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ARKEA-CREDIT MUTUEL : Vers un scandale politique à Brest ? par JR*

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"Soutenir Arkéa, le choix hasardeux de François Cuillandre"

François Cuillandre, le maire socialiste de Brest a choisi d’apporter son soutien à Arkéa, la filiale bretonne du Crédit Mutuel, dans son projet sécessionniste. Un pari plutôt risqué pour celui qui devrait se représenter aux élections municipales de 2020 et dont la réputation est déjà mise à mal…

La décision de François Cuillandre a de quoi surprendre. Deux ans avant les élections municipales auxquelles il devrait se représenter, le maire socialiste associe son nom à un projet qui est loin de faire l’unanimité, notamment parmi ses électeurs potentiels : tandis que les autorités bancaires, le gouvernement, les syndicats et de nombreux salariés s’opposent aux volontés sécessionnistes d’Arkéa, les révélations sur la rémunération et les rêves capitalistes de Jean-Pierre Denis continuent de susciter colère et indignation. Les pressions exercées sur les salariés d’Arkéa par la direction sont également dénoncées par les syndicats, qui fustigent un projet désastreux pour l’emploi local.

François Cuillandre cautionne-t-il tout cela ? La question se pose d’autant plus que le maire se voit à nouveau impliqué dans une affaire compromettante. Peu de temps après les révélations diffusées par Le Télégramme le 1er mars dernier, une enquête préliminaire pour « détournement de fonds publics » vient en effet d’être ouverte par le parquet de Brest. Selon le quotidien régional, des élus socialistes de la ville bretonne auraient bénéficié d’un système d’indemnisation avantageux « clairement illégal ».


François Cuillandre a « vivement contesté » ces accusations, mais le mal est fait : le spectre de l’affaire de corruption dénoncée par l’hebdomadaire Marianne en 2016 a refait surface dans l’esprit des Brestois.

Rappel des faits : en 2008 et 2012, c’est l’agence Rivacom qui était chargée d’organiser les Fêtes maritimes internationales de Brest, un rassemblement de bateaux traditionnels se déroulant tous les quatre ans. En 2016, la Ville a décidé de renouveler sa confiance à l’agence de communication sans passer par un appel d’offres, alors qu’elle est censée le faire pour tout marché dépassant 25 000 €. Or, celui attribué à Rivacom s’élevait à 440 000 €, un choix qui méritait donc quelques explications.

« La solidarité des gens de mer »

C’est ce qu’a voulu obtenir François Arbellot, nommé directeur de « Brest événements nautiques », l’association qui chapeaute la manifestation, en février 2015. Mais sa curiosité lui a valu d’être brutalement licencié : « L’agence Rivacom, qui est en charge de la communication des Fêtes maritimes, a fait savoir que vos interventions directes et vos demandes de validation pour tout le travail de cette société ralentissaient le process prévu au marché passé avec elle et la décrédibilisaient en parallèle, en sa qualité de partenaire extérieur », écrivait François Cuillandre dans la lettre de licenciement adressée à M. Arbellot, le 29 mars 2016.

Pour le magazine Marianne, on ne peut comprendre la virulence de cette réaction qu’en se penchant sur les relations du maire socialiste avec Régis Rassouli, directeur de l’agence de communication : « Laure, la fille de François Cuillandre, a fait ses classes d’attachée de presse à Rivacom. Laurence, l’épouse de Régis Rassouli, a bouclé récemment une longue mission chez Brest’Aim, une grosse société d’économie mixte présidée — elle aussi — par François Cuillandre. Quant à la compagne de Régis Lerat, l’adjoint de Rassouli, elle s’occupe des relations publiques et de l’événementiel au cabinet du maire. La solidarité des gens de mer, sans doute », ironisait l’hebdomadaire français.

Un soutien qui pourrait coûter cher

Ce même François Cuillandre soutient aujourd’hui le projet sécessionniste de Jean-Pierre Denis, qui accuse la Confédération nationale du Crédit Mutuel (CNCM) d’empêcher le « développement » d’Arkéa.

Or, l’ensemble des syndicats représentatifs sont contre le projet de séparation, dont ils estiment qu’il affaiblirait trop la banque. Reçus le 26 avril au ministère du Travail, cinq représentants de la CGT, la CFDT et le SNB ont dénoncé « un climat anxiogène et parfois délétère », la stratégie des dirigeants d’Arkéa consistant à « mobiliser et convaincre du bien-fondé de la version officielle par tous les moyens, y compris les plus contestables. Il faut être soit pour, soit contre l’indépendance. Tout a été rendu binaire ».

Chez les experts, le projet de M. Denis ne suscite pas moins l’inquiétude. L’agence Standard & Poors a annoncé qu’elle pourrait dégrader de deux crans la note d’Arkéa en cas de sécession. De leur côté, la Banque de France et l’Autorité de contrôle prudentiel affirment qu’elles ne voient pas comment le projet d’indépendance pourrait se traduire techniquement et juridiquement, le gouvernement ayant affirmé qu’il ne changerait pas la loi pour permettre à Arkéa de devenir un organe central mutualiste.

Mais c’est surtout pour l’emploi local que le projet d’indépendance d’Arkéa serait le plus dramatique. Or, la lutte contre le chômage est toujours au centre des débats lors des élections. François Cuillandre le sait.

Le maire de Brest, qui « continue de ménager le suspense quant à ses intentions » pour 2020, s’est peut-être tiré une balle dans le pied en choisissant de soutenir les projets douteux des dirigeants d’Arkéa, lui qui va déjà devoir batailler deux fois plus que les autres, notamment pour faire oublier les récents scandales qui l’ont éclaboussé…

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*JR est étudiant en sciences politiques, originaire de Brest.

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