Débats

« La Gauche au défis de relever la Nation » par JLuc Pujo dans LE SARKOPHAGE

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- Article publié dans le Journal LE SARKOPHAGE - Novembre 2009 - 

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Noirs, juifs, arabes, corses, bretons, martiniquais, homosexuels… la question des identités se présente à la Gauche française comme une véritable quadrature du cercle.

Incapable de résoudre l’énigme, le socialisme français connaît ainsi une véritable errance intellectuelle, qui révèle un divorce profond, essentiel : celui du socialisme d’avec lui-même.

Par un mécanisme complexe fait de glissements subtils, s’est imposée peu à peu – de combats antiracistes en combats pro-communautariste – une logique destructrice de la première des communautés politiques : la Nation.

« Filon communautariste », « culture victimaire », « érection de communauté fantasmée » (Landfried),  tout a préparé l’avènement d’une parcellisation du champ politique au service d’une logique dont nous allons ici même pouvoir révéler le dessein subtil et ses conséquences.

Les lois Gayssot, Taubira, - si elles ont reconnu une souffrance – ont donné naissance à un projet « postmoderne » qui concurrence celui – bien supérieur – de la collectivité nationale républicaine, l’affaiblissant du même coup.

Cet élan a connu des correspondances ailleurs dans le monde, aussitôt érigée en modèle d’une émancipation politique véritable : l’Amérique du Sud et son « outing » identitaire sur l’Indianité, au Pérou, au Brésil, au Venezuela donne à penser que la voie royale se trouve là.

Qui ne voit l’incohérence de ce parallèle quand les Indiens massacrés, se voient simplement proposer d’entrer – enfin – dans le champ politique où ils étaient niés pour ce qu’ils étaient.

A-t-on jamais vu en France, nos « Noirs, juifs, arabes, corses, bretons, martiniquais, homosexuels … » niés dans le champ politique au nom de leur seule singularité proclamée ?

Pour qui n’ignore point l’histoire républicaine de la France, la confusion des genres est donc totale. Nous ne sommes pas aux Etats-Unis qui brûlaient encore leurs Noirs dans les années 50 au moment même où Senghor – diplômé de Normal sup - partait enseigner sa langue, notre langue, au fin fond de son pays, le nôtre, la France.

Ce schéma identitaire se marie exceptionnellement bien avec des schémas plus globaux dont la révélation permet d’entrevoir le dessein magistral qui nous est imposé.

Ainsi, le projet d’Europe fédérale épouse avec malignité une communautarisation qui permet et fait vivre le projet de dépassement national.

Charte des langues régionales,  convention cadre pour la protection des minorités, charte de l’autonomie locale et régionale, charte de Madrid… un ensemble d’outils a été mis en place pour dépouiller les Nations de leurs responsabilités au profit d’une vision ethnoculturelle, racialiste assurant le triomphe de la nouvelle Babylone : Bruxelles.

« Le but révélé est de dégager le substrat ethnique de sa gangue étatique avant de procéder à de nouvelles combinaisons » (Hillard)

Cette ambition est portée par une double démarche, politique et intellectuelle. Une entité européenne la défend : l’Allemagne, riche de sa conception ethniciste. Un courant intellectuel l’alimente : l’ultra libéralisme, travaillant à l’évènement d’un Marché tout puissant, au service des seuls segments de consommateurs.

Que vient faire le Socialisme français dans cette galère ?

Il faut le reconnaître, le socialisme français – réduit au seul Parti socialiste - est exsangue.

La médiocrité intellectuelle et philosophique des cadres socialistes français n’a rien à envier à leur médiocrité comportementale où le pathétique le dispute à l’immaturité.

Il n’y a plus de pensée socialiste. Il n’y a plus de penseur socialiste dans ce parti réduit à une simple SFIO, en phase terminale.

Mais les enjeux intellectuels sont autrement plus graves.

En renonçant à toute pensée socialiste, le Parti socialiste a ouvert la voie à une destruction programmée de la Gauche.

En divorçant d’une analyse marxiste qui avait ses mérites, le Parti socialiste est devenu le partenaire privilégié de l’avènement du Marché.

Comment dés lors s’étonner ? Fabius a instauré les stock-options, Bérégovoy la libre circulation des capitaux, Strauss-Kahn les Subprimes ?

Il faut alors accepter la vérité : notre situation actuelle résulte de trente ans de partage du pouvoir quasi égal entre deux forces politiques libérales : l’une de droite, l’autre de gauche !

Tout naturellement, le Parti socialiste a peu à peu révélé son dessein inavoué à travers un vieux concept réactionnaire - ici réactualisé - le social-libéralisme.

La fin de la Lutte des classes a ainsi accompagné un changement axiologique fondamental. Là où l’axe vertical de « la lutte des classes » révèle le rapport de domination et d’exploitation, le Socialisme français a substitué une axiologie horizontale, celle des rapports sociaux et identitaires. Ce faisant, le socialisme français a été contraint d’alimenter un discours « égalitariste » entre des communautés tout à coup promues au rang d’entités politiques majeures.

Parce que la nature conflictuelle des rapports entre communautés pose problème, le Socialisme français est aujourd’hui tenté de transposer le terrain conflictuel - qui lui permet d’exister comme force de médiation - dans un champ autrement nouveau : le champ environnemental. Il commet là une nouvelle faute quand l’environnement est certainement un des champs les plus appropriés pour expliciter aujourd’hui la réalité d’un système d’exploitation inadmissible.

Ces deux démarches masquent un renoncement historique à ce qui a fait la grandeur du Socialisme français.

Mais qu’est-ce donc que le Socialisme ?

L’Idée socialiste répond d’abord a une question fondamentale qui va resurgir  avec autrement plus de virulence : qu’est-ce que l’Homme ?

Le socialisme conçoit l’Homme comme enfant des Lumières. Il le promeut – de manière indifférenciée - au nom de l’égalité par l’éducation.

Il assure par le combat politique son émancipation dans le champ économique et social.

Le socialisme est en fait une immense œuvre d’émancipation politique et philosophique.

Il complète à ce titre toute la démarche entreprise par la Révolution Française, il en est l’incarnation, le foyer vivant, la prolongation intellectuelle et symbolique.

Le Socialisme c’est donc un Idéal, une pensée politique qui se prolonge dans le mouvement. Il est aussi une dialectique qui tente de réussir à donner corps à cette pensée des Lumières, toujours inachevée, parce que son «ontologie est téléologique » (Cassirer).

C’est ainsi que nous devons comprendre Jaurès : « Le Socialisme, c’est la République jusqu’au bout ».

La République - bien sûr ! - au service d’une seule communauté : une Nation libre de citoyens émancipés.

Face à cette réalité politique et philosophique – le citoyen qui s’élève en Homme vers une réalité supérieure à sa propre singularité - que vaut le distinguo « Noirs, juifs, arabes, corses, bretons, martiniquais, homosexuels … » ?

Le piège dans lequel est enfermé ce pauvre parti socialiste est donc un piège  infernal.

Réapprendre le socialisme, cela veut dire indubitablement réapprendre la Citoyenneté, la Nation, la République.

« La patrie, la nation, voilà la forme suprême des sociétés humaines, le principe fondamental du progrès (…) la patrie a des devoirs envers elle-même, mais elle a aussi des devoirs envers toutes les patries. Elle est la meilleures manière que l’histoire ait fournie aux hommes de vivres en commun, de se secourir, de travailler ensemble, de s’aimer davantage, mais cet amour, ce travail, cette aide demeurent le but suprême du genre humain. » (Camille Julian)

Relever le Socialisme apparaît alors étroitement liée à une mission aussi iconoclaste que révolutionnaire : « relever la France ».

Or, nos élites ont divorcés d’une certaine Idée de l’Homme incarnée par une certaine Idée de la France. Les Lumières sont abandonnées par ceux-là même qui étaient sensés les protéger. Nous voilà - en fait – au cœur du problème.

Les médiocres dirigeants socialistes - issus de la bourgeoisie - reproduisent ainsi un schéma classique. Ne s’agit-il pas de préparer l’avènement d’une élite mondialisée ?

Relever la France pourquoi ? Pour qui ?

Porter une certaine Idée de la France, c’est tout naturellement porter une certaine Idée de l’humanité, héritée des Lumières. C’est donc tout naturellement porter une volonté d’émancipation de l’Europe.

Qui ne voit cette réalité : les vraies puissances mondiales – Etats-Unis, Israël, Chine, Inde, la Russie renaissante, le Brésil – sont d’abord et avant tout de grandes Nations ?

Le destin de l’Europe lui est chaque jours – depuis un demi siècle -  contesté. Tout a été fait pour que l’Europe soit ce  continent impuissant qui jour après jour s’agenouille devant les forces de l’Empire et du marché.

Une armée Otanisée, une diplomatie décérébrée : Nous voilà devenu un continent d’eunuques, gardiens d’un sérail européanisé : l’Euro et sa pseudo prospérité économique.

Dans le même temps, les Nations ont été largement dépecées.

Qui donc sera capable de libérer notre continent où 200 bases américaines installées en Allemagne et 137 bases en Italie le soumettent depuis 1945, sans plus aucune raison ?

Qui lèvera des troupes ? Qui émancipera ce continent intellectuellement mort ?

Seule une pensée révolutionnaire, prenant appuis sur les bases solides – la pensée des Lumières - réveillera l’Europe pour la relever, lui donner cette capacité d’incarner à nouveau la « Cérébralité du monde ».

Une seule Nation est capable aujourd’hui de porter cette révolution.

Seule la France – redevenant « ce dard de l’esprit dedans la chair du monde » – peut porter cette profonde révolution, car seul « le génie de la France est tout entier dans le refus qu’on puisse encore discipliner  les peuples au prix de leur saint abêtissement » (de Diéguez).

La France doit redevenir cette Nation porteuse de ce rêve éveillée : des citoyens égaux, libres et responsables au service d’un dessein supérieur : l’émancipation des  Hommes, de tous les Hommes… Message Universaliste, « donnant ainsi toute validité aux idées juridiques et philosophiques des pères fondateurs » (Claude Nicolet)

Seule la Gauche – fidèle à sa tradition politique et philosophique – peut relever le défi !  La droite française est morte, lobotomisée puis perfusée intellectuellement par une pensée néo con’s  dirigée de l’étranger. Le programme est annoncé : relever la Nation par la République !

Autour de cet immense projet, nous verrons alors se lever des français de tous bord - « guerriers de la raison,  capable de ré enfanter la France des inventeurs de la liberté » (de Diéguez) – venu célébrer les retrouvailles de la France avec elle-même !

Alors, ce jour là, la France retrouvera « son rôle d’annonciatrice des feux de l’humanité » ! Et ce jour là, enfin, nous chanterons la liberté perdue, elle sera retrouvée.

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