Débats

« C’est le français qu’on assassine » de JP. Brighelli - Critique d'Albert SALON

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« C’est le français qu’on assassine » de JP. Brighelli ; Blanche 2017

Jean-Paul Brighelli, normalien et agrégé de lettres, est l’une des très grandes voix en France qui s’élèvent avec esprit, et une ironique et efficace véhémence, dans un style limpide et une langue riche qui sait être rabelaisienne, contre le sabotage-sabordage de notre « Éducation nationale ». Ciblé en 2005 par notre auteur dans « La fabrique du crétin » puis un an plus tard par « À bonne école », notre enseignement public à la dérive est à nouveau placé devant ses responsabilités dans l’assassinat du français et, par lui, de la Nation.

Il a voulu faire de son ouvrage – « œuvre politique » - salutaire, à la fois le constat lucide, sans concession, de nos renoncements et du désastre, l’exaltation de nos capacités, et le programme de notre survie de Nation et de Civilisation, pour retrouver les cimes, les Lumières.

Il dénonce l’individualisme qui dissout la citoyenneté, un rousseauisme devenu fou dans le « constructivisme ». Il fustige l’obsession de l’utilité et de la communication immédiates. « Le français est une langue réfléchie, construite sur un passé prégnant, des allusions multiples, des références dissimulées. Une langue pleine de plis et de replis. Une langue écrite et littéraire, même à l’oral ». Tous ceux qui voient en elle une simple langue de communication, remplaçable ad libitum et ad nauseam par un « globish » indigne de l’anglais de culture, « sont des ânes, ou des collabos ». Il rejoint là Michel Serres et Claude Hagège. « Collabos » : il n’hésite pas à montrer notre soumission à l’ultra-libéralisme - à usage externe - de l’empire anglo-saxon, la volonté de créer, par la déculturation, et par la pensée unique fondée sur une langue unique au contenu et au vocabulaire raréfiés, un homme unidimensionnel, prêt à toutes les vassalités. « Temps du mépris ». Enfants laissés en friche : « offerts au djihad ».

Il cloue au pilori les responsables : une alliance de néo-libéraux mondialistes, d’ anticolonialistes tiers-mondistes et de libertaires post-soixante-huitards ; le groupe de Bilderberg ; les idéologues d’une certaine gauche qui, aidée par « une droite grugée par de pseudo-experts », distille « la haine de l’État-nation », abandonne le peuple français en cassant ce qui fut le superbe ascenseur social républicain, et cherche, notamment dans l’immigration, à « élire un nouveau peuple » (Brecht) censé être plus proche de ses petits intérêts. « L’École crève de l’Europe, elle crève du libéralisme dans sa version finale, de la financiarisation de la pensée, de l’abandon du facteur humain. Elle crève de la nation niée et de la patrie moquée ». « À force d’autoriser et d’encourager le grand n’importe quoi, l’École ne permet plus aux enfants de la rue de sortir du caniveau. Elle perpétue les héritiers ».

Jean-Paul Brighelli, qui voit, dans cette « amnésie programmée », « une mise à mort volontaire, implacable, et sophistiquée », nomme à plusieurs reprises les principaux déconstructeurs de ces dernières décennies : les Jospin, Allègre, Meirieu, Lussault, Fioraso, Thélot, Vallaud-Belkacem, voire Bayrou et Schiappa, en plaçant cependant un espoir en Jean-Michel Blanquer.

Après un délicieux tableau des qualités et atouts de notre « langue-monde » et « mythe », JP. Brighelli nous exhorte à reconquérir l’École, le français « outil de notre survie », à ré-affirmer notre civilisation, à ré-inventer les Lumières. Il nous en offre les clefs dans un dernier chapitre bouillonnant d’une énergie qui ne demanderait qu’à s’employer au plus haut niveau possible, pour impulser le redressement de l’enseignement, de l’ascenseur social, de la France, de la société, et les remettre, mieux qu’« en marche » : en montée, en élévation. 

Albert Salon.

 

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