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FIN DE L'EURO : "Appel du 6 Mars 2015" par les Economistes de l'Institut POMONE et du groupe MANIFESTO

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Appel du 6 Mars 2015

Un groupe d’experts économiques de différentes nationalités européennes, s’est réuni à Paris le 6 Mars 2015, à l’initiative conjointe de l’Institut POMONE et du groupe MANIFESTO. Il veulent renforcer les alertes les opinions publiques en raison de la menace qui se développe pour la survie même de nos sociétés démocratiques :

(1) L’échec de l’euro est irrémédiable ;

(2) une nouvelle crise financière mondiale est inéluctable, la seconde en 10 ans.

(3) Une solution alternative existe, mais encore faut il que les gouvernements ne s’obstinent pas dans le déni de réalité.

*

1) L’échec irrémédiable de l’euro

Le lancement de l’euro, s’accompagnait de promesses de prospérité et de plein emploi. Avec un Euro surévalué, la Zone € est le maillon faible de la croissance mondiale. Loin de faire converger les économies disparates, les divergences se sont largement amplifiées depuis cette date, sans espoir de les réduire, avec des conséquences dramatiques dans la Zone € en particulier pour le chômage des jeunes.

Des « remèdes » ont été mis en oeuvre pour lutter contre cette situation dans le plus pur dogmatisme de la technocratie, mesures d’austérité budgétaire et matraquage fiscal, qui produisent des effets inverses. La croissance est aujourd’hui impossible dans la plupart des pays membres de la zone euro.

Différents pays, tentent une pseudo dévaluation monétaire par une dévaluation interne et souhaitent donner la priorité à la compétitivité. Qui ne peut se traduire que par une baisse drastique des salaires, avec une correction visée de 20 à 25%. Cette méthode a été appliquée, en Grèce ou en Espagne, et certains voudraient l’imposer à l’Italie et à la France. Les résultats sont clairs on y constate un appauvrissement dramatique de la population, un effondrement de la production et une envolée du chômage, avec un accroissement des tensions sociales.

Le seul remède efficace consiste à faire financer les régions qui se sont paupérisées, par les régions qui se seraient enrichies. Cette péréquation budgétaire repose sur la solidarité des citoyens, et elle ne peut exister qu’à l’intérieur de chaque nation. Mais l’Europe actuelle est loin d’être une nation, et cette forme de solidarité est inconcevable. L’effort à consentir serait d’au moins 10 % du Produit Intérieur Brut de l’ensemble de l’Union. Les bureaucrates de Bruxelles voudront ils passer en force, par un putsch anti-démocratique.

Le rachat des dettes par la Banque Centrale Européenne est une dernière tentative. Mais cette solution est tout aussi inefficace. Car la conséquence en est un accroissement de la valeur des actifs boursiers et immobiliers, rendant plus difficile la rentabilisation des activités productives et réorientant la masse des capitaux vers la masse des produits dérivés hautement spéculatifs. Les taux d’intérêt nominaux quasi-nuls ne parviennent pas à masquer la hausse des taux réels. Cette politique du Quantitative Easing débouchera sur une crise financière mondiale inéluctable.

2) Une crise financière mondiale inéluctable et d’une violence inouïe.

Le système monétaire international a été déstabilisé dans les années 1970 par le flottement généralisé des taux de change, et le refus des États Unis d’accepter pour eux mêmes l’indispensable discipline monétaire que la mondialisation allait rendre indispensable. Le système capitaliste alors a accéléré la dérégulation. La finance internationale a cessé de financer essentiellement les investissements productifs et a organisé une activité centrée sur elle-même, avec des produits financiers et des dérivés de moins en moins liés à la réalité.

On a ainsi aggravé les difficultés des vrais entrepreneurs, par l’accaparement par des aventuriers des richesses réelles au profit de richesses virtuelles, de plus en plus déconnectées de la réalité. Cette dérive exige des taux de rentabilité de plus en plus élevés. Dans nos pays, le nombre des activités capables d’assurer ces rentabilités se réduit en dépit des baisses de salaires. Pourtant malgré son échec partout, c’est la seule politique imaginée par la « finance mondiale ».

Comme en 1929, comme en 2007, une nouvelle crise systémique est inéluctable : les liquidités monétaires inutiles au regard de l’activité, sont hors de contrôle , les dettes publique et privée ne sont plus maitrisées , la régulation de la finance a pris un retard considérable.

Depuis plus de 20 ans et tout particulièrement depuis 2008, la création de liquidités par la banque centrale américaine et la Banque Centrale Européenne a été sans commune mesure avec l’économie réelle. La dette publique a fait un bond spectaculaire dans la plupart des pays du monde. Mais la dette privée, celle des ménages et des entreprises, est également à un niveau record dans de nombreux pays, souvent dans ceux qui sont réputés vertueux pour la gestion de leur dette publique..

Enfin, comme en 1929 et en 2007, la finance internationale est toujours aussi peu régulée. Malgré de timides efforts du G20, la finance de l’ombre, se développe au lieu de se réduire. Les fonds spéculatifs et les marchés de dérivés continuent de se développer en proposant encore des techniques spéculatives par exemple le trading à haute fréquence. Qui plus est le risque systémique s’en est accru.

Toutes les bulles spéculatives finissent par éclater. La crise financière mondiale est donc certaine. La Banque Centrale Européenne qui suit la politique de Quantitative Easing de la FED, ajoutera encore au déséquilibre.

3) La solution alternative

Face à cette perspective, la réorganisation monétaire de l’Europe s’impose sans tarder. Il passe par le démantèlement de l’euro. Le maintien de l’euro c’est la certitude de l’abandon de la construction européenne.

Il nous faut revenir aux fondamentaux de la construction européenne qui consiste à construire un ensemble économico politique fait de préférence commerciale et de stabilité monétaire

Trois hypothèses de réorganisation monétaire :

- soit une sortie de la zone, d’un ou de plusieurs pays;

- soit un accord concerté des gouvernements, souhaitable mais peu vraisemblable dans les conditions actuelles;

- soit enfin en urgence devant une crise incontrôlée. Quelles que soient les hypothèses, on peut préciser les grandes lignes d’une future organisation monétaire de l’Europe.

Il conviendrait dans ce but :

- de garder le principe d’une coopération monétaire. Elle s’appuierait sur un Institut monétaire européen, gérant une unité de compte européenne.

- l’euro serait remplacé par des monnaies nationales. Certains pays qui le souhaiteraient, pourraient mettre en commun leur monnaie (voire le Benelux) ;

- afficher d’emblée les parités souhaitables des monnaies nationales vis-à-vis de l’unité de compte européenne;

- stabiliser les taux de change réels entre monnaies nationales à l’intérieur d’une marge de fluctuation révisée éventuellement si les économies des pays de la zone divergent.

- de convertir en la nouvelle monnaie nationale, l’ensemble des prix et salaires intérieurs comme des avoirs bancaires, sur la base de un euro pour une unité monétaire nationale ;

- de convertir, selon la même règle, les dettes publiques de chaque pays de l’euro en sa nouvelle monnaie nationale.

La garantie publique est le point fixe qui se substituera à l’euro, une sorte de SAS pour le passage d’une zone où les taux de change ne sont pas maitrisés vers une zone où ces même taux sont politiquement définis. La

garantie publique du respect des contrats signifie que, si les agents économiques du pays sortant ne peuvent perdre, ils ne peuvent davantage gagner. La garantie correspond donc bien à la volonté de ne pas pénaliser les bilans des agents. Et cette neutralité est bien ce qui interdit tout mouvement spéculatif. La question du déclenchement des CDS ne se pose pas puisque la sortie n’est en aucune manière un "incident de crédit".

Les nouvelles règles devront être affichées clairement. Le respect intégral et rigoureux des contrats implique un dédommagement des perdants sans que les gagnants ne puissent aider. Les banques centrales nationales seront réquisitionnées dès l’annonce du démantèlement de l’euro. Et les États veilleront à prendre en charge leur propre système bancaire, de façon à ce que ce démantèlement n’entraine aucune déstabilisation supplémentaire du système financier européen.

Par-dessus tout, le groupe Manifesto et Pomone appellent les gouvernements à mettre à profit cette période pour assurer un retour à une dynamique de croissance. La réorganisation monétaire est une condition nécessaire d’une politique de croissance, elle n’en est pas pour autant suffisante.

LIRE LE PROGRAMME de la Journée de Colloque POMONE

CONTACT :

institut.pomone@yahoo.fr

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