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VENEZUELA : "Combat pour la souverainté" Entretien exceptionnel avec Michel MUJICA - ambassadeur (RÉVEIL des Combattants)

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Venezuela : Depuis plusieurs années le Venezuela est en proie à une grave crise politique téléguidée et attisée par Washington. Les conséquences sur l’économie et la population sont catastrophiques. Nous avons rencontré Michel Mujica Ambassadeur du Venezuela en France. Entretien…

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AVRIL 2019

LE COMBAT DE LA SOUVERAINETE

L’élection de Donald Trump a accéléré la déstabilisation du Venezuela. Cette opération n’a-t-elle pas commencé bien en amont ?

 : Le plus important est de ne pas oublier l’application du principe d’extraterritorialité mis en place par Obama à partir de 2015. La déstabilisation des gouvernements progressistes et démocratiques en Amérique Latine a commencé par le Honduras, le Paraguay, ensuite la défaite de Cristina Kirchner en Argentine a conforté les américains dans l’idée que « le moment était propice ».

L’offensive contre le Brésil a alors démarré ?

Michel Mujica : La démolition du parti des travailleurs (PT) au Brésil avec la mise en cause et les accusations contre le Président Lula, jusqu’au limogeage de Dilma Rousseff, totalement innocente des accusations de corruption dont elle a fait l’objet, a été une pièce maîtresse du dispositif de Washington. Il s’agit là d’un véritable coup d’état parlementaire et institutionnel. Cela a été un coup très dur porté aux processus démocratiques dans les pays d’Amérique Latine.

Faut-il y voir une volonté de domination Nord-américaine sur l’ensemble du continent ?

Michel Mujica : C’est la poursuite de la doctrine Monroe qui vise à faire de l’Amérique Latine et Centrale l’arrière-cour des USA. Washington n’a jamais abandonné l’idée d’imposer sa politique au peuple latino-américain en intervenant dans leurs affaires sur les décisions de leur gouvernement et jusque dans le choix de leur dirigeant. Ils ont également profité de la mort du Président Chavez pour « récupérer le temps perdu ».

Dans les faits, les actions punitives contre le Venezuela supposent l’application du même modèle interventionniste appliqué avec une particulière intensité contre Cuba en 1962 ; contre le Chili entre 1970 et 1973 ; contre le Nicaragua à partir de 1979 ; contre l’Iran et l’Irak depuis les années 1980, contre plusieurs pays d’Afrique pendant plusieurs décennies et, plus récemment, contre la Syrie, la Libye et la République démocratique de Corée, parmi d’autres nations.

Une stratégie de chaos et d’étouffement économique ?

Michel Mujica : Dans le cas du Venezuela, comme l’ont affirmé dans diverses déclarations les plus hautes autorités des Etats-Unis, il s’agit de refuser des ressources économiques, de perturber les activités financières et d’empêcher le libre exercice des activités commerciales, y compris l’accès aux aliments, à des médicaments et des produits de base, jusqu’à provoquer un chaos de nature humanitaire. Permettez-moi de citer l’ex ambassadeur américain en Colombie puis au Venezuela, William Brownfield. Le 12 octobre 2018, il a déclaré : « Nous devons envisager ceci comme une agonie, comme une tragédie qui va se poursuivre jusqu’au dénouement final (…) et si nous pouvons faire quelque chose pour l’accélérer, nous devons le faire, mais nous devons le faire en sachant que ceci aura un impact sur des millions de personnes qui ont déjà des difficultés pour trouver des aliments et des médicaments (…). Nous ne pouvons pas le faire et prétendre qu’il n’y aura pas d’impact, nous avons une décision à prendre qui est dure, la fin souhaitée justifie cette sévère punition. »

Cette situation d’asphyxie a provoqué un chaos de l’économie, l’exaspération maximum de la population confrontée à la pénurie de tous les produits. Cela a conduit en partie à la défaite des forces bolivariennes et la victoire de l’opposition, en décembre 2015 grâce notamment à un taux d’abstention record ! La droite réactionnaire a gagné par défaut ! Un coup très dur.

A quoi peut-on attribuer cette déconvenue politique majeure, ce rejet d’une partie de la population ?

Michel Mujica : Cela commence par la pénurie, l’augmentation des prix, le développement du marché noir, le mécontentement… C’est pour ces différentes raisons que près de 10% de la population n’a pas voté pour l’opposition mais s’est abstenue.

A partir de 2015, la situation s’est considérablement aggravée pour la population sous l’effet de l’offensive économique de Washington relayée par les milieux d’affaires vénézuéliens. Au total, depuis mars 2015 les Etats-Unis ont émis six décrets exécutifs qui pénalisent et punissent le Venezuela, notamment sur les aspects financiers et pétroliers. C’est une pénurie bien organisée par les secteurs du patronat vénézuéliens et les Etats-Unis, comme ce fut le cas avec la grève des camionneurs au Chili. La panne d’électricité est la résultante de ce blocus. Les pressions financières nous ont empêchés d’acheter des pièces de rechange et d’assurer de la bonne maintenance. Mais cela peut également prendre d’autres formes : par exemple, l’organisation des médecins de droite a refusé de travailler dans les quartiers populaires. Nous avons dû faire appel à l’aide des médecins cubains…Tous les moyens sont bons pourvu qu’on vienne à bout du « chavisme ».

Des milliards de dollars manquent aujourd’hui au Venezuela ?

Michel Mujica : La perte globale pour l’économie entre le mois d’août 2017 et décembre 2018 est de plus de 23 milliards de dollars et les valeurs des actifs gelés aux Etats-Unis à peu près 30 milliards de dollars.

Le 24 août 2017, l’administration Trump a émis un Ordre exécutif par lequel il a imposé un ensemble de mesures coercitives et unilatérales contre l’économie et les finances de la République bolivarienne du Venezuela. Elles visaient des opérations financières depuis ou vers le Venezuela et interdisent au système financier mondial de participer à toute opération d’achat, de vente, de négociation ou de renégociation de la dette souveraine du Venezuela, ainsi qu’à toute opération concernant la dette de la compagnie pétrolière nationale PDVSA. Le décret refuse également à des filiales de la PDVSA – comme l’entreprise CITGO, dont le siège est aux Etats-Unis – de rapatrier des bénéfices vers l’Etat vénézuélien. C’est une véritable atteinte à notre souveraineté nationale ! Le Rapporteur des Nations Unies pour un ordre démocratique durable, Alfred de Zayas, l’écrit dans son rapport au Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU. Le document indique : Par ses terribles effets sur la population, par les pénuries économiques qu’il produit et par son impact sur la vie sociale et sur la santé du peuple vénézuélien, le blocus est un acte conscient de violation massive des droits de l’homme du peuple vénézuélien et doit être considéré un délit de lèse humanité.

Où en sommes-nous dans les rapports de forces et y’a-t-il une sortie de crise envisageable?

Michel Mujica : La plupart des vénézuéliens sont pour le rétablissement d’un dialogue et le gouvernement du Président Maduro est disposé à ce dialogue dans le respect du droit international public et de la constitution de 1999. Nous sommes disposés à dialoguer… Il y a des secteurs de l’opposition farouchement opposés à cette démarche. Le 26 mars dernier dans un discours à l’Assemblée nationale, l’auto-proclamé, Juan Guaido, a de nouveau menacé les vénézuéliens de pénurie d’eau et d’électricité « tant que l’usurpateur Maduro sera là » Ils veulent éradiquer de la mémoire du peuple tous les atouts et tous les bénéfices obtenus pendant le chavisme où le Venezuela avait atteint le niveau de vie le plus élevé de l’histoire républicaine. Et du point de vue de Washington ce n’est pas un bon exemple pour les autres pays. En tous les cas, c’est une affaire à résoudre entre vénézuéliens. Je crois que nous pouvons nous en sortir, mais le coût social et économique sera très difficile.

Si le Venezuela tombe ce sera pour tous les mouvements populaires, progressistes, démocratiques et qui se battent pour la justice sociale, pour tous les peuples d’Amérique Latine et des Caraïbes un véritable recul.et ce sera aussi un coup très dur pour le mouvement démocratique en Europe.

Michel Mujica Ricardo

Amabassadeur du Venezuela en France

Propos recueillis par JP Delahaye et P Staat

Le réveil des COMBATTANTS - Avril 2019-N° 853

source: www.le-reveil-des-combattans.fr

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