Débats

"Maroc : Des jeunes marocains s'attaquent à une obligation coranique, le ramadan" par Julien LARIEGE

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Des jeunes marocains ont manifesté publiquement leur refus de faire le ramadan. Cet acte largement commenté au Maroc, par les médias comme par les hommes politiques, a été à l'origine de vives polémiques et d'une action en justice.

Tout débute le 13 septembre 2009, six jeunes se réclamant d'un mouvement créé sur facebook, le Mouvement Alternatif pour les Libertés Individuelles (MALI), sont arrêtés à la gare de Mohammedia par des policiers. Ils projetaient de se rendre dans une forêt toute proche pour un pique-nique improvisé en pleine journée durant la période du ramadan. Les forces de sécurité présents sur les lieux saisissent des sandwiches dans des sacs comme des pièces à conviction. Les militants du MALI revendiquent clairement leur démarche comme un acte politique. Ils protestent contre des arrestations récentes de personnes ayant rompu publiquement le jeûne dans plusieurs villes du royaume et stigmatise un article du code pénal (l'article 222), dont il demande l'abrogation. L'article stipule que "Tout individu connu pour son appartenance à l'islam qui rompt ostensiblement le jeûne dans un lieu publique est passible d'une peine de un à six mois d'emprisonnement et d'une amende".

L'affaire est relatée dès le lendemain dans la presse et les prises de position des interpellés sont presque unanimement condamnées. La mouvance islamiste s'indigne contre cette attaque inadmissible portée contre un pilier de l'islam et réclame la plus grande fermeté. Un ouléma Mustapha Benhamza dénonce "ces gens qui ne font qu'entacher l'image de notre pays (...) qui touchent négativement aux valeurs de l'Etat et de la société marocaine au nom d'une liberté sans limites". Les partis politiques condamnent en bon ordre ces "provocations ". Le jeunesse du parti socialiste USFP lance un appel pour une manifestation devant la gare de Mohammedia pour réaffirmer le "consensus autour des fondamentaux nationaux". Le quotidien arabophone Al Alam proche du parti Istiqlal évoque dans un article très virulent "ceux-là ne sont pas des nôtres" Quelques jours plus tard, le quotidien francophone l'Economiste résume dans un éditorial l'embarras et l'inquiétude de nombreux intellectuels qui réclament généralement une ouverture politique et culturelle: " Face à ce type de comportement la société pourrait se sentir agressée dans ce qu'elle ressent comme essentiel et identitaire et serait alors tentée de se refermer et mettre ainsi fin au processus de libéralisation en cours". Rares sont les soutiens, une partie de l'extrême gauche et des militants des droits de l'homme affiliés à l'Association marocaine des droits humains (AMDH) tentent d'assurer la défense des intérêts des accusés.

Le MALI, qui revendique 600 adhérents ou sympathisants est principalement représenté par deux jeunes femmes une médecin psychologue demeurant à Rabat, Ibtissam Lachgar et une journaliste Zineb Laghzaoui. Elles déclarent que leur mouvement "n'est pas anti-islam" et font valoir la signature par le Maroc de conventions internationales garantissant la liberté de conscience. Elles sont, comme d'autres militants du MALI, inquiétées par les services de police et soumises à des interrogatoires. Face au tollé médiatique un conseiller du roi Mohammed Mouatassim est nommé pour suivre l'affaire. Il annonce la mise en oeuvre d'une procédure judiciaire. Toutefois, après plusieurs jours d'agitation médiatique et politique, les accusés sont avertis par la justice que la procédure est close et qu'il ne font plus l'objet de poursuites. La décision est très mal appréciée par la mouvance islamiste qui annonce la création d'un mouvement intitulé "touche pas à ma religion".

Le débat est provisoirement clôt, vraisemblablement par le palais royal qui s'empare régulièrement de nombreux débats suscités par tel ou tel mouvement ou groupe de citoyens et définit une position qui s'impose à tous. Deux jours plus tôt, le 25 septembre, le quotidien Attajdid, de sensibilité islamiste, réclamait dans sa "une" l'interdiction d'un roman jugé immoral de Mohammed Zafzaf figurant au programme de l'éducation nationale, ce roman encourageant selon la publication la consommation d'alcool, l'adultère comme la révolte contre l'autorité parentale...L'occasion d'un nouveau combat idéologique et culturel.

Julien Lariège. politologue, spécialiste du Maghreb, auteur notamment de "Islamistes algériens au coeur de l'Europe" Edition Ellipses (2006).

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Mot clés : Julien Lariège - Maroc - Ramadan

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