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« Patriotisme et Internationalisme » de GEORGES GASTAUD - Note de Jean-Luc Pujo

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DEBAT POLITIQUE – Mars 2012

Note de lecture de Jean-Luc Pujo

GEORGES GASTAUD

« Patriotisme et Internationalisme »

Eléments de réflexion marxiste sur la question internationale »

***

Georges GASTAUD, bonjour.

C’est un très grand plaisir de te recevoir ici, place de La Bastille dans notre café hyper-républicain !

Plaisir politique bien sûr : nous allons comprendre pourquoi ;

Plaisir personnel aussi, depuis le temps que nous avons entrepris notre dialogue et que j’apprécie le militant exceptionnel, l’intellectuel honnête que tu es. Alors justement …

Tu es :

-          Secrétaire national du Pôle de renaissance communiste en France (PRCF)

-          Directeur du journal « Initiative communiste »

-          Tu es également président du COURRIEL : COllectif Unitaire Républicain pour la Résistance, l'Initiative et l' Emancipation Linguistique - mouvement de défense de la langue française ; nous en reparlerons ;

Enfin, tu as écrit divers ouvrages :

- « La sagesse de la révolution », Pantin, Le Temps des cerises, 2008.

- « Lettre ouverte aux 'bons Français' qui assassinent la France », Paris, Le Temps des cerises, 2005.

- « Mondialisation capitaliste et projet communiste : cinq essais pour une renaissance », Pantin, Le Temps des cerises, 1997.

- « Patriotisme et internationalisme ", CISC , 2010.

Georges GASTAUD, Merci d’avoir accepté notre invitation, pour venir tout à la fois nous présenter l’action et l’esprit qui anime le PRCF mais également mener une discussion libre autour de ton dernier livre :

« Patriotisme et Internationalisme »

- Eléments de réflexion marxiste sur la question internationale -

Nous ouvrirons ensuite – bien sûr - un débat général sur la situation politique française.

***

Ce livre est exceptionnel à plus d’un titre.

Difficile, il est riche de très nombreuses références : histoirique, politique et philosophique ;

Il aborde une des questions clés de notre période : comment marier le patriotisme et l’Internationalisme ;

Et ce, par la déclinaison de plusieurs interrogations dont la centrale : qu’est-ce que la Nation ?

Dans une introduction polémique, tu dénonces tour à tour :

- le pôle xénophobe et crypto raciste que tu vois à l’œuvre ;

- le pôle euro-intégriste et national autophobe dont tu constates tous les méfaits ;

Ce constat comme le fondement d’un arc antirépublicain !

Cet axe, tu le présentes à travers plusieurs mots d’ordre que tu puises dans le livre de Jean-Paul HUCHON « De battre ma gauche s’est arrêtée » publié en 2008.

- à bas l’éducation nationale ;

- privatisation totale des entreprises publiques ;

- à bas le département, vive l’Euro-région ;

-à bas la nation française, à bas la république une et indivisible ;

Les militants communistes – nous dis-tu - se doivent de proposer un tout autre clivage politique autour de plusieurs questions :

- la France pour qui  et contre qui ?

- l’Europe au profit de quelle classe ?

- la mondialisation pour les peuples ou pour les milliardaires ?

Tu donnes tout de suite une piste :

« Parallèlement à ce clivage de classes entre les formes historiquement constituées du « sentiment national », le marxisme trace une seconde ligne de démarcation : celle qui oppose à l’euro-cosmopolitisme de la grande bourgeoisie un internationalisme prolétarien de seconde génération ! » p.9

« La grande bourgeoisie est aussi incapable d’unir la nation qu’elle exploite, qu’elle l’est de construire un cadre internationaliste d’échange équitable et de coopération solidaire entre les peuples ». On est d’accord.

En réponse, tu nous dis : « Le marxisme associe – et nous comprenons, « seul le marxisme » – le patriotisme populaire, laïque et républicain à l’internationalisme prolétarien, progressiste et socialiste »

Dans une première partie tu nous proposes une « critique de la conception raciale et ethnique de la Nation »

Tu évacues rapidement le sujet et nous rappelles - avec Georges Politzer - que « la Nation n’est en rien une race, une réalité pseudo-biologique, mais c’est une construction historico-sociale »

Telle est d’ailleurs la conception française de la nation héritée de Rousseau et de Renan, précises-tu ;

Tu vas alors t’attacher – plus longuement - à critiquer la conception idéaliste et formaliste – dite « républicaine » - de la Nation :

Tout d’abord, tu estimes que « les marxistes doivent apporter un soutien critique à la conception idéal-républicaine de la nation » ;

Si tu restitues Denis Collin, tu nous replonges dans les débats entre Lénine et Kautsky alimentés par Otto Bauer.

Tu cites Lénine : « Quel lien existe-t-il entre « l’opportunisme national » incontestable de Bauer, sa défense de l’autonomie nationale culturelle, ses emballements nationalistes ? Il y a là une forte exagération du facteur national et un oubli total du facteur international» 

Tu l’écris toi-même, cette conception est dangereuse : «  elle aurait conduit à augmenter l’influence du clergé et de l’idéologie nationaliste réactionnaire à l’intérieur de chaque groupe national, et freiné l’organisation de la classe ouvrière en accentuant sa division selon le principe national »

Il nous vaut mieux alors adopter – dis-tu -  « la conception républicaine française qui part du consentement de l’individu, de son engagement au moins implicite dans la communauté nationale », celle défendue justement par Collin et ses devanciers Rousseau et Renan ;

Mais Collin commet une erreur en renvoyant dos à dos définition marxiste-léniniste de la nation et définition ethno-sarkozyste ! dis-tu ;

« Sous prétexte que ces deux conceptions prétendent formellement se fonder sur le recensement objectif d’identifiants matériels (socio-économiques objectifs pour les premiers, pseudo-biologiques et imaginaires pour les secondes) Collin critique l’exigence matérialiste, naguère formulée par Staline d’ancrer la Nation dans une série de conditions objectives ». P.17

«  La Nation, tu cites Staline, est une  communauté stable, historiquement constituée, née sur la base d’une communauté de langue, de territoire, de vie économique et de formation psychique, qui se traduit par une communauté de culture »

Tout naturellement, tu glisses vers une nouvelle question sur la nature du pacte national républicain, « autocréation existentielle ? » Ou « prise de conscience publique et engagée de réalités objectives et subjectives préalables ? »

A ce stade, tu établis alors un lien direct entre la contre révolution anticommuniste à l’EST et la contre révolution antijacobine à l’OUEST….

Avec ces fulgurances :

- il y a une commune destinée entre la Révolution russe de 1917 et la Révolution française de 1789 !

- « ceux qui croient pouvoir sauver 1789 en exaltant 1989 – date mondiale de la victoire contre révolutionnaire du capitalisme sur la première expérience socialiste de l’histoire – se trompent tragiquement. En 1989, le Mur de Berlin est tombé sur 1917 ET sur 1789 ! » p.23

Nous en somme totalement d’accord !

Tu vas ensuite t’attacher à élaborer une critique historico-sociale de la conception idéal-républicaine et formaliste de la nation (D)

« C’est une vue de l’esprit que de prétendre que la France n’existait pas avant 1789 ! » écris-tu ! p.27

« Le sentiment national français a émergé et s’est cristallisé très en amont de 1789 » !

Tu poursuis :

« Les révolutionnaires ne se sont pas dit « républicains » avant de se dire « patriotes » et à l’ombre des moulins de Valmy, l’armée française « des avocats et des savetiers » commandé par l’Alsacien KELLERMANN a crié « Vive la nation ! » bien avant de crier « Vive la république » … même si – et nul n’en disconviendra – la République déjà en germes sous la Nation, a pleinement « constitué » politiquement ladite nation » p. 29

Mais tu continues ta critique :

«  Le formalisme « républicain » dissimule l’antagonisme de classes sous un illusoire « projet national commun » » (E) p. 33

Il faut se garder de rien idéaliser !

Tu rappelles alors Anatole France : « On croit mourir pour la Patrie, on meurt pour les industriels » !

Pourtant il y a bien utilité d’une « alliance stratégique » - ce sont tes mots -  entre la classe ouvrière et la nation républicaine !

Comment cela ?

Et tu nous rappelles alors que :

«  la partie la plus consciente du mouvement ouvrier et démocratique français, du métallo communiste à l’instituteur libre-penseur en passant par l’artisan anar, refusa longtemps, et très légitimement, de reconnaître et d’honorer la Marseillaise et le drapeau tricolore ; tant que l’impérialisme coïncidait strictement avec le nationalisme ; ce « nihilisme national » tourné à la fois contre le patronat, contre l’Eglise et contre l’armée bourgeoise (Affaire Dreyfus) était parfaitement sain ; il perdura jusqu’à ce que le novateur politique qu’était Maurice Thorez n’engage courageusement la construction du bloc historique du front-populiste en entonnant le 14 juillet 1935 au meeting unitaire PCF/SFIO du stade Buffalo, la Marseillaise après l’Internationale, jacques Duclos appelant de son côté les ouvriers à conjoindre le drapeau rouge et le drapeau tricolore »

Et tu poursuis …

« C’est qu’entre temps, la grande bourgeoisie cocardière et revancharde d’avant 1914 s’était muée en classe collaboratrice admirant le fascisme d’outre Rhin dont le « mérite » (entre guillemet) dès avant l’avènement de Hitler, avait été de neutraliser le mouvement ouvrier et de multiplier les baisses de salaires. »

« Annie Lacroix-Riz – que nous avons reçu ici même - montre très bien comment cette oligarchie fit « le choix de la défaite » » p.34

Mais aujourd’hui ?

« Aujourd’hui, les bases sociales d’un gaullisme grand bourgeois ont disparu. Aussi, le patriotisme français peut donc moins que jamais se présenter comme le projet commun des exploiteurs et des exploités » !

Citation un peu longue p. 36 – mais tout est dit de notre situation actuelle.

***

Tu poursuis ta critique :

- le Contrat rousseauiste ne peut  lui seul si on le réduit à sa dimension formelle fonder l’existence d’une nation ! p.38

- le formalisme républicain ne protège pas à lui seul du phagocytage impérialiste des nations !

« L’inclusion républicaine et universaliste peut parfaitement se retourner comme un gant en exclusion xénophobe et chauvine » écrits-tu p. 46 – je suis là moins convaincu.

« Il faut de tout évidence que la conscience nationale en formation s’appuie sur des données objectives préalablement existantes »

Lesquelles ? Nous devons t’interroger.

Autre critique «  le formalisme républicain est impuissant contre l’expansion et/ou la désagrégation impérialiste des nations » p. 56

Mais alors comment ou sur quoi fonder la Nation ?

Tu vas alors t’interroger sur la notion d’identité.

Pour toi, la conception idéal-formaliste chère au courant républicain possède ses lettres de noblesse. Certes.

« Cette conception a le mérite de mettre au premier plan – dis-tu – le consentement des peuples et donc le Droit des nations à disposer d’elles-mêmes.

Mais quand elle est réduite à elle-même et surtout qu’elle croit bon de donner des gages de respectabilité en s’opposant au marxisme-léninisme au lieu d’en rechercher l’alliance, elle ne peut alors qu’idéaliser les nations bourgeoises, et ne peut protéger lesdites nations contre leur tentations expansionnistes et néo-impérialistes, ni contre leur dissolution-ingestion par des Empires capitalistes ».

Nous pouvons être d’accord.

Nous le sommes d’ailleurs.

Tu vas alors proposer l’examen – dans une troisième partie – sous l’angle d’une dialectique marxiste « du patriotisme et de l’internationalisme » p.77

Rappel historique ; aspects philosophique de la définition marxistes de la Nation. Etc.

Tu t’interroges sur l’actualité française de « la question nationale »

Enfin, tu termines par une quatrième partie sur « l’articulation entre conceptions marxiste et républicaine de la Nation » p.116

En réexaminant la théorie rousseauiste du Contrat social, du conclu favorablement – je te cite - «  à condition de ne pas la réduire à sa dimension idéaliste, juridique et formelle, la conception rousseauiste du peuple-nation comporte tous les éléments d’un possible basculement au matérialisme » p. 117

Tu t’interroges sur le lien entre conscience nationale et inconscient collectif p.123

Et tu réaffirmes « l’importance de la langue nationale comme médiatrice objective/subjective entre existence nationale préconsciente et existence politique active ». P.126

En conclusion, tu invites au combat !

« La reconquête de l’indépendance nationale est au cœur des luttes pour la révolution socialiste » écris-tu.

Tu appelles alors à une « Convergence nationale républicaine » ;

Et tu affirmes que l’heure a sonné d’une « véritable rupture progressiste de la France avec l’Union Européenne pour permettre une véritable révolution sociale »

Comment ?

Notamment – essentiellement – « par la reconstruction d’une vraie force communiste qui dynamiserait la résistance patriotique et la reconstruction républicaine de notre pays ».

Voilà un programme auquel nous ne pouvons que souscrire !

***

Merci Georges Gastaud pour ce très beau livre ici rapidement restitué.

Je te laisse la parole pour recueillir tes réactions ou remarques avant d’accueillir les questions de la salle.

Jean-Luc Pujo

- Lire la page consacrée au CAFE HYPER-REPUBLICAIN de GEORGES GASTAUD - du samedi 24 mars 2012

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Mot clés : communiste - prcf - georges gastaud

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