Débats

«Pour une écologie Humaniste et Républicaine» par Laurent VASSALLO

741-ecologie.jpg

Réponse aux Secrétaires d’Etat Chantal Jouanno et Laurent Wauquiez sur l'écologie profonde (2)

Chantal Jouanno et Laurent Wauquiez comprennent-ils vraiment ce qu'ils écrivent ? C'est la question légitime que l'on peut se poser à la lecture de l'article du Monde du 6 juin dernier

« L'emploi l'écologie sont un même enjeu collectif ».

L'écologie sera bel et bien le défi du XXI° siècle, les forces de progrès qui comprennent cela survivront, les autres disparaîtront. Comme au début du XX° siècle, où les conservateurs ont essayé de récupérer les aspirations sociales en offrant des ersatz par des politiques paternalistes, aujourd'hui le green washing ou peinture verte devient le leitmotiv des politiques de droites pour que l'écologie soit toujours au service du capitalisme, c'est à dire de l'accumulation de la richesse.

Or ici, nous touchons à l'antinomie de deux systèmes. Il est utopique d'affirmer vouloir poursuivre une croissance économique basée sur l'accumulation de la richesse et prôner l'écologie, qui elle, a pour principale préoccupation la préservation de la biosphère. Le concept du développement durable a pour ambition de relever ce défi, il demeure pourtant dans cette contradiction.

Les tenants de la politique économique actuelle veulent poursuivre dans une logique du marché régulé par des normes sociales et environnementales. Nous pensons au contraire qu'il faut extraire une partie des activités humaines du marché, et notamment l'air que l'on respire et l'eau que l'on boit.

Or quand nos deux secrétaires d'État en appellent à l'écologie profonde du philosophe norvégien Arne Naess (1912 - 2009), force est de s'interroger sur leur réelle position.

Qu'est ce que l'écologie profonde ou deep ecology ? Il s'agit d'une doctrine qui affirme l'égalité des droits pour toutes formes de vie sur terre. Le plaidoyer d'Arne Naess pour la diversité est bien entendu louable notamment quand il affirme que « La richesse et la diversité des formes de vie sont des valeurs en elles-mêmes et contribuent à l'épanouissement de la vie humaine et non humaine sur Terre. » Il a été reproché au philosophe Norvégien, notamment par Luc Ferry, les risques de dérive de l'écologie profonde et notamment par une radicalité pouvant conduire à une forme extrême de la défense de la Nature sur l'Homme par l'éco-terrorisme.

Ici donc première apostrophe à nos deux édiles: connaissez-vous les risques de dérive de l'écologie profonde ? Ou bien est-ce encore de la récupération sarkozyste, comme nous les connaissons en France après Jaurès, Blum et bientôt l'ensemble du Panthéon de notre histoire nationale.

Si par contre cet appel ministériel à l'écologie profonde est une future doctrine du Président de la République et du gouvernement, son usage s'avère des plus périlleux. Une telle doctrine appliquée à un arsenal répressif et sécuritaire visant à la protection de la Nature, peut tout fait remettre en cause les droits de l'Homme. En effet soutenir l'idéologie selon laquelle tous les êtres vivants – règne animal, végétal et minéral confondus - sont égaux, conduit à la création d'une police sur les déviances du comportement des humains face aux autres êtres qui peuplent la Terre. Le danger est donc clair, les êtres humains doivent être régulés en fonction des équilibres écologiques et non en fonction de leur libre arbitre. Le biopouvoir pourrait apporter à une telle police des outils ô combien efficaces. Cela régulerait d'ailleurs l'écologie et le chômage, chères à nos deux secrétaires d'Etat.

Il faut donc faire très attention à ce que l'on écrit quand on traite d'écologie, car dans cette nouvelle ère de l'anthropocène3, si notre responsabilité est grande vis-à-vis de la planète, elle l'est bien plus vis-à-vis de l'Humanité.

En effet, nous pensons que l'Homme doit rester la mesure de toute chose, et pour cela seule la réponse Humaniste et Républicaine est valable. Une écologie humaniste doit positionner l'Homme comme étant l'être à sauver par une prise de conscience de sa relation à la Nature et non la Nature comme gouvernement des Hommes. Ainsi se dessinerait une Ecologie partie intégrante de la doctrine Républicaine avec un intérêt général intégrant cette préoccupation impérieuse.

En résumé, l'écologie — pour ne pas être une arme contre la civilisation — doit être humaniste, sociale et républicaine !

Laurent VASSALLO

1 LAURENT VASSALLO est responsable national des Clubs « Penser la France », spécialiste en environnement, il dirige un Cabinet Conseil International en environnement et développement durable (CRES 21) ;

2 « L'emploi et l'écologie sont un même enjeu collectif » par Chantal Jouanno et Laurent Wauquiez — Le Monde

Partager

Derniers commentaires

Serge : Est-ce que Nicolas SARKOZY est aussi lamentable dans la pratique et l'usage de la dissuasion nucléaire ? ON TREMBLE !…
sur Zones inondables et Nicolas SARKOZY ! L'esprit du "n'importe quoi" !

Paul De Florant : On nous prends véritablement pour des Gogos !…
sur Paradis fiscaux: les Bahamas blanchies par l'OCDE

markus : "Quelqu'un devait le faire ce travail" dit un travailleur ! Que de mépris en comparaison pour nos "politiques" et leur paroles ... Quelle…
sur LA BATAILLE DE TCHERNOBYL ! La vérité en image !

Serge : Voilà un texte bien difficile mais brillant. Et quel plaisir de voir ainsi validée la réflexion de jluc pour l'emmener - et nous avec lui - vers…
sur Lettre ouverte à Jean-Luc PUJO, Président des clubs " Penser la France " par le philosophe Manuel de Diéguez

Paul De Florant : Superbe ! Dominique de Villepin enfin libéré ... Maintenant ? à l'assaut de l'Elysée ! Nous, on aime ça !…
sur Affaire Clearstream: Villepin est relaxé (par Fabrice Arfi, Fabrice Lhomme)

Vos députés

Tags