

Mais la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (1982) stipule que la limite maritime extérieure pour la revendication territoriale de tout pays est de 22 milles nautiques (22 km) à partir de ses côtes. Cela est bien loin de l'endroit où la Grande-Bretagne a commencé le forage pétrolier au large de sa colonie – 62 milles (100 km) – sans compter le fait qu'il faudrait supprimer les 8 000 milles (12 000 km) la séparant de cette chère vieille Angleterre. La revendication territoriale auto-proclamée par la Grande-Bretagne de 200 milles (370 km) autour des îles de l'Atlantique Sud n'est que tout simplement cela : une revendication auto-proclamée qui n'a aucun fondement en droit international.

Une deuxième guerre des Malouines peut sembler lointaine. Mais le danger d'un conflit ne peut jamais être éliminé lorsqu'une puissance impérialiste – en particulier une avec des prétentions de grandeur – se sent contrainte d'agir. L'histoire montre que malgré son économie en perte de vitesse et sa classe politique discréditée, la Grande-Bretagne n'a pas hésité à se lancer dans le fiasco de Suez ou dans la Première et la Seconde Guerre mondiales.

La dernière querelle diplomatique illustre à tout le moins cette friction lorsqu'un pays adopte deux poids, deux mesures. Cette semaine, à Cancun, au Mexique, la présidente de l'Argentine, Cristina Kirchner, s'exprimant lors d'un sommet des États d'Amérique du Sud, a bien mis les choses en perspective quand elle a dit : « La Grande-Bretagne peut violer systématiquement les résolutions de l'ONU parce qu'elle siège au Conseil de sécurité – tandis que d'autres nations doivent se conformer aux résolutions de l'ONU sans quoi elles sont étiquetées ennemies ou pire. »

(Traduit de l'anglais par Le Marxiste-Léniniste)

Ce qui est en jeu dans les îles Malouines

- Rick Rozoff, Stop NATO, le 23 février 2010 -

Nous reproduisons ci-dessous un extrait d'un article de Rick Rozoff, « Sud de l'Atlantique : la Grande-Bretagne pourrait provoquer un nouveau conflit avec l'Argentine ». Il y explique quels sont les enjeux concernant les îles Malouines (Falklands). Pour l'article au complet (en anglais), cliquez ici.

***

Vers la fin de décembre, la Grande-Bretagne a mené une opération militaire de deux jours sur les côtes des Falklands/Malouines, y inclus l'utilisation de missiles Typhoon multirôle et de navires de combat. Les exercices, du nom de code de Cap Baïonnette, « ont eu lieu pendant une tournée des îles Malouines par des forces britanniques avant le début des forages prévus dans le bassin en février 2010 » et « ont simulé une invasion ennemie... »[13]

Une information de presse à ce moment là avait ajouté : « La Grande-Bretagne a solidifié sa présence militaire dans les Malouines depuis la guerre (de 1982) et a une importante base d'entraînement au combat au Mont Plaisant, à 35 milles de Stanley, la capitale.

« La perspective de voir les îles devenir une source importante de revenu pétrolier pour la Grande-Bretagne a ajouté de l'eau au moulin de l'appareil militaire pour qu'il augmente ses forces dans le Sud de l'Atlantique. »[14]

Quatre jours avant que ne commence le forage à proximité des îles, le premier ministre, Gordon Brown, a déclaré : « Nous avons pris toutes les précautions nécessaires pour que les habitants des îles Malouines soient bien protégés »,[15] même si les porte-parole argentins ont nié à plusieurs reprises toute possibilité d'une riposte militaire aux empiétements et aux provocations britanniques dans l'océan du Sud de l'Atlantique.

Le même jour, le 18 février, le ministre adjoint des relations étrangères, Victorio Tacetti, a accusé la Grande-Bretagne de « poser un geste unilatéral d'agression et de subjugation »[16] en saisissant le pétrole et le gaz dans la région contestée. Buenos Aires a interdit aux navires de circuler dans les eaux argentines en direction et en provenance des îles Malouines.

Les enjeux sont, selon les estimés des services géologiques britanniques, jusqu'à 60 milliards de barils de pétrole sur le plancher océanique des îles Malouines.

Fin janvier, un analyste militaire russe a expliqué que même ce colossal filon d'énergie n'est pas l'unique objet de l'intérêt des Britanniques près des îles Malouines et au sud des îles.

Ilya Kramnik écrit : « Avec les îles avoisinantes qui sont sous contrôle britannique, les Malouines sont le passage de facto vers l'Antarctique, ce qui explique l'entêtement de Londres à maintenir sa souveraineté sur elles ainsi que sur les îles de la Géorgie du Sud-et-les îles Sandwich du Sud, ainsi que ses réclamations territoriales sur les îles Shetland du Sud et Orkney du Sud selon le traité de l'Antarctique. »

Et en ce qui concerne l'Antarctique lui-même, « sous la glace, sous la plate-forme continentale, existent d'énormes ressources minérales et les mers environnantes abondent en bio-ressources. De surcroît, les glaciers de l'Antarctique contiennent 90 % de l'eau douce du monde, et sa rareté se fait ressentir toujours davantage à mesure que la population mondiale augmente. »[17]

Une analyse chinoise faite plus de deux ans auparavant décrit pourquoi la Grande-Bretagne, en partie, a eu recours à la guerre en 1982 et pourquoi elle le ferait peut-être à nouveau : afin de contrôler de vastes régions de l'Antarctique.

« L'étendue de ce qui semble n'être qu'une terre aride et couverte de glace est mise à découvert et exposée au monde extérieur, révélant un « bassin-trésor » incroyablement riche en gisements minéraux et en réserves d'énergie... Un gisement de charbon de l'âge permien existe sur le continent et contient 500 milliards de tonnes en réserves prouvées.

« Le dense dôme de glace qui s'étend sur la terre représente le plus grand réservoir d'eau douce au monde ; il contient environ 29,3 millions de kilomètres cubes de glace et constitue jusqu'à 75 % de toute l'eau douce sur terre.

« On peut dire qu'il serait possible pour le Pôle Sud de nourrir la terre entière avec ses sources abondantes de nourriture (le poisson) et d'eau douce... La valeur du Pôle Sud ne tient pas qu'à sa dimension économique, mais aussi à son lieu stratégique.

« La garde côtière étasunnienne a depuis longtemps des garnisons dans la région, et la Airforce étasunienne est la force aérienne numéro un dans la région. »[18]

L'auteur de l'article contenant ces citations lance l'avertissement suivant en guise de conclusion : « Le traité du Pôle Sud (Antarctique) déclare que le Pôle Sud ne peut être exploité qu'à des fins pacifiques et qu'il ne peut devenir un lieu d'hostilités. Sinon, le Pôle Sud glacial pourrait se transformer en champ de bataille ardent. »[19]

Deux jours avant l'échéancier du 13 mai 2009 pour que « les États fassent leurs réclamations sur ce que les experts décrivent comme l'ultime grand partage de territoire maritime de l'histoire »[20], la Grande Bretagne a présenté des réclamations à la Commission des Nations unies sur les limites de la plate-forme maritime pour un million de kilomètres carrés dans l'Atlantique Sud allant jusqu'à l'océan Antarctique.

Un article de la présente série paru cinq jours plus tard relate en détails la nouvelle course pour l'Antarctique entreprise par la Grande-Bretagne et l'Australie : 2.5 millions de kilomètres carrés supplémentaires dans l'océan Antarctique furent concédés à l'Australie en avril 2008.[21]

Un journal au Royaume-Uni avait publié antérieurement un article décrivant les ambitions de Londres concernant les millions de kilomètres dans l'Atlantique Sud et dans l'Antarctique Sud : « Depuis la fin de l'âge d'or de l'empire, c'est la première fois que la Grande-Bretagne réclame des droits territoriaux d'une telle immensité à l'échelle mondiale. Et bien que l'empire britannique soit depuis longtemps chose du passé, il reste que l'Antarctique est devenu l'ultime champ de bataille pour des puissances rivales dont la concurrence se manifeste sur plusieurs fronts afin d'assurer leur mainmise sur des territoires riches en pétrole... Les revendications territoriales sur les Malouines sont les plus volatiles sur le plan politique, puisque la Grande-Bretagne et l'Argentine ont mené une guerre pour les îles il y a 25 ans, et que la valeur du pétrole sous la mer dans la région est potentiellement immense. Des tests séismaux indiquent qu'il pourrait y avoir environ 60 millions de barils de pétrole sous le plancher océanique. »[22]

L'automne dernier, une agence de nouvelles russe lançait cet avertissement sur le sens exact de l'initiative du 22 février : « Plusieurs croient que l'enjeu de la guerre de 1982 entre la Grande-Bretagne et l'Argentine, ou furent tués un millier de soldats, était les champs de pétrole et de gaz dans l'Atlantique du Sud. En ce sens, Desire Petroleum devrait y penser par deux fois avant de commencer à capitaliser sur ce qui est devenu l'objet d'un bain de sang en 1982... »

Au sujet de la revendication territoriale faite par la Grande-Bretagne en mai dernier (et qui est toujours en délibération au sein de la Commission des Nations unies sur les limites de la plate-forme continentale), le rapport de cette dernière insiste sur « l'empressement (de Londres) à prolonger sa plate-forme continentale des îles Malouines de 200 à 300 milles marins, ce qui permettrait à la Grande-Bretagne de développer de nouveaux champs de pétrole dans les îles de la Géorgie du Sud-et-les îles Sandwich du Sud », et le rapport conclut avec cette sombre admonition :

« À la lumière des hésitations de Londres et de son refus d'en arriver à un accommodement politique avec Buenos Aires, la commission spéciale de l'ONU n'aura sûrement pas des décisions faciles à prendre au sujet de la plate-forme continentale. Et nous ne pouvons qu'espérer que la Grande-Bretagne aura la sagesse de ne pas transformer encore une fois les îles des Malouines en un point chaud régional. »[23]

Contrairement à la première guerre de l'Atlantique du Sud en 1982, alors que le régime du général Leopoldo Galtieri ne jouissait pas de l'appui des autres nations de l'Amérique latine, dans l'éventualité d'une confrontation éventuelle ou d'un conflit armé entre l'Argentine et la Grande-Bretagne ayant comme point de litige les îles Malouines, les États antillais et  ceux de l'Amérique latine seront solidaires avec l'Argentine.

Si le Royaume-Uni réussit à provoquer une nouvelle guerre, lui, par contre, aura recours à ses alliés de l'OTAN pour de l'assistance tant logistique que de surveillance et autres, y inclus l'intervention militaire directe si nécessaire. Avec les États-Unis et le Canada, les alliés de l'OTAN de la Grande-Bretagne dans l'hémisphère occidental incluent la France et les Pays-Bas qui ont des possessions ainsi que des bases militaires dans les Antilles et en Amérique du sud.

La Grande-Bretagne joue avec le feu et si un nouveau conflit en résulte, celui-ci pourrait s'étendre rapidement bien au-delà des eaux au sud de l'Amérique du Sud.

Notes

13. United Press International, le 28 décembre 2009

14. Ibid

15. Reuters, le 18 février 2010

16. Agence de nouvelles Xinhua, le 19 février 2010

17. Agence d'information de Russie Novosti, le 28 janvier 2010

18. People's Daily, le 4 décembre 2007

19. Ibid

20. Reuters, le 7 octobre 2007

21. Scramble for World Resources : Battle for Antarctica Stop NATO, le 16 mai 2009

22. The Scotsman, le 23 octobre 2007

23. Voice of Russia, le 16 septembre 2009

(Traduit de l'anglais par Le Marxiste-Léniniste)

SOURCE : http://www.cpcml.ca/francais/Lmlq2010/Q40042.htm#2

[MERCI à JMarc]

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Mot clés : petrole - atlantique sud - malouines

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