Débats

"Nicolas SARKOZY, Proconsul de l’Empire" Jean-Luc Pujo

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- Article publié dans le Journal LE SARKOPHAGE - Juillet 2007 -

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Nicolas Sarkozy n’est pas Socialiste. Il n’est pas Gaulliste. Il n’est pas Républicain.

Nicolas Sarkozy n’est pas de droite, il n’est pas de gauche.

Nicolas Sarkozy est l’Homme de l’Empire.

C’est à la lecture de cette réalité nouvelle pour la France que nous devons comprendre la situation ainsi créée. Le projet porté par le nouveau pouvoir va générer de profonds bouleversements dont la France aura du mal à se relever.

Certains esprits malins ont voulu couronner Sarkozy d’un chapeau « Bonaparte ». N’est pas Napoléon qui veut ! La taille seule n’a jamais suscité le génie !

Nicolas Sarkozy est l’Homme de l’Empire, il n’est point Empereur. A peine Proconsul aux ordres de la Rome moderne, « Washington » ! En cela, les ralliements d’hommes engagés à gauche — tout comme le rejet de certains caciques de droite — s’expliquent aisément. Certains ont simplement quitté le parti de la France pour celui de l’Empire. Pas plus, pas moins. Imparable logique.

Les français — en vieux gaulois naïfs — n’ont vu que les strass, les paillettes … Rien des réseaux puissants du monde qui gouverne.

Qui donc les a ainsi instruits ? Qui a refusé de le faire ?

Aucune opposition ne fut digne du nom !

Que dire alors des traîtres, poursuivant leurs funestes desseins, trompant tous les repères, trahissant et Voltaire, et Rousseau, et Jaures, et De Gaulle…

Un bois de Boulogne autrement prostitué, re-lettre à Guy Moquet, Clémenceau couronné !

Guaino, Gallo ? Dans la fosse à Vincennes, mauvais esprits français qui se croient missionnés !

***

Voilà déjà qu’on vend la France, à la découpe, comme tous ces voyous dedans l’immobilier.

Ici, un siège au Conseil de sécurité, là, une armée et des renseignements enviés, une dissuasion nucléaire éprouvée … le tout avec armes et bagages — l’expression est pesée — sous commandement Otanisé ! Nous voilà transformé en véritable Civitates liberae !

En doutez-vous ?

Un quai d’Orsay démantelé, une diplomatie abandonnée à de vulgaires Préfets… le tout aux ordres du puissant département d’Etat de la Rome modernisée.

La défense ? Le Quai d’Orsay ? De simples factotums, des porteurs de courriers !

Sur tous les dossiers importants, alignement : Darfour, boucliers anti-missiles, Iran, Liban, Syrie, Palestine… messages distanciés pour Pékin et pour Moscou, le dos tourné !

Et déjà, l’on devine la voix de nos préfets vulgaires au sein de l’OMC — sur les plus importants dossiers (AGCS, Agriculture…) — au sein du FMI, de la mondiale banque… La petite province définitivement soumise à la loi de l’Empire, à la loi du marché !

Plus de France ! Plus de français ?

Avec le projet mondial qui nous est imposé, la société française va être profondément bouleversée !

Tous les secteurs de notre société sont concernés pour que soit adoptée une société hiérarchisée, segmentée …

La manœuvre sociale, juridique et politique, est d’ores et déjà lancée.

Il s’agira, d’abord, de substituer à notre vieux contrat social, fruit d’une histoire sociale multiséculaire ou récemment porté par les hommes de progrès — communistes et les gaullistes rassemblés —  un nouveau projet de société.

Le programme est d’une extrême simplicité : il faut au préalable tuer le syndicalisme français, dernière source de résistance à la logique de l’Empire, du marché.

On achètera les syndicalistes avec une déconcertante facilité : pensez donc ! Des militants ouvriers — moqués et menacés — se voyant tout à coup proposer un capitalisme d’actions !

 « Prostitution » ou « participation » ? Qui oserait ainsi les incriminer ?

Déjà les syndicats saluent « la réhabilitation de la démocratie sociale » et les commentateurs concluent en un « état de grâce persistant ». On croit rêver.

Il s’agira, ensuite, d’élaborer une loi générale, celle de la province.

La Constitution républicaine n’ayant plus raison d’être, il faudra adopter une Lex provinciae. La voilà annoncée : c’est le fameux « mini traité » !

D’ailleurs, une Constitution pourquoi faire ? Nous avons quitté la République pour rejoindre le puissant Empire. Les conclusions doivent être tirées !

Plus de Cour de Cassation ! Plus de Conseil d’Etat ! Plus de Conseil Constitutionnel !

La loi suprême est celle de Bruxelles, magnifique sous-préfecture de l’Empire. Nos jurisprudences doivent sur ordre s’aligner !

Il s’agira, enfin, d’effacer tous les repères de notre société politique, celle des citoyens qui pensent intérêt général, rapports de forces, valeurs, traditions… histoire.

En France la tâche est difficile, pour arriver à déstructurer un vieux champ politique très élaboré.

La méthode est délicate mais bel et bien déjà rodée dans les pays sous-développés.

S’attaquer à une vieille démocratie nécessite de sacrés moyens et des techniques d’une évidente subtilité.

Notre espace politique a d’abord été vampirisé par des moyens de communications — essentiellement télévisuels — d’une grande efficacité, très bien maîtrisés.

La télévision a généré des modes de pensées et des manière de consommer ayant pour principale incidence, une transformation de la structuration mentale : nous réfléchissons profondément différemment selon que la pensée est structurée par l’ordonnateur « conso-télévisuel » ou selon qu’elle est structurée en savoir raisonné délivré par le maître d’Ecole ou d’Université.

La maîtrise du champ de la pensée, de sa structuration même, a permis à ceux qui maîtrisent l’outil d’imposer un mode de décision particulièrement vicié : les individus choisissent par eux mêmes ce que le donneur d’ordre a décidé de voir sélectionné.

Ces méthodes n’ont pas épargné le champ politique français.

Après l’attitude des politiques français sur l’Irak puis l’échec programmé de l’Européen Traité, la France semblait chercher à s’émanciper : l’annexion s’imposait !

Cette opération a nécessité la destruction de toute la droite française, champ le plus fragile et le plus aisé à manipuler quand la Gauche a depuis 1995 généré en son sein de véritables réseaux de résistance fortement fédérés en 2005.

Mort du Gaullisme et du néo gaullisme — Chirac, de Villepin haïs par l’Empire — Mort de la démocratie chrétienne — Bayrou, n’est pas plus achetable. Mort du nationalisme extrême — avec le coup de grâce de 2002 : un second tour totalement raté, c'est-à-dire l’incapacité révélée de porter ces idées à l’Elysée.

Totalement discréditée, la droite française a été laissée en jachère puis cédée à ce nouveau parti de la « force mondialisée » !

Des électeurs désemparés, une bourgeoisie réduite à la défense de ses seuls intérêts financiers, un capitalisme français aujourd’hui mondialisé jouant dans la cour de l’Empire, avec de réels succès…

La manœuvre a été subtile, le discours relayé par les médias aux mains des grands groupes financiers : Bouygues, Lagardère, Arnauld, Bolloré …

Nicolas Sarkozy a dès lors appliqué les méthodes élaborées par les spécialistes américains de la communication politique, mêlant sciences dures et sciences humaines à des niveaux de qualités insoupçonnés : statistiques, probabilité, psychologie individuelle, collective, psychosociologie, sciences des comportements, sciences des symboles, sciences du langage …techniques d’expression dignes des plus sombres officines de propagandes.

Pour qui a un peu étudié les discours de Nicolas Sarkozy, leur variation — thématique  et de structuration —, il est possible de mesurer le degré  extrême de la manipulation.

Ainsi, certains discours mêlent un hommage à Jaures et à Blum avec un hommage à la pensée des « Chicago Boy’s ». Ils seront alors présentés par les officiers de la médiasphère comme les archétypes de discours politique à la pensée toute cohérente !

De la même façon, l’impossibilité pour qui que ce soit de lier Nicolas Sarkozy — homme neuf —  au bilan d’un homme, ministre depuis plusieurs années, est révélatrice d’un champ de communication déstructuré, irraisonné.

Déstructuration du champ politique, manipulations … sont les clés de cette élection, véritable OPA réussie. Succès de techniques durement éprouvées.

La France a ainsi été conquise — violentée — après que la droite eut été éradiquée, et l’électorat manipulé.

***

Le visage de la France est aujourd’hui profondément mortifié.

La Droite mondiale a décidé  de diriger directement notre province administrée.

Alors ? Fin de la France ?

Deux pages historiques semblent illustrer le choix auquel la France est aujourd’hui confrontée.

Ou bien Alésia, la défaite guerrière de ce jeune et valeureux chef gaulois. C’est la mort de la Gaule, c’est la mort de la France.

« Alésia, c’est beaucoup plus qu’une défaite, c’est la mort d’une âme remplacée dans le même corps par une autre âme, ou, si c’est la même âme, c’est une âme vidée  de tout souvenir, une âme dont la mémoire est abolie (…) D’autres lois, d’autres usages et, ce qui est pis que tout, une autre langue vont la remplir ».

Ou bien le Latium sous les Antonin et cette « communion des âmes », rapportée par Horace !

« La Grèce captive captiva son farouche vainqueur et introduisit les arts dans le rustre Latium… »

Triste choix, en effet ! Alors, fin de la France !?

« L’historien devrait comprendre que les causes perdues n’étaient pas de toute éternité vouées à la défaite. Et souvent à combien peu a-t-il tenu qu’elles triomphassent ? Il faut réagir contre cette tendance au fatalisme ; il faut de temps à autre s’arrêter. Il faut imaginer que ce qui a été aurait pu être tout à fait autre. »

La France — Cité radieuse, République sociale, « Liberté, Egalité, Fraternité » — La France même petite, blottie ; la France restera là….en nous !

Car la France « glorieuse et triste comme le lendemain d'une victoire, et comme la veille d'un autre combat (…) La France est pleine surtout de foi. »

Oui, la France, nous la retrouverons, là — toujours — avant qu’à la lumière d’une pensée révolutionnaire, qu’à la faveur de circonstances nouvelles, elle incarne  à nouveau — aux yeux de l’humanité — cette folle espérance, ce sentiment irrépressible, humain trop humain : un « éternel besoin de justice » comme promesse éblouissante d’une humaine fraternité !


Sous l’Empire Romain, les Proconsuls étaient les gouverneurs des provinces sénatoriales ;

Civitates liberae : Cités qui ont été conquises et se sont ainsi mises à la discrétion du vainqueur. Elles avaient des devoirs, en particulier de fournir des troupes et des vivres !

OMC : Organisation Mondiale du Commerce ;

AGCS : Accord général sur le commerce des services qui engage notre avenir à tous ;

FMI : fond monétaire international à l’action dévastatrice ;

Conseil National de la Résistance ;

  Lex povinciae : sous l’empire Romain, le statut de la province était fixé par une Lex povinciae — loi de la province — établie par le magistrat vainqueur et par une commission de dix sénateurs délégués à cet effet.

« Depuis que Rome détruisit Carthage, aucune autre puissance n’atteint les sommets où le nouvel Empire est parvenu ! »

Contrairement à ce que prétend Serge Hallimi, dans un article par ailleurs fort intéressant, il n’y a pas eu de démarche gramscienne de la droite mais manipulation très élaborée — « Les recettes idéologiques du président Sarkozy » Le monde Diplomatique, juin 2007 ;

Contrairement à la lecture consternante répandue dans la plupart des médias sur la conquête de la droite par Nicolas Sarkozy — cf. l’article décevant de Michel Marian — revue ESPRIT — juin 2007, p. 148 ;

Voir l’analyse intéressante sur le malaise français de William Pfaff «  In Sarkoland » The New York Review of Books, June 14,2007.

« La Gaule » Ferdinant LOT ;

« L’Edit de Caracalla , ou plaidoyer pour des Etats-Unis d’Occident », Régis Debray, Fayard, février 2002, le plus fulgurant des essais français de ces dernières années ;

« La Gaule » Ferdinant LOT ;

Paraphrase d'Alphonse de Lamartine « Histoire des Girondins » ;

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