Débats

« Non, les Français n'ont jamais accepté l'Occupation » Par Paul-Marie Coûteaux

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[A contre courant de la pensée dominante : 1) dès 1940, des français ont résisté ! 2) La Droite française a fourni parmi  les meilleurs éléments chez les premiers résistants ! N'oublions pas - Jluc Pujo]

Soixante-dix ans après la révolte étudiante du 11 novembre 1940, l'essayiste Paul-Marie Coûteaux témoigne de la place prise par la droite française dans la Résistance de la première heure.  

Le 11 novembre 1940, plusieurs milliers d'étudiants et de lycéens, peu à peu rejoints par des passants, remontèrent les Champs-Élysées pour honorer la tombe du soldat inconnu sous le nez de l'armée allemande. Un temps prise de court, la Wehrmacht se ressaisit et réprima brutalement la manifestation patriotique. En résulta de nombreux blessés, un millier d'arrestations, bien des jeunes étant recueillis et protégés par les riverains.

Il y eut des simulacres d'exécution, des disparus ; devant l'agitation qui enfiévrait le Quartier latin, le général Oberg, commandant de la place de Paris, promit un bain de sang en cas de récidive et fit fermer toutes les universités de la capitale, les étudiants étant obligés de se réinscrire. Significative fut la sympathie que leur manifestèrent ce jour-là les Parisiens : le fleuriste auquel ils avaient commandé une petite gerbe leur offrit une immense croix de Lorraine ; un balayeur prit à partie des soldats allemands qu'il roua de coups avant d'être lui-même passé à tabac. Le préfet de police Langeron avait tout fait pour protéger la manifestation. Accusé de sympathie gaulliste, il fut arrêté par la Gestapo - son successeur découvrira qu'il abritait dans son secrétariat la confection d'une feuille clandestine, «France», qui appelait à la manifestation du 11 novembre.

Cet épisode, sans équivalent dans l'Europe occupée, révéla ce que tout le monde savait, que les Français n'acceptaient pas la soumission : leur seul tort était d'avoir perdu la guerre et de vivre, non point «couchés», mais plaqués sous la botte. S'ils crurent un temps trouver un secours dans l'image tutélaire du «vainqueur de Verdun», cette illusion s'évanouit peu à peu avec Montoire, le mot «collaboration» et la politique de Laval, «l'homme le plus haï de France». Il est faux de limiter la Résistance française aux maquis et à quelques héros, à juste titre honorés, mais décrits comme une poignée isolée. Outre qu'il y eut quelque 210.000 Français internés ou envoyés en camps pour faits de résistance et que 50.000 résistants, souvent «occasionnels» et non enrôlés dans les maquis, quelquefois fusillés dans la cour de leur ferme pour avoir abrité partisans ou parachutistes, une «nébuleuse du dévouement» a sans cesse relayé les réseaux, rares étant les Français qui se dérobaient quand se présentait une occasion de jouer un mauvais tour à l'occupant, souvent au péril de leur vie.

Il est curieux que ce 11 Novembre-là soit si méconnu - exceptons le passionnant ouvrage de Maxime Tandonnet, Un autre 11 Novembre. Sans doute souffre-t-il aux yeux des bien-pensants d'une tare originelle : il eut pour origine des étudiants royalistes de la «corpo» de droit de la Sorbonne, fait d'autant plus gênant pour la pensée dominante que le gros de la Résistance de gauche ne se manifesta qu'après 1941 ; comme l'ont établi Alain Griotteray, Albert Chambon, Maurice Delarue ou François Fleutot dans une série d'ouvrages hélas passés sous silence, les premiers résistants étaient «de droite», et spécialement «nationalistes» - eux ne cédaient ni au pacifisme ni à cet internationalisme qui cachait souvent un certain dédain pour la nation. Ainsi de Gaulle d'ailleurs, qui, dans les premiers temps de la France libre, substitua à la trop républicaine enseigne «Liberté, égalité, fraternité» la toute différente devise «Honneur et patrie», et qui fut entouré d'une cohorte de royalistes, quelquefois anciens «cagoulards», et d'une bonne partie de l'armorial français dont on n'en finirait pas d'égrener les noms. Souvent catholiques, leur geste ne répondait pas tant au réalisme qu'à la vieille vertu d'Espérance : Contra spem, in spe, «espérer contre tout». Tout cela fut gommé ou récupéré depuis la Libération par la nouvelle hégémonie intellectuelle qui en profita pour disqualifier la «droite» sous l'accusation de pétainisme : pour la bonne gauche, rien ne se fit en 1940 contre l'occupant, puisqu'elle ne fit elle-même à peu près rien. Il est sidérant d'écouter aujourd'hui tout lycéen ou étudiant moyen répéter ce que la pensée dominante a réussi à faire entrer dans les têtes à force de rabâchage «éducatif» et médiatique, que les Français furent «collabos» ou du moins s'accommodèrent de l'Occupation. Après Bernard-Henri Lévy assurant dans son Idéologie française (1981) que «Vichy» ne faisait que révéler l'âme noire de la France, c'est-à-dire un permanent fascisme que la victoire de Hitler aurait mis au jour, cette antienne est reprise sous mille formes, si prégnantes dans les esprits qu'elle toucha jusqu'aux plus inattendus : tel Jacques Chirac commémorant en 1995 la rafle du Vel d'Hiv en déclarant que «ce jour-là, la France commit l'irréparable» comme si l'ordre donné par le général Oberg procédait d'une quelconque légitimité française ; et aussi, hélas !, Régis Debray qui, dans une récente préface à la réédition des Discours de guerre du général de Gaulle (Perrin), s'oublie lui-même jusqu'à écrire que, en 1940, « la France ne souhaitait plus qu'une petite place dans l'Europe allemande» - à cet étonnant mensonge, il nous faut répondre *.

La nouvelle vulgate de la France résignée, tout aussi excessive que le fut à la Libération le mythe d'une France uniformément résistante (mais celui-là fut constructif), est désespérément ravageuse. Faut-il culpabiliser la France, la décrire alignée dans l'ordre européen d'alors pour mieux l'intégrer dans celui d'aujourd'hui ? Des élites qui haïssent leur peuple nient sa résistance profonde, comme elles ont nié le «non» du référendum de 2005. C'est manquer à l'Espérance et à la Charité, et c'est aussi jouer avec l'âme, c'est-à-dire avec le feu, et sans doute ne faut-il pas chercher ailleurs l'actuel mauvais vouloir des Français à respecter les exigences minimales du bien commun : de la culpabilisation née de la déformation systématique de notre attitude sous l'Occupation (il est significatif que l'on dise «sous Vichy» comme si l'occupant n'existait plus) à l'actuelle «haine de soi» qui nous mine, de la déformation permanente de notre passé colonial et d'une histoire nationale qui, de la Saint-Barthélemy à Napoléon, n'aurait été qu'une succession de crimes, à l'actuelle irresponsabilité générale des Français vis-à-vis de la France, il n'y a qu'un pas. C'est pourquoi il importe de rétablir des vérités que les idéologies ont brouillées depuis deux générations, et de célébrer aussi la manifestation du 11 novembre 1940 si emblématique, et à plus d'un titre.

* À cet effet, lire : «Lettre ouverte à Régis Debray» (Éditions Xenia)

SOURCE :

http://www.lefigaro.fr/mon-figaro/2010/11/10/10001-20101110ARTFIG00734-non-les-francais-n-ont-jamais-accepte-l-occupation.php

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