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"De La France — Les chemins de terre" - Intervention de M. Daniel COHEN, directeur littéraire

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Intervention de M. Daniel COHEN

Directeur Littéraire des éditions L’Harmattan.

Jeudi 27 novembre 2008

Mesdames et Messieurs,

Je vous remercie d’être là ce soir.

J’avais reçu De la France au milieu de dizaines d’autres manuscrits qui évoquent l’homme et ses troubles et, comme le dit Jean-Luc Pujo, « l’homme et sa peur », cette espèce d’émotion ontologique à la source de la civilisation et de ce qu’elle a fait : l’Histoire.

Il est vrai que cette ode à notre pays, chant mystique d’un républicain inquiet et apaisé à la fois, tranchait nettement, non pas tant par davantage de qualités littéraires que les autres textes déclinaient,   mais   par   un   parti-pris   qui   n’ose   plus   se   dire   :   l’amour   de   la   France.  

Il   est   vrai   : l’épopée gaullienne est passée à l’Histoire et le mitterrandisme à sa suite : tous deux, et selon des fortunes diverses, ont exalté la France ; or deux générations ont vu décliner, pour des raisons que par faute de temps, nous n’analyserons pas ici, moins ce substrat que son expression dans le grand roman national édifié surtout après la Révolution de 1789.

De La France donc tranchait et je sus, le premier chapitre entamé, qu’il me plairait d’offrir au lecteur contemporain un livre dense, simple, sincère et honnête et qui, à travers le bruit et la fureur de tant d’ouvrages, finirait par faire date.

Ce n’est pas que les autres écrivains n’aiment pas la France, loin de là ; ils la disent autrement, parmi les égoïsmes et l’épate si caractéristiques d’aujourd’hui ; d’autres l’ont oubliée.

Jean-Luc Pujo s’inscrit, à mes yeux en tout cas, dans cette lignée qui, autrefois, permettait à Auguste Comte, à Ernest Renan, à Psichiari, à Péguy bien sûr, voire même au Barrès serein, d’inscrire la France, sa glaise, sa force intérieure, dans le battement même de leur coeur.

Et ce qui paraîtra démodé aux yeux de Mamon, par qui passe et passera la délivrance d’un passeport, une gloire que censure, il est vrai, le naufrage de ces temps-ci, voici que, louons-le, Jean-Luc Pujo nous ramène à certaine vertu.

Un éditeur est d’abord un lecteur, lesté de ses subjectivités. Il ne saurait s’en affranchir quelle que soit sa largeur d’esprit, s’il en dispose. Certes, il décide en fonction de critères fondamentaux : construction du récit, pondération des moyens, maîtrise du sujet, etc., etc. Mais combien d’écrits ont-ils chatouillé ou stimulé ma conscience et, avec elle, ses souvenirs ! L’enfance nous définit, et nous n’en sortons jamais quoi qu’on puisse prétendre. Le reste est une question d’adaptation à la culture ambiante.

Je suis né au Sahara, fort loin donc de l’espace primaire de la France ; or les circonstances, les convulsions ont conduit la France à s’établir au-delà de ses mers, à s’inscrire française dans des terres qui, à l’origine, de lui appartenaient pas. J’ai reçu, il y a quelques semaines, ici-même, Pierre Fréha qui, par son belle Conquête de l’Oued a dit ce qu’il fallait dire sur cette conquête et ses sombres aspects.

J’ai, à cause de ces circonstances, de ces convulsions, des choix opérés par le Décret Crémieux de 1870, reçu une éducation française. Chez mon père, pauvre parmi les pauvres, il n’y avait que deux livres, une Thora et un dictionnaire Larousse des années 20. L’une disait une identité : le lien à la tradition et aux ancêtres ; l’autre une autre identité : le ralliement passionné à la République, dont le Larousse, en ces temps là, était l’outil de propagation privilégié. J’ai donc été élevé avec une double injonction : celle d’être juif et celle d’être Français.

L’antisémitisme, qui était fort virulent en Afrique du Nord, nous obligeait à démontrer des qualités de Français, encore plus affirmées qu’en Métropole. On ne le sait pas assez, mais tous les samedis, dans les synagogues, et depuis les temps du Concordat napoléonien, les fidèles font une prière pour le bonheur de la France et des peuples de la République française.

Ainsi, le livre de Jean-Luc Pujo venait-il faire « tilt » dans ma mémoire de lecteur et de citoyen.

Son « Hélène », personnage, pris au granit de nos mythes et de nos lointaines veillées, me ramenait aux leçons d’histoire qu’on nous donnait à l’école primaire, que je buvais littéralement et qui n’ont pas été pour peu, plus tard, dans ma carrière d’éditeur et dans mon devenir d’écrivain.

Je voudrai terminer avec ces mots d’un romancier anglais magnifique, qui eut son heure de gloire avant-guerre, mais qu’on ne lit plus : Charles Morgan. Ses ouvrages, comme le monumental Sparkenbroke, Fontaine, d’autres encore avaient été fort bien reçus par les élites françaises.

Dans son Voyage, que préfaçait Paul Valéry, dont je sais l’importance pour Jean-Luc Pujo, il écrivait, aux noires heures de la France, en 1940, ceci : « Ce soir, la veille de la Saint-Jean, il n’y aura pas de feux de joie sur les collines de Charente, mais bien que des périodes sombres interviennent,   ils   seront   rallumés,   car   la   France   est   une   idée   nécessaire   à   la   civilisation   et revivra quand la tyrannie sera consumée. »

Alors, oui, il n’y a pas de tyrannie actuellement, sinon celle de nos peurs et de l’argent-roi, mais que la France soit une idée pour la civilisation, voilà à quoi je souscris pleinement.

On peut dire que la phrase de Charles Morgan pourrait s’appliquer au travail de Jean-Luc Pujo, dont le livre m’a ému parce qu’il est, de bout en bout, traversé par une dignité et une probité que je ne saurai qu’estimer. Je lui souhaite le succès qu’il mérite.

Merci de votre attention.

Daniel COHEN ancien directeur littéraire des éditions l'Harmattan.

Aujourd'hui directeur des éditions ORIZONS : http://editionsorizons.fr/

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