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"Une autre histoire de souveraineté" par Jean-Michel WIZENNE

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[NDLR : Cet article a été initialement publié dans la revue "Front Populaire" de Michel ONFRAY en décembre 2020. "Souveraineté - Identité - Sang : Jean-Michel Wizenne aborde avec grande intelligence un sujet explosif." Jluc Pujo]

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Faire un saut dans l’espace, dans le temps, visiter une autre culture se trouvant dans une lutte historique pour sa souveraineté face au péril sociétal promis par le mondialisme, et pratiquer l’analogie en ce qui concerne certains aspects liés à ses revendications, ne peut être qu’enrichissant dans l’établissement d’une autodéfense intellectuelle, et d’une vue encore plus globale du concept de souverainisme et de ce qu’implique le souhait d’en préserver une certaine forme. Le fragment d’histoire qui suit, en illustre un cas de figure.

C’est en 1934, que suite à la crise de 1929, Franklin D. Roosevelt, alors président des Etats-Unis, décrète le « New Deal ». Cet ensemble de réformes visant à redynamiser le pays, comprend un volet destiné aux populations Amérindiennes, le « Indian Reorganization Act ».

A l’époque, un siècle de lois, résolutions et décrets, visant à éradiquer les différentes identités autochtones, et à rendre ces individus « valides » pour leur entrée dans le nouveau monde, avait plongé ces populations dans un état de misère quasi totale (voir Meriam Report(1)). 

C’est donc suite à l’ « Indian New Deal », que le sociologue et écrivain John Collier (2), alors commissionné aux affaires Indiennes par Roosevelt, fut en charge de mener à bien ce programme, et ceci, afin de rétablir une certaine souveraineté pour les Nations Indienne.

Pour ce faire, des aides fédérales furent débloquées, afin de permettre le développement de secteurs tels que la santé, l’éducation, le logement, etc. sur les territoires historiquement alloués aux différentes tribus.

Même si ce programme de rétablissement de la souveraineté ne fut que partiel, car supervisé par le gouvernement et comprenant certaines conditions,  et même s’il fut attaqué de toute part au milieu du 20ème siècle par les adeptes de l’assimilation forcée (Termination Policy (3)), il permit quand même de sauver l’existence d’un grand nombre de Nations Indiennes en état de mort avancée, et annoncée.

En effet, aux antipodes des déjections intellectuelles de l’ultra droite Américaine actuelle, selon lesquelles, l’indien n’est qu’un feignant qui souhaite seulement renouer avec l’arc et les flèches, ce dernier a toujours été désireux depuis sa mise en « réserves » (4), de collaborer avec le monde qui l’avait avalé, tout en gardant son identité, ses valeurs et sa culture, sur les portions de territoire juridiquement siennes. Mais revenons à cette date de 1934, et à cet « Indian New Deal ».

D’un point de vue technique et pratique, la distribution de ces aides nécessitait de déterminer qui était « vraiment » Indien, et qui ne l’était pas assez…

Le gouvernement proposa alors aux différentes tribus, d’avoir recours à un système de calcul appelé le « Blood Quantum », ou quantification du pourcentage du sang.

Ce système, habituellement utilisé pour les chevaux et les chiens, et bien qu’ayant déjà été utilisé pour l’humain dans certains Etats dès 1705 (5), et aussi pendant la période de l’idéologie du « One drop rule » (6), fut alors proposé aux tribus pour une généralisation de son recours.

Si certaines tribus optèrent pour l’étude de la lignée des postulants avant de certifier leur affiliation, et que certaines autres, choisirent de combiner les deux moyens, en ce qui concerne le Blood Quantum, elles furent toutes libres de choisir le pourcentage minimum requis et nécessaire pour ladite affiliation.  

Cependant, le mélange entre mathématique et identité n’étant pas très heureux, le système du Blood Quantum s’avéra rapidement être une bombe à retardement pour la survie des identités, et donc par conséquent, pour les souhaits de souverainisme. Prenons un exemple factuel.

La tribu A, réclame un Blood Quantum de 25 % - John en fait parti. La tribu B, réclame un Blood Quantum de 25 % - Lucy en fait parti. John et Lucy ont un enfant. Cet enfant n’ayant que 12,5 % de chacune des tribus susnommée, il ne pourra pas y être affilié. Tout en perpétrant leur lignée, John et Lucy détruisent leurs tribus respectives.

Il y eut d’ailleurs, et il y a encore aujourd’hui, des cas où un individu n’ayant aucun ancêtre occidental, mais n’ayant pas non plus le Blood Quantum requis et adéquat pour être affilié à l’une des tribus dont il est issu, se retrouve en quelque sorte estampillé indien de nulle part, du moins juridiquement.

C’est la raison pour laquelle, depuis quelques décennies, face à ce casse- tête qui ne peut être que fatal à toute notion d’identité historique et donc à tout souhait de souverainisme, les leaders des différentes tribus sont de plus en plus nombreux à avoir rejeté le piège du Blood Quantum, et à se tourner vers des critères beaucoup plus en adéquation avec le monde actuel et à venir. Ces critères sont basés sur une logique culturelle. 

Associé au fait de résider sur le territoire, ils comprennent le fait de parler couramment la langue, celui de connaitre et respecter les mœurs, coutumes et valeurs, intrinsèques à la culture, celui de connaitre l’histoire de la tribu, et bien sûr, celui de participer activement au développement et à l’harmonie de cette dernière.

Comme stipulé en début de texte, si ce fragment d’histoire peut paraître exotique à certains, les détails conduisant aux analogies pouvant être faites en ce qui concerne notre côté du monde, démontrent que, que cela soit pour eux ou pour nous, un avenir ne s’envisage pas dans un nulle part sans racine, par des gens n’étant plus personne, et sans un certain souverainisme sur la suite de nos histoires.

                                                                                                                                  Jean Michel Wizenne*

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Notes :

 1 – Meriam Report

Le « Meriam Report » est une enquête menée par Lewis Meriam pour la Brooking Insitution et déclenchée en 1926. C’est en février 1928 que l’équipe en charge des investigations sur un grand nombre de réserves indiennes, remit son rapport de 847 pages. Ce rapport illustrait en détail l’état catastrophique des populations Amérindiennes, à la suite des politiques menées jusqu’alors. Ce rapport servit de base pour le « Indian Reorganization Act » de 1934.

2 – John Collier (1884 – 1968)

Ecrivain et Sociologue, faisant partie dès le début du 20ème siècle, de diverses associations d’aide aux Amérindiens, et défendant l’idée de la nécessité d’un souverainisme et d’une préservation des identités sur les territoires réservés.

3 – Termination Policy

« Termination Policy » est un terme officieux, désignant la période se situant entre l’après-guerre  (1945), et la fin des années 70. Durant cette période, une partie des hommes politiques ont développé toute sorte de stratagème pour éradiquer le statut de tribu pour un grand nombre d’entre elles, ceci afin de couper les aides fédérales. Le résultat fut désastreux car la plupart des individus appartenant aux tribus dites « terminées », se retrouvaient soit comme citoyens de seconde zone dans les grandes villes mitoyennes des anciennes réserves, soit miséreux et à la charge de l’Etat dans lequel la tribu résidait avant son démentiellement.

4 – Réserves Indiennes

Le terme de réserve indienne, n’a rien à voir avec le concept de réserve animalière, comme beaucoup de gens le pensent. Le terme anglais « reservation », vient de la formule : « Reserved Territory », c’est-à-dire « Territoires réservés ».

5 – 1705 - Blood Quantum

En 1705 dans l’Etat de Virginie, le Blood Quantum se pratiquait par rapport au métissage, pour déterminer le montant ou l’absence de droit pour un individu.

6 – One Drop Rule

Le concept de la « Onde Drop Rule », ou de l’unique goutte de sang, est un concept de classification raciale, sociale et juridique. Ayant évolué au cours du 19ème siècle aux USA, il a même été codifié dans certains Etats Américains au début du 20ème siècle. Il a à voir avec le concept de « invisible blackness », ou la noirceur invisible. De part cette théorie, tout individu ayant un ancêtre très lointain africain, sub-saharien, ou amérindiens, ne pouvait être considéré comme blanc, avec tout ce que cela pouvait impliquer socialement et juridiquement dans certains Etats Américains.

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